vendredi 30 décembre 2016

Miyajima – l’île magnifique ou la revanche des petits daims



Mercredi 19 Octobre

Gros changement d’ambiance aujourd’hui, après un petit déjeuner à l’appart, nous partons en direction de Miyajima. Vous connaissez forcément si vous avez déjà feuilleté un catalogue de voyages sur le Japon, son grand Torii vermillon dans la mer est une des images qui revient le plus quand on se renseigne sur le Japon.

Mais avant toute chose, on cherche sans succès une banque où on puisse changer un peu d’euros car on commence à être limite en cash et on ne tiendra clairement pas comme ça jusqu’au retour à Kyoto, où on sait où changer de l’argent. Mais on nous répond qu’ils ne changent que des dollars. C’est Daniel qui gère la disparition progressive des sous, mais du coup c’est aussi lui que ça stresse et notre échec du jour n’arrange pas les choses.

Pour profiter du fait que j’ai acheté un pass qui me permet de prendre tous les trains de la compagnie JR, on se décide donc pour un trajet tram puis train puis bateau, pas forcément le plus rapide. A la gare une japonaise nous aborde en anglais et nous fait un bout de conversation. Professeur d’anglais pour adulte, elle habite à Hiroshima et est ravie que nous soyons venus tout exprès visiter la ville lors de notre périple. Elle se rend également aujourd’hui à Miyajima avec certains de ses élèves, certaines comme nous le remarquerons plus tard, car seules des femmes suivent ses cours en pleine semaine. L’objectif est d’aborder les touristes et de leur proposer des explications en anglais, un bon moyen pour son groupe de travailler leurs compétences en conversation. Une de ses élèves nous rejoint d’ailleurs à quai et tente laborieusement d’échanger quelques mots. Comme c’est la tradition lorsqu’on rencontre quelqu’un, elle fouille son sac et y pêche des petites enveloppes destinées à offrir des étrennes, qu’elle nous offre comme cadeau de rencontre. Nous, nous sommes bêtement partis les mains vides, pas encore au courant que cette habitude des cadeaux peut se matérialiser à n’importe quelle occasion, et pas seulement lorsqu’on rencontre quelqu’un de manière formelle.

Parce qu’il fait gris, la demi-heure de traversée en ferry et l’arrivée sur Miyajima ne sont pas très impressionnantes. Mais à peine arrivés, nous découvrons que cette île est également peuplée de daims ! Comme Nara ! Ceux d’ici sont même presque plus familiers, grignotant les emballages et sacs des pique-niques de touristes lorsque ceux-ci ont les yeux ailleurs, ou se laissant prendre en selfie avec les visiteurs…



Le temple que nous voulions visiter d’abord, l’Itsukishima, est malheureusement inondé par la marée. Derrière ses portes barrées, un personnel nombreux passe le jet d’eau et la raclette pour nettoyer la vase et le sel déposés par les vagues. Flûte…



Du coup on monte un peu dans les hauteurs de la ville, pour la visite du Senjokaku, un immense hall flanqué d’une pagode. Le bâtiment est complètement insolite : ouvert aux quatre vents, tout en bois, décoré de coques de bateaux, de magnifiques tableaux de bois peint et de …. spatules à riz géantes. Sisi. Moi non plus je n’y crois pas et j’accuse Daniel de se moquer de moi mais, à la lecture du guide, il me faut bien me rendre à l’évidence. Mais pourquoi.. ? Ça, l’histoire ne le dit pas.


On redescend en ville pour un déjeuner sans grand intérêt d’anguille laquée sur bol de riz et fruits de mer frits (dont des huîtres frites, très bizarre). Alors qu’on se dirige vers le téléphérique qui mène en haut de l’île, on entend une annonce en japonais venant de l’Itsukishima et Daniel en déduit que le temple rouvre. Et en effet ! On comprend en fait que, construit vraiment à fleur d’eau, à chaque marée haute un peu agitée, le temple se fait rincer, et qu’il est donc fermé pour nettoyage avant réouverture au public. On s’engage donc dans la foule qui envahit bientôt les coursives qui surplombent la marée descendante. Ici, on ne pénètre jamais vraiment à l’intérieur de l’ensemble. Le trajet balisé par les petits couloirs ajourés nous fait serpenter le long de certains bâtiments, entre les stands d’achat de charmes et autres papiers de bonne fortune et donne sur des terrasses et points de vue sur le O-Torii. Au milieu de classes entières d’étudiants en uniforme et de groupes de jeunes femmes, de parents et leurs petits en kimono, des mariés en costumes traditionnels se font photographier avec le Torii en arrière-plan.




