Suite à un quiproquo sur le thème "On va où? - Ben je sais pas, je te suis. - Ah ben non, c'est moi qui te suis!" Daniel et moi nous retrouvons à sauter dans un taxi, en essayant de garder l'équilibre des boissons à emporter que nous venons juste d'acheter. Direction le musée des affiches de propagande, en tout cas on espère, car notre taxi ne parle que chinois, nous pas du tout, et l'adresse sur le routard est évidemment en français. Une portion de route sur l'autoroute aérienne nous donne l'impression de voler entre les buildings.
Incroyable mais vrai, nous arrivons à destination et le gardien du pâté de maison nous tend immédiatement une carte indiquant l'emplacement du musée, au sous-sol d'une grande tour sans aucune autre indication que celles de ce panneau indicateur géant qui guette les touristes. Une pause le temps d'éclaircir le malentendu qui nous a jetés ici, sans avoir attrapé de petit déjeuner, avec des boissons brûlantes pleines à ras bord, on se marre un bon coup et on finit nos thé et café avant de descendre au musée.
Cette petite collection privée est fantastique et vaut définitivement le détour, y compris au risque de s'ébouillanter. Des centaines d'affiches de propagande réalisées entre 1949 et 1979, et sauvées de la destruction, retrace la haine des américains, l'exaltation de la patrie et des travailleurs et le culte voué à Mao, présenté comme l'héritier de Marx et Lénine, mais voyant plus loin et plus clair que ses prédécesseurs. Des explications en anglais et en français introduisent bien les différentes grandes époques et donnent des points de comparaison entre la vérité fantasmée des affiches et la réalité de la situation. Si les photos sont interdites, on décide d'acheter le catalogue de l'exposition, complètement nécessaire.
Une affiche en particulier nous cloue sur place, par son gigantisme et la puissance qu'elle renferme.
On s'empresse ensuite de trouver un endroit où déjeuner, parce que c'est pas tout ça, mais on a sauté le petit déjeuner avec ce quiproquo! Encore une fois, on se régale, et on devient meilleurs sur les quantités : de la crêpe frite au boeuf et aux épinards, d'énormes radis frits au poireau, de la racine de lotus marinée. Ça a un goût de châtaigne assez agréable mais nous ne sommes pas fâchés d'être surs que c'est végétal parce que la pulpe gluante qui remplit les trous de la racine est tout sauf ragoûtante.
On prend ensuite le métro vers le Nord, exprès pour aller voir le Bouddha de Jade. Comme à chaque entrée on achète une carte, valable pour un trajet simple ou pour la journée, qui sera avalée par la machine à la fin de son utilisation, et réinitialisée pour les prochains clients. Plutôt plus malin que nos tickets jetables. A chaque entrée de métro, les sacs sont passés au scanner par un duo de personnels de police. Est-ce qu'il y a une menace particulière? Dans le métro même des pubs vidéos sont projetées sur les murs des tunnels par la rame elle-même, maintenant ainsi le message lumineux en face des passagers. Dans les wagons, des écrans vidéos passent en boucle des conseils de maquillage délirants, allant de "se recouvrir de maquillage blanc en formant des triangles sous les yeux, sur le front, sur le menton etc pour s'éclaircir la peau" à "votre meilleur allié pour un lifting rapide? le scotch! Regardez ce pli disgracieux au niveau de votre mâchoire, si on le scotche en arrière coooommme ça, et qu'on repoudre par dessus, Magie! Il a disparu!"...
Le temple est encore une fois une enclave de tradition au milieu du gigantisme moderne environnant. Partout dans la ville, des ensembles de mega-tours toutes semblables, plus d'une demi-douzaine à chaque fois, crèvent le ciel.
