lundi 12 décembre 2016

Kyoto en amoureux - 2e partie

Vendredi 14 Octobre

Au programme de cette deuxième journée : plein de choses! On commence donc par un petit déjeuner consistant (bol de nouilles dans une gargotte), on obtient un plan de bus et un pass à la journée, et c'est parti!

Première étape, le Koryuji, un complexe de temple plutôt plus modeste que nombre de ceux que nous verrons, mais qui nous a retournés. Il semblerait que ce soit le plus vieux de Kyoto.





Au milieu d'un espace que se partagent bassin, mousse, gravillons et chemins dallés, la Reiho-kan Treasure House abrite, dans une présentation qui fait plutôt penser à un musée même s'il s'agit malgré tout d'un lieu de prière, des statues de bois de plus de 10 siècles. Parmi celles-ci,12 déités gardiennes aux expressions féroces, dont la finesse de gravure donne l'impression qu'elles vont se mettre à bouger d'un instant à l'autre. Si la pièce maîtresse de la collection est censée être un Bouddha du futur méditant dans la position du demi lotus, et dont les traits et le demi sourire sont considérés comme les plus beaux qu'ils soient, celle qui me fait m'asseoir en contemplation est toute différente. Il s'agit d'un colossal bouddha, de bois lui aussi, aux multiples bras, dont nombreux ont perdu leurs mains, et dont le visage, fendu par le milieu, a gardé une sérénité et une beauté bouleversantes. A le regarder, dans la pénombre de ce temple-musée, on dirait qu'il médite depuis 10 siècles, que le temps lui a arraché des membres, fendu le nez, mais que rien de ce qui est terrestre et corporel ne peut troubler son extase.

On ressort tout secoués de là et, même si tout le reste du complexe, qui a l'air magnifique, est fermé à la visite, on ne regrette pas notre billet d'entrée.

En route vers notre prochaine destination, le complexe de temples de Myoshinj, on tombe sur un morceau de forêt, en pleine ville. Un vrai, qui sent la forêt, avec des sentiers qui grimpent et qui redescendent, des arbres denses qui font disparaître les immeubles et de quoi marcher pendant une grosse quinzaine de minutes.


Le complexe de Myoshinji est immense. Autour du temple principal (qui est le temple central de l’école Myoshinji du Boudhisme Rinzai Zen) sont répartis une quarantaine de temples construits par les disciples des grands prêtres. L’ensemble s’inscrit dans un quadrilatère de rues dallées qui pourraient le faire ressembler à une banlieue pavillonnaire si tous les bouts de toits aperçut au-dessus des murets n’avaient pas la forme caractéristique cintrée et arrondie des toits de temples. Sur le nombre, seuls trois sont ouverts au public mais, à travers les barrières ou par-dessus les murets, on grappille quelques vues.


Suivant les recommandations de notre guide, on a manœuvré pour arriver par le haut de l’ensemble et le traverser jusqu’au Tenryu-ji, dont le Hatto (hall de lecture des sutras boudhistes) possède un plafond peint d’un « dragon regardant dans les huit directions », dont on dit qu’il regarde toujours le visiteur. Il s’agit d’une sorte de trompe l’œil qui semble soit s’élever vers le ciel soit fondre vers la terre en fonction de l’endroit dont on le voit. Avec deux touristes japonaises, nous avons une visite quasi privée du lieu, heureusement assortie d’un dépliant en anglais pour suivre un peu les explications de notre guide, très consciencieuse et suivie comme son ombre par une supérieure qui semble la former. Nous sommes invités à nous déplacer le long du mur de la pièce et effectivement, environ au milieu du hall, le mouvement semble s’inverser.

Une des autres attractions principales du Myoshinji est son jardin, le Taizo-in. Jardins de gravillons ratissés, l’un noir, l’autre blanc, enserrant un petit chemin, immense cerisier pleureur qui doit être une merveille en saison, petite rivière artificielle glougloutant en cascade dans un décor de mousses et de mini-collines ou les arbres aux feuilles très fines donnent de la profondeur au décor, rien ne manque à cet adorable cliché de jardin japonais.