Petite grimpette à travers la forêt du parc Momijidani pour amorcer la montée de la montagne Misen, qu’on décide d’aborder en téléphérique. On croise d’ailleurs notre couple de Tokyoïtes de la veille, qui en redescendent, et on s’échange de grandes salutations enjouées. La vue depuis la cabine est magnifique, malgré le temps couvert, et un peu vertigineuse. Une fois à la gare téléphérique du haut, une plate-forme permet d’avoir une bonne vue des îles du petit bras de mer qui nous sépare de la côte. Sur la rambarde, des tubes métalliques soudés, creux et légendés, permettent de regarder à coup sûr dans la direction de ce qu’ils pointent. Pas bête comme système !

Une première phase de marche nous laisse tout suants et nous mène au Reikado Hall, dont la flamme, censée brûler depuis des siècles, est celle dont est issue la flamme du mémorial de la paix à Hiroshima.

Épongés et ayant repris notre souffle, on grimpe plus haut, jusqu’à l’observatoire qui offre un panorama circulaire sur l’île et ses environs.

Sur le toit terrasse du bâtiment, on retrouve un petit vieux monsieur qu’on avait dépassé en bas du téléphérique, puis de nouveau croisé à la première plate-forme où on lui avait annoncé un peu fiérots qu’on montait jusqu’à l’observatoire. Et bien lui aussi, et il n’est pas aussi rouge que nous. Et vlan.



Redescente à pieds, jolie mais un peu longue et usante pour les genoux (beaucoup de marches ! beaucoup !) par le Daisho-in course, un sentier qui dessert quelques temples et autels en pleine forêt et offre quelques jolis points de vue sur le Torii.

Tout en bas de cette descente, l’ensemble de temples du même nom est une vraie splendeur, peut-être encore plus du fait du ras le bol des marches.



C’est un des premiers groupes de temples qui me touche vraiment plus profondément, avec tous ses bâtiments blottis dans la colline, ses poutres sculptées et ses centaines de Jizos coiffés de petits bonnets, disposés le long d’un sentier en contrebas. Mais comme d’habitude, tout ferme très tôt et nous enrageons de nous faire fermer un temple au nez par un jeune moine, puis fermement diriger vers la sortie.




Étrange accoutrement pour ce Jizo...

Au retour vers le ferry la marée basse a découvert le Torii, prétexte à de nouvelles photos. Plus loin, un faon suit comme son ombre un touriste qui a fait l’erreur d’acheter un épi de maïs grillé. Obstiné, l’animal se tient à la hauteur de l’homme, et avance résolument le museau chaque fois que celui-ci essaye de mordre dans son goûter. On recroisera le touriste à bord du ferry de retour, débarrassé de son maïs comme de son faon, sans savoir si le second a finalement réussi à croquer le premier.

vendredi 16 décembre 2016

Hiroshima



Mardi 18 Octobre

Dès le réveil, on file vers la gare de Shin-Osaka pour prendre le train vers Hiroshima. Comme pour notre allez à Hida, tous les sièges sont réservés, mais cette fois on réussit à demander des places dans les voitures non réservées et on va rapidement prendre place sur le quai, en espérant avoir une place assise. Nous ne sommes pas les premiers. Ici, on fait soigneusement et respectueusement la queue par ordre d’arrivée et, vu la foule qui s’entasse bientôt en serpentin derrière nous et partout ailleurs sur le quai, les billets des voitures non réservées sont vendus sans limite de nombre. Si on a de la chance, on rentrera, sinon, ce sera pour le prochain. Ça se joue à quelques personnes, mais on parvient à s’asseoir, tandis qu’autour de nous, dans les couloirs, s’entassent les malchanceux qui vont faire une heure d’équivalent TGV debout. Ce qui n’a l’air de poser de soucis à personne en termes de sécurité mais serait sûrement un massacre en cas d’accident.