Le complexe du temple, immense, est partiellement en travaux de construction. Certaines parties, flambant neuves ou déjà datées, ont des airs de bureaux ou de réfectoire de cantine. Le temple est en activité et héberge une communauté de moines boudhistes zen, que nous entendrons psalmodier dans une des cours. Étonnamment certaines modification d'agencement sont tellement fraîches que notre guide 2016/2017 est complètement à côté de la plaque sur les emplacements des deux attractions majeures du lieu : le bouddha de jade et le bouddha couché. Ayant laissé à Daniel la lecture du guide, je m'attend à voir un bouddha de Jade vert et reste un peu interdite devant la statue blanche laiteuse de 2m qui me toise de tout son calme. La pièce en elle-même est impressionnante, avec ses murs recouverts de bibliothèques aux panneaux fermés renfermant plus de 5 milles livres sacrés.
Un des autres bâtiments adjacent, fabuleux de polychromie et d'or, présente un grand bouddha d'or devant un mur de déités toutes plus colorées et grimaçantes les unes que les autres. Une fois encore, et comme souvent, on se dit qu'on aimerait en savoir plus sur le boudhisme.
Dans la cour adjacente où psalmodient les moines, des fidèles viennent allumer des fagots d'encens gros comme le poignet, essayent de les souffler pour ne garder que la lente combustion qui relargue de la fumée, puis s'inclinent trois fois dans les 4 directions avant de chercher à planter les bâtons dans le grand brasero central. Nombreux sont ceux qui grimacent ou ont des difficultés à étouffer les flammes, et se font peur avec, étonnant. Peut-être ne pratiquent-ils pas régulièrement?
De nouveau métro, de nouveau scan des sacs, pour rejoindre le quartier juif de Shanghai. Le long de la synagogue, un mur immense liste les noms des... vivants. De ceux qui ont été accueillis par la chine et ont ainsi échappé au sort de leurs familles d'occident. Lors de la seconde guerre mondiale, près de 30 000 réfugiés se sont installés dans et autour de ce quartier, alors surnommé La petite Vienne. La muséographie, moderne et très bien faite, ainsi que notre jeune guide anglophone et enthousiaste, insistent largement sur le rôle majeur de la Chine et de Shanghai en particulier. A croire qu'ils ont presque évité la Shoah...
De nouveau le métro, en direction de Pudong, la ville nouvelle, et de ses gigantesques tours pour une vue nocturne de Shanghai. En bons touristes, on a nos chaussures de rando, nos sacs à dos, et on vise un des restaurants avec vue les plus chics de la ville :D La marche d'approche est en soit un évènement, tant les tours sont hautes et impressionnantes : de droite à gauche, 420,5m de haut pour la Jinmao, 492m pour celle du Shanghai World Financial Center, notre destination, et pas moins de 632m pour la Shanghai Tower.
La montée des tours est payante, mais celle du milieu, affectueusement surnommée le décapsuleur à cause du trou qui permet de diminuer la pression des vents, à le mérite d'avoir au 91e un restaurant-bar où nous pourrons au moins avoir une consommation pour le prix excessif de la montée en ascenseur (180 yuan, soit environ 24€). Lumière tamisée, musique jazzy et cocktails inventifs, l'apéritif est très agréable. Et même si on se trouve relégués au bar car nous n'avons pas réservé de table, la vue sur le Bund et la ville qui s'étend derrière est proprement époustouflante et vertigineuse. Le départ d'une famille nous permet même d'aller prendre une photo par la fenêtre.
Changement drastique d'ambiance pour le repas, puisque nous retournons sur nos pas pour visiter l'un des plus grand food mall du coin, où on dînera de brioches shanghaiennes et soupes aux raviolis wontons pour 29 yuan à deux, moins de 4€.
Pour profiter de notre dernière soirée, on rentre en longeant les quais de Pudong, agréablement aménagés en promenade arborée, où des personnes bien mises attendent sous la pluie, près d'un panneau qui affiche les tarifs d'achats d'appartements. Les agents immobiliers les plus étranges que nous n'ayons jamais vu.
