vendredi 9 décembre 2016

Kyoto - Deuxième et dernière journée avec Mika



Mercredi12 octobre

Petit déjeuner à Len, qui propose des viennoiseries plutôt correctes. 
On fait un coucou par messagerie à Tatsu, qui nous envoie une photo du tas de bois, terminé. Y a pas à dire, il est plus doué que nous.

Pour mieux prendre la mesure de la ville, on décide d’aller à pieds jusqu’au Kiyomizu dera, temple emblématique de la ville, avec sa terrasse supportée par des centaines de pilotis. C’est impressionnant comme, à un jet de pierre du centre moderne et actif de Kyoto, on se retrouve déjà dans la forêt.
Il y a foule dans le temple principal et autour de la cascade sacrée dont l’eau est supposée avoir des propriétés thérapeutiques. Là aussi, et alors que nous ne sommes pas un jour de festival mais un jour ordinaire de semaine, les croyants se pressent pour faire une offrande, consulter leur bonne fortune et prier.
Plus bas, une gargote qui propose thé et douceurs donne une vue imprenable sur la forêt de piliers. Loin de l’agitation du cœur du complexe, une petite pagode esseulée nous donne une vue impressionnante sur le temple sur pilotis. Le chemin qui y mène est bordé de toutes petites stèles gravées de Jizo, la divinité protectrice des enfants et des voyageurs, que nous verrons en de multiples exemplaires tout au long de notre voyage. Bardées d’un bavoir et parfois même d’un bonnet, elles ressemblent à des petites pierres tombales, et pour cause, elles sont placées là en mémoire des enfants mort-nés, morts en bas âge et avortés.



On a prévu de manger dans un autre quartier, mais comme il se fait faim, petite pause sucrerie ! On tente la soupe d’haricots Azuki aux gâteaux de riz et les boulettes de farine de riz au thé matcha, nappées d’Azuki. Comme on le constatera plus avant par la suite, voilà les trois ingrédients de base de la confiserie japonaise : farine de riz, thé matcha, pâte d’Azuki, qui a un goût proche de celui de la chataigne. 

On flâne ensuite dans les petites rues en pente à côté du temple, la Ninen-zaka et Sannen-Zaka, respectivement colline des 2 et 3 ans, car il est dit que qui tombe dans les marches en pierres de ces rues, mourra dans le temps indiqué. Au-delà de l’aspect folklorique, ces rues sont charmantes, bordées de maisons en bois, de magasins de souvenirs, de salons de thé et de restaurants traditionnels. On y grignote un gâteau de riz laqué à la sauce soja.

Un peu par hasard, parce que l’entrée est jolie, on s’arrête au Entokuin, demeure de Kitano Mandokoro (dites Nene), la femme d’Hideyoshi Toyotomi (premier chef de guerre à contrôler l’ensemble du territoire japonais à la fin du 14e siècle). Nene fit construire ce refuge pour y terminer sa vie après la mort de son mari, en 1605. Maison traditionnelle de style samouraï, ses pièces sont formidablement décorées de peintures murales présentant différents aspects de la nature japonaise au cours des saisons : la neige et les fleurs de cerisiers sous la lune dans une pièce ; des pins, des bambous et des fleurs de pruniers dans une autre et un formidable dragon blanc formé de l’écume des mers et entourés de cormorans, représentant Hideyoshi Toyotomi et ses lieutenants. 
Le jardin de gravillons et de rochers est une petite merveille de simplicité. Dans une dernière pièce un « tag » de Hasegawa Tohaku, l’un des peintres les plus fameux du Japon il y a 400 ans, qui avait profité de l’absence du propriétaire de la maison pour peindre, contre la volonté de ce dernier, une vue de son village natal. Sur ce panneau doré portant répété le sceau de la maison, l’esquisse de paysage surgit de quelques coups de pinceaux. Par contre, les photos y sont interdites, mais google images peut vous en donner un aperçu.