Première mission à l’arrivée : trouver notre Airbnb pour ces trois prochains jours. On s’oriente rapidement et on prend le tram. A bord, un couple de retraités japonais adorable engage la discussion. Originaires de Tokyo, ils ont une fille illustratrice pour enfants qui vit à Paris avec son compagnon musicien. Ils nous montrent des images de ce qu’elle dessine et on prend les références pour pouvoir regarder ça plus longuement. On se quitte en se faisant de grands sourires au moment où ils descendent à l’arrêt du dôme de la bombe, tandis qu’on continue à peine plus loin vers notre logement réservé en catastrophe depuis Nara. C’est un grand espace carré, à droite la douche et les toilettes (séparés) avec une machine à laver près du lavabo, puis une double porte qui donne sur une chambre avec deux lits de 120 collés ensemble. A gauche la cuisinière et le frigo et au fond un canapé et une table basse. Ce sera très bien. On s’installe rapidement et on repart à pieds vers le dôme de la bombe A. 
 Il s’agit en fait du dôme du Genbaku, le Palais d’exposition industrielle qui faisait la fierté de la ville et qui, se trouvant presque à l’aplomb de l’explosion de la bombe, est resté débout, réduit à une structure torturée. Il a été décidé qu’il serait conservé en l’état et renforcé pour témoigner auprès des générations suivantes. Des panneaux explicatifs décrivent l’enchaînement des évènements, nous donnent les premières données d’une horreur sans non. L’ambiance s’est sensiblement refroidie. Près du dôme, un fils de survivant raconte son combat sur de grands panneaux accrochés aux haies, en une demi-douzaine de langues, et dans autant et plus de classeurs de toutes les couleurs, où il se propose de guider les touristes au travers de ce pan d’histoire nationale et personnelle. Quelques militants pour la paix arborent des pancartes listant les chiffres des armes nucléaires possédées par les pays les plus militarisés et appellent à une dénucléarisation totale.

 

Partout dans le parc qu’est devenu cette partie de la ville, le Parc pour la paix, nous croisons des classes d’écoliers, de la primaire au lycée, en uniforme, cornaqués par leurs professeurs. Nous apprendrons plus tard que la destination est quasi obligatoire comme voyage scolaire. L’accent est vraiment mis sur la nécessité de construire une paix durable et mondiale. Dans un coin du parc, une cloche gravée d’une carte du monde est frappée par ceux qui veulent faire retentir son appel de paix, plus loin, un mémorial des enfants pour la paix, initié par des écoliers suite au décès d’une de leur petite camarade irradiée et décédée d’une leucémie des années après l’explosion. Lors de son hospitalisation finale, cette petite fille avait fait le vœu fou que, si elle arrivait à plier 1000 grues en origami, elle serait guérie. Les informations pour savoir si elle a eu le temps ou non de finir ses grues sont contradictoires, mais, autour du mémorial, sont accrochées des milliers de grues de papier, de toutes les couleurs et de toutes les tailles. Des boîtes sont disposées pour collecter les grues que les visiteurs peuvent vouloir offrir. Devant et sous le monument, des enfants chantent en chœur, dirigé par l’un des leurs. Puis une autre classe prend la place, dans une succession qui semble sans fin.
 


Bien retournés et tout barbouillés, on va faire tout de même faire une pause déjeuner, principalement pour mettre un peu de distance entre le parc et nous. On se trouve une cafétéria qui sert des onigiris, ce qui est un peu près la seule chose que j’envisage de pouvoir avaler : du riz principalement, mélangé à des légumes, poisson et/ou condiments. On étire un peu notre repas, on s’offre un dessert pour la consolation du sucre, et on se dirige vers le mémorial et le musée.

 
Là encore, beaucoup de monde, des centaines de classes de tous âges qui font la queue pour venir se recueillir devant la flamme du mémorial. 
Dans le musée aussi il y a foule, on avance au pas, on se hausse pour voir les cartouches explicatifs. Drôle de musée, avec des terminaux informatiques délivrant des informations complémentaires tellement vieillots qu’on dirait des minitels, une reproduction d’une rue dévastée avec des statues de cires des survivants immédiats de l’explosion, échevelés, aux ¾ nus et couverts de sang, avançant comme des zombies, les bras tendus devant eux pour éviter le propre contact de leur chair brûlée. L’infinité de détails, de témoignages, de photos, d’ongles et de cheveux perdus après l’irradiation, de morceaux de ferraille tordus par le souffle, d’objets fondus par les incendies immenses qui se sont déclarés ensuite, de morceaux d’uniformes scolaires, de blocs de bétons ayant gardé en positif l’empreinte de ce (ou ceux) qui se trouvaient devant au moment du flash… 

