mardi 24 janvier 2017

Premier jour à Hikone

Lundi 24 Octobre

Ce matin, on prend le train vers Hikone, une petite ville au bord du lac Biwa, plus grand lac japonais, à une grosse heure et demie de Kyoto. En fait il s'agit d'une ville de 110 000 habitants quand même, mais comme c'est tout bas, ça a vraiment des airs de village.
Il y a plusieurs stations qui desservent la ville, et on a choisi de prendre un train local, espérant arriver plus près du Ryokan (auberge traditionnelle) qu'on a loué pour les trois nuits qu'on passe ici. C'est très sûrement plus que ce que mérite l'endroit, mais j'en ai assez de courir partout et je nous imagine déjà tranquillement posés au bord du lac, à glandouiller, se balader et buller.

 ...
AHAHAHAH. 
Hem, pardon. 
C'est juste que moi, je sais DÉJÀ que ça ne se passe pas comme ça.

Bon, en tout cas, pour ce qui est du rapprochement géographique d'avec notre futur lit, c'est rapé : le train nous a déposé à une bonne vingtaine de minutes de marche, et les sacs nous paraissent lourds en cette fin de voyage. Heureusement, l'employée de l'office de tourisme situé dans la gare est adorable et, après nous avoir rempli les bras de brochures sur les différentes activités qu'on peut faire dans et autour de sa ville, elle appelle le propriétaire de l'auberge, qui vient nous chercher en voiture cinq minutes plus tard. On a juste eu le temps de faire la connaissance d'Hikonyan, la mascotte de la ville. Un chat, comme son nom l'indique (nyan = miaou). Usant de son plus beau japonais, Daniel discute un peu avec notre chauffeur improvisé, le court temps du trajet. On s'installe rapidement dans notre chambre : grande, pas de vis à vis, sinon avec un mur, tatamis, petite table basse et un excellent thé au riz offert par la maison.

Une petite tasse, et on repart vers le cœur de ville, et son attraction principale : le château! Mais avant toute chose, on déjeune de "runcho seto" (lunch set, menu du midi quoi) dans une sobaya pas mal du tout. C'est varié, coloré et goûtu, joliment servi dans une multitude de petits plats sur un plateau laqué.

Les abords du château et de ses douves jumelles sont organisés comme pour une foule immense, qu'il doit effectivement attirer en saison, mais à cette époque, le lieu est quasi désert. On nous y délivre nos billets, un de ces tampons de monuments dont les japonais sont friands (il y a même des carnets dédiés à leur collection!) et une plaquette très bien illustrée et extraordinairement bien traduite en français, la meilleure que nous avons eu et de loin.  On y apprend que ce château médiéval d'époque est classé comme trésor national en plus d'être patrimoine mondial, on nous indique les différents styles de maçonnerie liées aux réparation, la formidable complexité de la construction du toit...

Le château en lui même, avec ses murs blancs de craie, est effectivement une merveille. Ancien centre militaire, ses étages sont constitués de salles dépouillées en bois sombre, qui présentent des meurtrières rectangulaires ou triangulaires, suivant qu'elles devaient laisser passer fusil ou flêche. On y accède par des escaliers échelles très raides, en métal froid sous les pieds, vu qu'on a, ici aussi, laissé nos chaussures à l'entrée.

Du haut des étages, la vue sur les alentours et le lac Bika qui nous sert d'horizon, est époustouflante.

C'est qui la mascotte? Hein?
Ça monte dru dans les étages, et c'est frooiiidd sous les papattes


Dans l'enceinte délimitée par la deuxième douve, des cours arborées donnent des points de vues alternatifs et magnifiques sur la ville autour et le château en lui-même. Il fait beau, il fait chaud, le soleil se reflète sur les murs blancs, c'est les vacances...







On flâne tranquillement, dans ces cours, puis vers le jardin Genkyu-en, conçu au pied des murailles pour se promener autour d'un grand étang avec vue sur le château et une ancienne résidence secondaire transformée en maison de thé.