Nous décidons de prendre le ferry pour traverser la Huangpu, comme des centaines d'autres personnes qui se retrouvent parquées avec nous entre les portiques d'entrée et les grilles d'accès. Le trafic est intense sur la rivière, les porte-containers et les péniches glissent comme des ombres, tandis que les ferrys de croisière et les bateaux d'agrément dégoulinent de lumières. Alors que le bateau approche, on sent le mouvement se préparer et dès que les grilles s'ouvrent, les gens se ruent pour avoir les meilleures places dans le ferry. On essaye d'accompagner le mouvement sans se faire embarquer dans la course et, notre taille aidant, on aura finalement une très chouette vue sur la skyline qui s'éloigne, et sur un bâtiment qui rayonne de couleurs mouvantes complètement psychédéliques. Un dernier regard au Bund et à la Skyline, et on reprend le métro pour rentrer dans notre chambre pour la dernière nuit.
Incroyable mais vrai, nous arrivons à destination et le gardien du pâté de maison nous tend immédiatement une carte indiquant l'emplacement du musée, au sous-sol d'une grande tour sans aucune autre indication que celles de ce panneau indicateur géant qui guette les touristes. Une pause le temps d'éclaircir le malentendu qui nous a jetés ici, sans avoir attrapé de petit déjeuner, avec des boissons brûlantes pleines à ras bord, on se marre un bon coup et on finit nos thé et café avant de descendre au musée.
Cette petite collection privée est fantastique et vaut définitivement le détour, y compris au risque de s'ébouillanter. Des centaines d'affiches de propagande réalisées entre 1949 et 1979, et sauvées de la destruction, retrace la haine des américains, l'exaltation de la patrie et des travailleurs et le culte voué à Mao, présenté comme l'héritier de Marx et Lénine, mais voyant plus loin et plus clair que ses prédécesseurs. Des explications en anglais et en français introduisent bien les différentes grandes époques et donnent des points de comparaison entre la vérité fantasmée des affiches et la réalité de la situation. Si les photos sont interdites, on décide d'acheter le catalogue de l'exposition, complètement nécessaire.
Une affiche en particulier nous cloue sur place, par son gigantisme et la puissance qu'elle renferme.
On s'empresse ensuite de trouver un endroit où déjeuner, parce que c'est pas tout ça, mais on a sauté le petit déjeuner avec ce quiproquo! Encore une fois, on se régale, et on devient meilleurs sur les quantités : de la crêpe frite au boeuf et aux épinards, d'énormes radis frits au poireau, de la racine de lotus marinée. Ça a un goût de châtaigne assez agréable mais nous ne sommes pas fâchés d'être surs que c'est végétal parce que la pulpe gluante qui remplit les trous de la racine est tout sauf ragoûtante.
On prend ensuite le métro vers le Nord, exprès pour aller voir le Bouddha de Jade. Comme à chaque entrée on achète une carte, valable pour un trajet simple ou pour la journée, qui sera avalée par la machine à la fin de son utilisation, et réinitialisée pour les prochains clients. Plutôt plus malin que nos tickets jetables. A chaque entrée de métro, les sacs sont passés au scanner par un duo de personnels de police. Est-ce qu'il y a une menace particulière? Dans le métro même des pubs vidéos sont projetées sur les murs des tunnels par la rame elle-même, maintenant ainsi le message lumineux en face des passagers. Dans les wagons, des écrans vidéos passent en boucle des conseils de maquillage délirants, allant de "se recouvrir de maquillage blanc en formant des triangles sous les yeux, sur le front, sur le menton etc pour s'éclaircir la peau" à "votre meilleur allié pour un lifting rapide? le scotch! Regardez ce pli disgracieux au niveau de votre mâchoire, si on le scotche en arrière coooommme ça, et qu'on repoudre par dessus, Magie! Il a disparu!"...
Le temple est encore une fois une enclave de tradition au milieu du gigantisme moderne environnant. Partout dans la ville, des ensembles de mega-tours toutes semblables, plus d'une demi-douzaine à chaque fois, crèvent le ciel.
Le complexe du temple, immense, est partiellement en travaux de construction. Certaines parties, flambant neuves ou déjà datées, ont des airs de bureaux ou de réfectoire de cantine. Le temple est en activité et héberge une communauté de moines boudhistes zen, que nous entendrons psalmodier dans une des cours. Étonnamment certaines modification d'agencement sont tellement fraîches que notre guide 2016/2017 est complètement à côté de la plaque sur les emplacements des deux attractions majeures du lieu : le bouddha de jade et le bouddha couché. Ayant laissé à Daniel la lecture du guide, je m'attend à voir un bouddha de Jade vert et reste un peu interdite devant la statue blanche laiteuse de 2m qui me toise de tout son calme. La pièce en elle-même est impressionnante, avec ses murs recouverts de bibliothèques aux panneaux fermés renfermant plus de 5 milles livres sacrés.