 
L’objectif est très clairement d’hyper personnaliser l’évènement, de faire que le visiteur se sente concerné, puisse s’identifier. Une maquette impressionnante représente, à l’échelle, la boule de feu formée au-dessus de la ville une seconde après l’explosion. J’apprends que de nombreux enfants, mobilisés pour aider à la construction de coupe-feu en cas de bombardement, étaient dans les rues ce jour-là, au moment de l’explosion. J’apprends les brûlures qui impriment les dessins sombres des kimonos dans les chairs, les éclats de verre qui se sont fichés dans les corps, ressortant parfois jusqu’à des années après, j’apprends les incendies monumentaux qui se sont déclarés et la pluie radioactive qui s’est abattue sur la région, sans pour autant parvenir à les éteindre. J’apprends les conséquences sanitaires, les dizaines de milliers de morts entre août et décembre 1945, le doublement de ce nombre dans les années qui suivent, les micro hémorragies sous la peau, les cicatrices épaissies qui défigurent et empêchent les mouvements… Je me rends compte que je ne savais rien de cette arme, rien de ses conséquences réelles. Malheureusement la muséographie ne me renseigne pas vraiment sur les différences fondamentales entre bombe nucléaire et conventionnelle. Mais je ne comprends pas qu’avec ces témoignages sous les yeux, on puisse encore empiler des têtes nucléaires dans nos arsenaux. Je voudrais enfermer tous les dirigeants des puissances nucléaires du monde dans ce musée, et leur passer, encore et encore, les témoignages des survivants.

Les traces de la pluie de suie radioactive
Je ressors sonnée, avec la nausée. Plus loin, nous descendons au mémorial. C’est une pièce circulaire, dont la partie haute est recouverte d’une reproduction panoramique de la ville juste après le désastre. La mosaïque est formée de 140000 tuiles, le décompte des morts à la fin 1945. Dans la partie basse, les noms des différents quartiers de la ville touchés apparaissent de place en place. Au centre, une fontaine en forme d’horloge arrêtée sur 8h15, l’heure de l’explosion, rappelle que la majorité des irradiés sont décédés en demandant à boire. Des bancs permettent de se recueillir et je pleure doucement. Dans une pièce attenante, un immense fichier électronique permet de chercher le nom d’une victime ou d’un survivant en particulier. Dans un petit amphithéâtre des vidéos de témoignages sont illustrées et racontées par des enfants, l’impression est affreusement complaisante, voyeuriste et tire-larmes et nous nous enfuyons rapidement.
Dans la ville moderne d'aujourd'hui, ne reste que le parc de la paix pour témoigner
On rentre à notre Airbnb pour se remettre un peu, et on décide d’y cuisiner, à la fois parce que je sature brusquement de l’intensité des goûts japonais, et parce que faire à manger est toujours quelque chose qui me recentre, qui m’apaise. Sur les conseils de Sam, l’ami américain rencontré chez Tatsu et Mika, on cherche à se rendre dans un bar à bières atypique, tenu deux jours par semaine dans un garage par un barman qui ne sert qu’une bière, mais de 4 façons différentes. Mais on se trompe lourdement sur la localisation et il est bientôt l’heure de sa fermeture. Sur le chemin, on croise un petit magasin de légumes bio où nous achetons quelques pommes de terre, une petite courge, et les courgettes les plus chères du monde. On complète nos courses dans le supermarché le plus proche, où on découvre comment procéder : on dépose les courses, dans un panier, à la caisse. Celles-ci sont ensuite scannées et transférées dans un autre panier qui nous est remis pour que nous allions l’ensacher plus loin. On ne met pas dans son sac au fur et à mesure, ça perturbe le caissier. En face du supermarché, une petite épicerie bio où on achète du Mirin et des pois chiches cuits. Je suis un peu étonnée de l’abondance de magasins d’alimentation biologique, mais pas tant que ça quand on pense que c’est de Hiroshima qu’est partie la tendance des Teikei, précurseurs des Amaps.