Évidemment, la maison de thé ferme (tôt) lorsqu'on y pointe le bout du nez, mais nous avons de toute façon décidé d'aller vers le lac, voir un peu à quoi il ressemble. C'est probablement parce que nous ne cherchons pas au bon endroit, le long de ce lac de 670km2, mais nous trouvons la berge assez peu aménagée. Nulle part de petit restaurant de front de mer avec vue, de cafés avec des tables sur le plage. Quelques buildings moches, au loin. Mais la nature, sauvage, est belle.

Sur le lac, on aperçoit trois îles, dont l'employée de l'office du tourisme nous a vanté les mérites respectifs (nous avons une plaquette sur ça aussi) et des planches à voiles qui profitent largement du temps venteux. Daniel, pourtant connu pour aimer se baigner en toutes circonstances, fait la grimace après avoir touché l'eau. Elle est sacrément froide apparemment!
Toute cette eau!!

Alors que le soleil se couche, la température chute d'un seul coup et il se met à faire très froid. Moi qui cranait avec mon sarouel acheté sous le chaud soleil de Minorque, je suis quasi instantanément frigorifiée par le vent qui, lui, n'a pas faiblit. On se rapproche avec espoir de l'embarcadère pour les îles du lac, où on espère trouver un bus, mais le dernier est déjà parti. On s'abrite néanmoins dans le hall d'attente partiellement couvert et on prend une boisson chaude au distributeur que, pour une fois, on est bien contents de trouver omniprésent. Dès qu'on est un peu réchauffés, on s'engloutit au pas de gymnastique les 45minutes de marche jusqu'à notre ryokan où on sait qu'un bain chaud nous attend.

Dans cette auberge, une seule salle de bain commune est à disposition alternativement des hommes et des femmes, suivant les créneaux horaires. On arrive heureusement pour moi juste avant que ce soit le tour des femmes et je me prélasse un moment dans l'eau chaude, seule car tous les autres clients sont des hommes.

Une fois Daniel lavé et réchauffé également, on part le nez au vent dans les petites rues, à la recherche d'un restaurant. Il y a plein d'endroits qui ont l'air chouette, mais beaucoup sont fermés..? On décide finalement, un peu au pif et après avoir pas mal tourné, d'entrer chez Ueki, une izakaya au menu de laquelle on ne comprend rien, mais qui propose un set qui a l'air appétissant en photo.
C'est donc ce que je commande au patron, adorable, qui nous installe au comptoir réfrigéré où il prépare les poissons.

Daniel, plus aventureux, lance un "o-makase" qui veut dire "je vous fait confiance, comme vous voulez". Glorieuse idée! Si mon set est délicieux et relativement copieux, le chef aligne les plats devant Daniel, les uns après les autres, tous plus délicieux les uns que les autres. Des sashimis extra frais, des sushis, de la viande de bœuf cuite sur plaque chaude (un délice), des pickles, des tempuras, une fondue, du tofu à l'amande...

Ça n'en finit pas d'arriver, tout est délicieux, le chef se délecte de nous voir nous régaler et nous rigolons beaucoup. Et, incroyablement, la facture finale n'est même pas très salée! Peut-être aussi parce que nous nous contentons d'une bière et d'un thé glacé. Le thé chaud, lui, nous est offert au moment du départ. Nous remercions avec effusion, et on va se coucher en rentrant tranquillement par les petites rues, qui ont l'air d'abriter un certain nombre de clubs un peu glauques.

kyoto, fin du séjour


Dimanche 23 Octobre

Bon, le rembourrage de matelas aux vêtements, ça ne marche que moyennement. Rebelote petit déjeuner à tour de rôle dans le pot de snacks salés et on file à pieds vers le Nijo-jo, la résidence officielle à Kyoto du premier shogun Tokugawa, Ieyasu Tokugawa, construire en 1603. A l'abri de son massif rempart et de sa douve, le château est une merveille absolue.