Plus tard dans la journée, on prend le train vers le Fushima Inari, le sanctuaire aux renards du fait de l’omniprésence des statues de l’animal dans l’enceinte du complexe.
Le grand Torii d'entrée

Des jeunes femmes ayant loué des kimonos pour se promener dans la ville
 Il est aussi connu pour ses milliers de Torii vermillon, tellement serrés les uns contre les autres qu’ils forment des tunnels au travers desquels la foule de fidèles et de curieux se balade. Les galeries mènent ici ou là à un petit temple secondaire et les chemins dallés de pierre serpentent entre lanternes de pierre et bassins. 


L’endroit est magnifique mais, même si nous avons essayé d’y aller à la nuit tombante pour éviter le gros de la foule, il reste un peu trop de monde pour pouvoir vraiment se pénétrer de l’atmosphère du lieu. Dans l’un des petits temples, une pierre est posée sur un autel, avec une petite explication à côté : il faut fermer les yeux, faire un premier vœu et soulever la pierre à deux mains, si celle-ci est très lourde, le vœu se réalisera. Ensuite, une fois la pierre reposée, on fait un deuxième vœu et on re-soulève. Si la pierre parait très légère, le vœu s’exaucera. Daniel profite de mon second vœu pour m’aider subrepticement et la pierre est légère, légère… Peut-être dormirons nous bien cette nuit ! 

Les tunnels de Torii
On y croise d'étranges créatures





La nuit tombe tôt et les temples ferment déjà. Avec la lune qui se lève, l'ambiance est complètement onirique. Par la magie du téléphone de Daniel, on se retrouve avec des photos fantastiques, presque impressionistes.


Nous rentrons ensuite vers le centre de Kyoto, accomplir une autre des missions pour lesquelles nous voulions l'aide de Mika : trouver un adaptateur électrique. Le grand magasin où nous allons, qui annonce fièrement être tax free, a un personnel principalement chinois, parlant d'ailleurs à peine japonais, et la plupart des produits sont indiqués comme "ne devant pas être utilisés au Japon". Y compris l'adaptateur que nous trouvons, qui est pourtant pour des prises... japonaises. Mika nous explique que ces magasins sont en effet principalement à destination de la clientèle chinoise, mais ne comprend pas mieux que nous l'inscription sur notre adapatateur, qui s'avère tout à fait efficace une fois testé.

On retrouve Sam, Sarah et Eric, également passés à Kyoto, pour diner dans un restaurant très chic mais dont la nourriture ne nous laisse pas un souvenir impérissable. A la recherche d'un bar où se poser pour discuter, on se fait refoulés du Café Esca-moteur, un chouette bar au premier étage d'un escalier étroit et raide, avec une ambiance de vieux cuir, cuivre et bouquins reliés. Tellement chouette (steampunk!) qu'il est plein. Les petites rues autour du café, dans le coin de Tennocho, Izumiyacho, qui longent une rivière, sont charmantes. De chaque côté, de vieilles maisons en bois retapées à neuf et transformées en restaurants, des dans de petits immeubles de 2-3 étages, cafés, des galeries et petits commerces, tout ça est très léché, un peu bourgeois et adorable.

Au final, on va tous ensemble se poser au bar de notre hotel et on discute jusque tard de politique (avec en ligne de mire les futures élections américaines qui les angoissent), la question de la langue, des risques que les prochaines générations parlent plutôt moins de langues que nous, notamment grâce aux progrès des applications de traduction, que cela risque d'appauvrir les échanges... Forts de cette échange multiculturel même si uniquement en anglais, nous allons nous coucher dans notre chambre twin beds (réservée par erreur par Mika et que nous n'avons pas pu échanger contre une double pour notre seconde nuit), qui est en fait un lit superposés dont, têtus, nous mettons les deux matelas par terre. Il ne sera pas dit qu'on ne dormira pas ensemble!