Ce soir, on cuisine à l’appart : patates sautées, purée de courge, légumes grillés et salade. On a aussi notre première expérience (malheureuse) avec une machine à laver japonaise. Le linge mit à laver ressort non essoré, et nous ne savons pas s’il y a une fonction séchage. En attendant la réponse du propriétaire, on essore tout à la main et on étend tout ça pour la nuit.

mercredi 14 décembre 2016

Osaka

Lundi 17 Octobre – soir

Le contraste entre la matinée au Mont Koya et l’immense ville dans laquelle on arrive est époustouflant. Partout des lumières, des tours de bureaux et d’habitation. Daniel n’ayant pas gardé un souvenir impérissable de la ville, nous avons décidé de n’y consacrer qu’une soirée. On a réservé un petit Airbnb absolument, super, calme, très propre et chaleureux, et dont l’hôte est hyper réactive et agréable (https://www.airbnb.fr/rooms/9104740). Nous y avons une vue magnifique sur le mur de l’immeuble juste à côté. Au moins ça coupera le son et la lumière. On croise un couple de français en y arrivant, qui dorment dans une des autres chambres, mais le contact ne se fait pas.


Les affaires déposées, on sort ! Dans la rue, on commence par croiser des barrières de construction Hello Kitty… Heu… Ah ?
Direction le Swiss Hotel et son restaurant/bar au 36e étage, vue panoramique sur la ville. Comme nous n’avons pas de chambre à l’hôtel, on nous indique que prendre place à table est payant. Bon… tant pis. Il s’avérera plus tard que cette taxe n’est valable que si on ne consomme pas. On se choisit des cocktails aux noms accrocheurs (Cherry blossom et Japanese Fusion) et on s’amuse de l’ambiance, en décalage complet avec le reste de notre journée et notre look de voyageurs (grosses chaussures de marche, imperméable, pulls à capuche…). Derrière un rideau de perles, un guitariste-chanteur reprend des classiques avec un accent à couper au couteau.

La vue depuis les baies vitrées est vertigineuse : des tours partout, illuminées comme un décor de Noël, des autoroutes et voies ferrées aériennes… On se croirait dans un décor de cinéma, mais c’est bien réel. Quelques photos et on plonge dans la folie citadine.






Le cœur de ville, Minami, est une débauche d’affichages lumineux géants, de bruits, de jeunes gens tous plus lookés les uns que les autres. L’autre visage du Japon, la société d’hyper consommation. En plein milieu d’un des ponts qui traversent la rivière, je m’arrête, renifle… « Il y a un Lush pas loin ». Ça sent Lush, cette odeur inimitable des savons et shampoings de la marque aux designs fluos. Et bingo, une centaine de mètres plus loin, j’aperçois l’enseigne carrée blanche sur fond noir ! Alors ça ! Renifler un Lush en plein Osaka, il faut le faire.



On tourne un peu pour trouver un restaurant, on hésite, on se tâte… Dans un sous-sol qui vend des spectacles, je profite de toilettes gratuites, ce qui nous donne un délai pour choisir notre repas. On se dirige finalement vers un restaurant de bord de rivière, qui annonce Okonomiyaki en gros. Oui, mais, Osaka style, c’est-à-dire sans les nouilles qui sont la spécialité que nous mangerons plus tard, à Hiroshima. On prend aussi des Takoyaki, ces beignets de poulpe dont décidément le cœur n’est pas cuit, et que je trouve un peu écœurants. Mais c’est la spécialité de la ville alors… Retour un peu galère en bus, et gros dodo.

Koya - suite et fin

Lundi 17 Octobre

Réveil à 6h pour assister au service du matin. Il pleut des cordes. On s’habille chaudement et on se dirige vers le lieu de prière. Un chemin de moquette nous guide et le suit jusqu'à s'asseoir à côté des autres touristes, sur un banc le long du mur qui fait face au cœur du temple. Sur un tapis, entre nous et le « cœur », des pèlerins ont pris place. Et une touriste arrivée trop tard pour trouver une place sur le banc. 

La cérémonie dure environ une demi-heure mais ça me semble long car aucune explication, aucune proposition de participation ne nous est faite. On est là, assis contre un mur froid, à regarder les trois moines officier, psalmodier et frapper sur un gong à des moments qu’eux seuls comprennent. La seule occasion que nous avons d’être plus que spectateurs est au moment où l’un des moines nous propose de venir prier devant le feu. Un à un, les pèlerins se lèvent, se baignent dans la fumée de l’encens, prient, et retournent s’asseoir. Puis c’est au tour de ceux du bout du banc, et la ligne de prière s’avance vers nous. Je grommelle vers Daniel un « Moi j’y vais pas hein ! », mais un précédent touriste me sauve de l’embarras d’être la première à ne pas aller prier.