Conçu pour afficher le prestige (et la richesse) du premier shogun, ce château est aussi une proclamation de la fin du pouvoir de l'empereur, celui-ci étant relégué au rôle de chef des traditions (religieuses) et le pouvoir réel étant aux mains du shogun. Les 3300m² du château, presque entièrement construits en cyprès, forment une enfilade de pièces longée par un long couloir. L'intérieur regroupe quantité de salle d'attentes toutes plus magnifiques les unes que les autres, entièrement décorées de peintures murales dorées ornées de tigres et de pins. Ici, l'architecture est tout entière utilisée pour renforcer les rapports sociaux : suivant le rang des visiteurs, ceux-ci étaient reçus plus ou moins loin de la sortie et dans des pièces plus ou moins somptueuses. Les tigres omniprésents rappellent la puissance des Tokugawa et ont comme objectif d'impressionner les visiteurs que la débauche de richesse n'avaient pas déjà tétanisés. Les plafonds, à caissons, sont eux aussi merveilleusement peints et colorés. Évidemment, les photos sont interdites. En voici cependant deux piquées sur le net :

copyright wikimedia commons


Paranoïaque, ou prudent, le shogun avait également laissé apparentes les portes coulissantes par lesquelles les gardes pouvaient entrer à tout moment dans les pièces (alors qu'elles sont plutôt dérobées dans la plupart des autres châteaux) et fait installer un plancher dit "rossignol", qui chante lorsque quelqu'un marche dessus. Ainsi, personne ne pouvait pénétrer discrètement dans le palais et s'immiscer jusque dans les appartements du shogun, beaucoup plus simples, situés à l'arrière du bâtiment. Ici, ni dorures ni tigres, mais des peintures de paysages, à l'encre noire. Des statues de cire représentent le shogun et ses courtisanes, seules autorisées à pénétrer dans les petites pièces de cyprès sombre et de panneaux de papier.

Photo empruntée également, puisqu'on avait pas le droit d'en prendre.
Dans un couloir, une exposition de pâtisseries contemporaines japonaises nous attire l’œil. Sous des vitrines posées sur des socles, sont présentées une dizaine de sucreries, inventées par des confiseurs inspirés par le lieu. Parmi les petites formes gélifiées, on reconnaît surtout beaucoup de pâte d'azuki et châtaignes entières mais on sourit beaucoup à la gentille préposée, enthousiasmée par nos trois mots de japonais.

Séparé par une deuxième ligne de fortification, l'ensemble de bâtiments intérieur ne se visite pas, mais le jardin autour, oui, et il propose de très jolis points de vue sur le complexe et sur la ville en arrière-plan.


Un déjeuner de katsudon vite avalé, et on continue la balade dans les rues de Kyoto. Quelques maisons anciennes, un sanctuaire impromptu et un autre, tout décoré d'étoiles, dédié à un fameux astrologue du milieu de l’époque Heian (794-1185). On fatigue un peu, et le nombre de photos faites s'en ressent.

On est priés de s'arrêter
Et soudain, au bout d'une rue, un Torii annonce un sanctuaire.
Une parenthèse incroyable, au coeur de la ville.
On prend enfin la direction du Daitoku-ji, encore un gigantesque ensemble de temples dont nous ne verrons qu'une infime partie.


Ça commence à Momijiter! (à ce que les feuilles rouges rougissent)
Daniel est fatigué et ça le rend joueur,
et un peu pénible, mais joueur.
Le pavillon du Koto-in, transformé en jardin zen, est une petite merveille apaisante, à l'entrée duquel nous échangeons quelques mots avec un groupe de japonaises un peu âgées, qui s'émerveillent de nos deux mots de vocabulaire et nous apprennent comment dire "bonnes vacances". Tout de mousse et d'arbustes savamment sculptés aux feuilles et aiguilles minuscules, le jardin se contemple d'une veranda ouverte sur l'extérieure.
Une autre groupe de dames, à qui nous proposons de les prendre en photos pour qu'elles puissent toutes être devant l'appareil, nous rendent la politesse, mais avec un succès tout relatif, nous ne gardons pas la photo.
















Encore une fois, les temples ferment tôt et nous n'en aurons vu qu'une toute petite portion. En face du complexe, une boulangerie nous tend les bras. Nous y croiserons une compatriote, tellement prise par les temples qu'elle en a oublié de manger. Pour nous en tout cas, c'est la fin de séjour à Kyoto, et ça se sent. Nous passons dans un supermarché acheter quelques bricoles pour le dîner, froid, du soir, et on rentre dans notre location faire un peu d'administratif.