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| La cour intérieure du bâtiment du Bouddha de Jade (blanc, donc) |
Dans la cour adjacente où psalmodient les moines, des fidèles viennent allumer des fagots d'encens gros comme le poignet, essayent de les souffler pour ne garder que la lente combustion qui relargue de la fumée, puis s'inclinent trois fois dans les 4 directions avant de chercher à planter les bâtons dans le grand brasero central. Nombreux sont ceux qui grimacent ou ont des difficultés à étouffer les flammes, et se font peur avec, étonnant. Peut-être ne pratiquent-ils pas régulièrement?
De nouveau métro, de nouveau scan des sacs, pour rejoindre le quartier juif de Shanghai. Le long de la synagogue, un mur immense liste les noms des... vivants. De ceux qui ont été accueillis par la chine et ont ainsi échappé au sort de leurs familles d'occident. Lors de la seconde guerre mondiale, près de 30 000 réfugiés se sont installés dans et autour de ce quartier, alors surnommé La petite Vienne. La muséographie, moderne et très bien faite, ainsi que notre jeune guide anglophone et enthousiaste, insistent largement sur le rôle majeur de la Chine et de Shanghai en particulier. A croire qu'ils ont presque évité la Shoah...
De nouveau le métro, en direction de Pudong, la ville nouvelle, et de ses gigantesques tours pour une vue nocturne de Shanghai. En bons touristes, on a nos chaussures de rando, nos sacs à dos, et on vise un des restaurants avec vue les plus chics de la ville :D La marche d'approche est en soit un évènement, tant les tours sont hautes et impressionnantes : de droite à gauche, 420,5m de haut pour la Jinmao, 492m pour celle du Shanghai World Financial Center, notre destination, et pas moins de 632m pour la Shanghai Tower.
La montée des tours est payante, mais celle du milieu, affectueusement surnommée le décapsuleur à cause du trou qui permet de diminuer la pression des vents, à le mérite d'avoir au 91e un restaurant-bar où nous pourrons au moins avoir une consommation pour le prix excessif de la montée en ascenseur (180 yuan, soit environ 24€). Lumière tamisée, musique jazzy et cocktails inventifs, l'apéritif est très agréable. Et même si on se trouve relégués au bar car nous n'avons pas réservé de table, la vue sur le Bund et la ville qui s'étend derrière est proprement époustouflante et vertigineuse. Le départ d'une famille nous permet même d'aller prendre une photo par la fenêtre.
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| Ce soir, la perle est rouge |
Pour profiter de notre dernière soirée, on rentre en longeant les quais de Pudong, agréablement aménagés en promenade arborée, où des personnes bien mises attendent sous la pluie, près d'un panneau qui affiche les tarifs d'achats d'appartements. Les agents immobiliers les plus étranges que nous n'ayons jamais vu.Nous décidons de prendre le ferry pour traverser la Huangpu, comme des centaines d'autres personnes qui se retrouvent parquées avec nous entre les portiques d'entrée et les grilles d'accès. Le trafic est intense sur la rivière, les porte-containers et les péniches glissent comme des ombres, tandis que les ferrys de croisière et les bateaux d'agrément dégoulinent de lumières. Alors que le bateau approche, on sent le mouvement se préparer et dès que les grilles s'ouvrent, les gens se ruent pour avoir les meilleures places dans le ferry. On essaye d'accompagner le mouvement sans se faire embarquer dans la course et, notre taille aidant, on aura finalement une très chouette vue sur la skyline qui s'éloigne, et sur un bâtiment qui rayonne de couleurs mouvantes complètement psychédéliques. Un dernier regard au Bund et à la Skyline, et on reprend le métro pour rentrer dans notre chambre pour la dernière nuit.