Retour dans notre chambre, pas très convaincus, mais accueillis par un petit déjeuner qui ressemble au dîner de la veille, en moins élaboré. Il pleut toujours, et on décide d’attendre voir si ça passe. Les futons ont été repliés et la table remise au centre mais, alors que Daniel feuillette les guides et écrit notre carnet de voyage, je fais le rouleau de printemps dans l’une des couettes de futon, et fini par m’endormir. J’émerge vers 10h. La pluie s’est calmée et, équipés au cas où ça reprenne, on décide de se mettre en mouvements.


On commence par aller se perdre un peu du côté de la Daimon, la grande porte, qui marque l’entrée du site depuis l’autre bout du plateau. Le soleil perce et nous offre une jolie vue sur les collines environnantes. Saturé d’humidité, l’air est lourd, et on se retrouve rapidement à se débarrasser de nos diverses couches de vêtements. On débute une balade dans la colline mais, rapidement, on se rend compte qu’à part passer sous des Torii à l’infini, on ne sait pas où celle-ci nous mène, le chemin est trempé et mes chaussures décousues, et en plus il y a des ours, en tout cas c’est ce que dit la pancarte. 

 

 
Bref, je suis grognon et on fait demi-tour vers le Danjo Garan. Le site est exceptionnel, d’autant que la pluie a imbibé les toits de chaume des temples, qui sèchent en fumant. La grande pagode, trop souvent détruite par le feu, a finalement été reconstruite en … béton. A c’est sûr, là, le feu, il va moins faire le malin ! Mais c’est moche ! Orange vif et neuve comme un temple chinois, massive, elle est cependant rattrapée par son intérieur exceptionnel qui figure un mandala en 3D, une forêt de piliers portants les peintures de différentes divinités. 



Le musée, où on va aussi puisqu’on a pris un pass à 1500 yen qui nous fait faire le grand tour du site, manque cruellement d’explications pour être vraiment intéressant, même s’il contient quelques belles pièces. Notamment un parchemin somptueux, au papier bleu indigo et aux écritures à l’encre d’or. Un troupeau de touristes horribles, qui traitent leur guide japonais et la culture du pays avec un mépris affolant, termine de nous gâcher la visite du musée.

Une rapide pause déjeuner, un passage à l’office du tourisme pour bénéficier du wifi et gérer notre arrivée à Osaka le soir-même, et on repart à la découverte du grand temple. Le complexe dégage une impression de grande sérénité et le bâtiment central est une merveille de pièces à tatami aux portes coulissantes peintes. Les photos y sont interdites, mais pour une visite virtuelle du temple, vous pouvez suivre ce lien : Guide du temple Kongobuji. On y a le droit à une tasse de thé et un petit gâteau dans une immense salle ultra moderne de 169 tatamis, construite en 1984, qui sert de lieu de repos pour les pèlerins et les visiteurs et de lieu de prêche pour la communauté monastique. Spécificité du temple, on y a également accès aux anciennes cuisines, utilisées jusqu'en 1975, et dont murs et plafonds sont noirs de suie. Au centre, trône un immense fourneau traditionnel avec trois chaudrons, permettant de nourrir jusqu'à 2000 personnes.

Le jardin de pierre Banryutei, créé lui aussi en 1984 à l’occasion de la commémoration des 1150 ans écoulés depuis la mort de Kobo Daishi, est, le plus grand du japon. Particulièrement magnifique, il justifierait à lui tout seul une visite au Mont Koya. Il figure deux dragons, un mâle et une femelle, se faisant face dans une mer de nuages.
 

Depuis notre arrivée à Koya, on commence vraiment à voir nos premières feuilles rouges, qu'on attend avec impatience et qui nous avaient été promises pour fin octobre début novembre. On s’essaye donc à tout un tas d’angles et de réglages pour rendre un minimum la couleur incroyable de ces érables en automne. Autant de photos que vous allez voir défiler. Vous n'êtes pas prêts de ne plus voir de feuilles rouges :)
 

Il est presque l’heure de prendre le bus de retour, pour ne pas louper le téléphérique qui nous emmènera au train pour Osaka (manque plus qu’une bicyclette là-dedans et on aura fait le tour des moyens de transports terrestres). On récupère donc nos sacs et on décide de marcher un peu vers les prochains arrêts de bus, afin d’aller voir le mausolée Tokugawa dont un gros chat garde la porte. Construit par Iemisu Tokugawa en l'honneur de son grand-père et de son père, premiers de la lignée d'une des familles majeures de shogun ayant participé à l'unification du pays, le double mausolée présente un style typique de l'époque Edo et se distingue par son architecture d'une grande finesse.
 
 


En attendant le bus

mardi 13 décembre 2016

Un jour et une nuit sur le Mont Koya - partie 1

Dimanche 16 Octobre - (Attention post long à multiples photos)

Aujourd'hui on va au Mont Koya! Sur ce plateau situé à 800m d'altitude, une centaine de monastères bouddhistes, dont la moitié fait chambre d'hôte, sont répartis de part et d'autre d'une rue qui relie le plus grand cimetière bouddhiste du Japon à un complexe de temples réputé magnifique. Autant dire que je suis sur des charbons ardents!

Levés aux aurores (ou presque) pour une bonne session de transport, le chauffeur du bus précédent celui que nous avions prévu de prendre nous ferme les portes au nez après nous avoir regardé courir, et démarre. Bon... sympa... heureusement qu'on avait pris un peu de marge. Au final, on attrape in extremis notre train, puis on enchaîne sans heurt ni attente le téléphérique qui monte au plateau du Koya et le bus qui nous emmène de la gare téléphérique au centre ville. Petit repérage pour s'orienter et identifier lequel des temples qui jalonnent la rue est celui dans lequel nous avons réservé une nuit, avec le sponsorship d'Anne et, après une fausse entrée par une porte de service, nous voici bientôt installés devant une table basse à couverture chauffante, avec une tasse de thé.





Comme il est largement l'heure de déjeuner, et que nous sommes là jusque demain après-midi, on commence par chercher quelque chose à manger. Après un petit tour exploratoire de l'unique rue, on jette notre dévolu sur un restaurant vegan/galerie d'art, tenu par une française et son compagnon japonais francophone et dans lequel on partage une table avec un couple israélien en voyage de noces, une guide japonaise de Kyoto en repérage pour de futures visites, puis deux jeunes étudiants, l'un indo-japonais dont la sœur est enterrée ici, et l'autre australien, venu au Japon étudier la langue.

Le couple israélien, mieux renseigné que nous, nous indique qu'il y a apparemment aujourd'hui une cérémonie unique dans l'année, où de petits gâteaux de riz sont lancés depuis la plate-forme du temple principal. Seulement, ils ne connaissent pas l'heure exacte et les propriétaires sont incapables de nous la donner. En revanche, ils nous mettent en garde contre le fait que les gâteaux sont durs et parfois lancés avec force. Une fois le déjeuner terminé on se précipite donc vers l'office du tourisme pour en savoir plus mais l'employée de l'accueil nous explique tristement que l’événement est déjà en court, et que comme il ne dure que très peu de temps, on est en train de le louper. On se dirige tout de même vers le temple, au cas où, mais nous sommes à presque 10 minutes de marche et nous croisons de nombreuses personnes qui reviennent avec des sacs gonflés de gâteaux de riz de toutes les couleurs...
Vite! vite! on va louper les gâteaux!
Tant pis. Demi-tour  car, s'il fait beau aujourd'hui, il est censé pleuvoir demain, et mieux vaudra alors être en train de visiter les temples pour pouvoir s'abriter. En chemin, on entend puis aperçoit une procession de moines promenant un temple portatif au son des gongs. Si je remâche un peu ma déception d'avoir loupé le lancer de gâteaux annuel, celle-ci s'envole assez rapidement quand on pénètre dans Oku-no-in, le cimetière-temple de Koya.



Ici, une forêt de cèdres du Japon centenaires abrite les plus de 200 000 pierres tombales de ceux qui ont choisi de passer l'éternité auprès de Kobo Daishi, l'un des moines qui a introduit le bouddhisme au Japon. Personnalités, samouraïs et shogun y côtoient des gens ordinaires ou les tombes collectives achetées par de grandes sociétés (oui oui, on y a vu Panasonic), le tout dans un étrange mélange de tombes neuves ou pluri-centenaires, sans qu'un réel plan d'occupation ne soit apparent. La balade fait une boucle de près de 4 kilomètres, qui part du pont d'accès, l'Ichi-no-hashi, mène au mausolée de Kobo Daishi et au pavillon des Lanternes et ramène à l'entrée principale.






Un ensemble de statues me met très mal à l'aise. Ces bouddhas de pierre noire, élancés, ont de petits enfants accrochés au bas des jupes et, présentent, dans leur main gauche, un fœtus doré dans sa matrice. De temps en temps, des groupes de gens manifestement importants (des pèlerins probablement), portant chacun une écharpe de couleur qui les identifient comme gens importants, passent d'un air important avec leurs guides sur le chemin principal. Nous, on explore, on furette, on se perd dans les embranchements qui rognent peu à peu sur le sous-bois. L'ambiance est extraordinaire. Mystique. Les quelques feuillus commencent à prendre leur livrée d'automne, jetant des touches de rouge dans ce décor de pierre, de bois et d'épines vertes.

 Au bout du chemin, nous passons le pont Mimyo-no-bashi, à la droite duquel s'alignent des statues de bouddha Jizo sur lesquelles les croyants versent de l'eau puisée avec une grande louche à la rivière, en offrande aux morts. De l'autre côté du pont commence le saint des saint, le Toro doro (pavillon des lanternes) et derrière, le mausolée de Kobo Daishi. Les photos y sont interdites, mais j'oublie, médusée par la beauté de l'endroit, et j'en prend quelques unes. Le pavillon des lanternes est très exactement ça, un pavillon contenant des centaines de lampes, plusieurs massives, dons de différentes personnalités de l'histoire politique du Japon et dont deux brûleraient depuis plus de 900 ans. Au sous-sol, une pièce garnies d'étagères métalliques sur lesquelles sont fixés, numérotés, des milliers de petites statuettes de bouddha, toutes identiques. En vérifiant les numéros, on en a dénombré 40 000. A côté, un autre pavillon japonais est empli de centaines et de centaines de lanternes portant chacune, une inscription différente. Sûrement, le nom d'un généreux donateur? Une petite explication serait la bienvenue pour ces deux endroits et je me mords les doigts de ne pas avoir téléchargé l'audioguide proposé à l'office du tourisme. On découvre en sortant du hall un espace de repos et de thé gratuit, dont on décide de profiter. Tenu au chaud dans d'immenses marmites communes où on se sert avec une louche, le thé est sombre, un peu fort et amer.





La deuxième partie de la boucle est plus moderne (on voit même une tombe pour l'une des fusées Apollo ayant explosé au décollage!). Plus lumineuse aussi, car le dense couvert de pins laisse ici place à des espaces dégagés et à des feuillus, dont les fameux érables du Japon dont les feuilles commencent à rougir.






Bouge pas, tu as un moustique!
Le dîner qui nous est servi au temple étant à 6h tapante, nous avons été priés d'être là dès 5h30, juste le temps d'un dernier tour dans la rue pour voir les boutiques. La cuisine du temple est une cuisine de dévotion, le Shojin-ryori (oui, la cuisine en japonais, ça se prononce "riz-au-riz", héhé), qui doit respecter les préceptes bouddhistes et est basée sur le concept dharmique de non-violence. Elle est donc végétarienne, et présente tout un ensemble de petits plats alléchants et goûteux, des légumes marinés, du tofu au sésame, des tempura, de la soupe miso. Le tout généreusement accompagné de riz et de thé.


On enfile ensuite les pyjamas mis à notre disposition pour aller au bain commun (et non mixte) du temple avant qu'il ne ferme pour la nuit.
Seyant, non?
Après m'être déshabillée dans une première pièce, j'entre dans une seconde pièce qui contient des douches en rang d'oignon contre un mur agrémenté de miroirs et un grand bain où peuvent s'immerger facilement une quinzaine de personnes et dans lequel coule en continu un flux d'eau chaude depuis une bouche dans le mur. Elle contient également deux autres femmes, japonaises, en train de se laver. Je fais donc comme elles et commence par me laver, assise sur un petit tabouret, puis vais m'immerger jusqu'au cou dans le bain. Chaud... J'en ressort tellement toute relaxée et molle que, d'un commun accord avec Daniel que je retrouve dans notre chambre tout aussi ramolli que moi, nous abandonnons l'idée de ressortir pour voir la ville de nuit. Pas question de ressortir dans le froid, après tout ce chaud. Et puis ce n'est pas tout ça, il est tout de même déjà 8h, il est grand temps de se coucher! Cette torpeur nous arrange bien, vu qu'on a prévu de se lever demain pour assister au service du matin, à 6h.