En bus toujours, non sans s'être trompés de direction, on rejoint le Kinkakuji, le pavillon d'or du temple Rokuon-ji. Ancienne résidence du shogun Yoshimitsu Ashikaga, cette villa au bord de la berge d'un petit lac semble flotter sur les eaux selon les points de vue. Elle se compose de trois niveaux et mélange les architectures, comme c'est souvent le cas des bâtiments ici. Le rez-de-chaussée est construit dans le style des palais de l'époque Heian (794-1185), le premier étage suit le style des maisons de samouraï et le deuxième étage celui des temples Zen. Après la mort du shogun, la bâtisse a été transformée en temple par son fils, en faveur duquel il avait abdiqué. A cette occasion, le second niveau est recouvert de feuilles d'or. Le temple actuel date de 1955. Il a été reconstruit à l'identique après avoir été incendié par un moine fou et les deux niveaux supérieurs ont été dorés à la feuille et recouverts de laque pour les protéger des intempéries.

Peut-être parce qu'on a du se dépêcher pour arriver avant que le temple ne ferme (il est près de 16h30 quand même...), peut-être parce qu'on a pas vraiment déjeuné et qu'on est grognons, ou parce qu'il y a beaucoup de touristes, on arrive pas vraiment à se pénétrer de l'ambiance des lieux, qui pourrait pourtant être magique. C'est certes magnifique, mais on trouve difficilement un angle nous permettant de prendre une photo (identique à celle de tous les autres touristes) sans gros touristes fluo dessus, ça parle fort, on se fait cornaquer par les gardiens... pas idéal pour s’abîmer dans la contemplation.

Une photo prise entre deux touristes, l'illusion du calme.



Souper dans un restaurant dont les plats végétariens sont chaudement recommandés par le Lonely mais qui nous laisse un peu déçus, d'autant qu'on voit la dernière part de tarte à la citrouille nous passer sous le nez. Par contre l'endroit est charmant. Une petite pause contre la vitre du Starbucks, pour essayer de capter un peu de wifi (échec cuisant de mon iphone, comme souvent, je commence à me dire qu'il va passer par la fenêtre celui là...) et on rentre faire un dernier dodo à Kyoto, pour cette fois.

samedi 10 décembre 2016

Kyoto en amoureux - 1ère partie



Jeudi 13 Octobre

Dernier petit déjeuner avec Mika, partagée entre la tristesse de nous laisser déjà et l’excitation de retrouver son mari. Après avoir plié notre chambre, on laisse nos sacs à la réception et on part se balader en ville. 

Première destination : retour à Nishiki, pour aller explorer un peu mieux le marché où nous n’avions fait que passer la veille avec Mika! Nous retrouvons, au milieu de la galerie marchande moderne, entre un magasin d’électronique et un de vêtements, le temple où, la veille, Mika nous a initiés à la cérémonie de purification et de prière shinto : Prendre de l’eau avec la petite louche dans le bassin prévu à cet effet, parfois orné d’un puissant dragon cracheur d’eau, s’en verser dans la main gauche, puis dans la droite, puis de nouveau dans la gauche et se rincer la bouche. Cracher l’eau à côté du bassin. La traduction en anglais est souvent hyper drôle, du fait d’une tendance japonaise à traduire « the » par « un/une ». Parce qu’on fait les idiots, on se propose que je verse de l’eau dans la main de Mika pour qu’elle lave la bouche de Daniel. La suite du rituel consiste à monter vers le temple et jeter une pièce de 5 yens dans le tronc prévu à cet effet (et dont les barreaux sont, comme nous le constaterons à plusieurs reprises, marqués par toutes les pièces qui les ont touchés), on agite la corde reliée à un grelot pour attirer l’attention du Kami, on tape deux fois dans ses mains, on s’incline et on prie, puis on se ré-incline, et c’est fini ! 

Les étals du food market sont un régal pour l'oeil et l'odorat, et laissent un peu déboussolés de reconnaître si peu de choses. Entre les petits poissons séchés de toute taille et les légumes marinés (tsukemono), on trouve un stand de galettes de légumes à grignoter, qui nous sont vendues réchauffées et prestement emballées dans un sachet plastique chacune. Pas eu le temps de réagir! Zut! Mais de toute façon, il n'y avait pas d'alternative en papier/carton, et la vendeuse n'aurait jamais accepté de nous les donner directement sans emballage.

Random temple sur le trajet vers le musée.
L'arbuste n'est pas en fleurs mais couvert de papiers votifs annonciateurs de bonne fortune.
Notre but de la journée : visiter un musée! On a jeté notre dévolu sur le musée des techniques traditionnelles, qui propose une chouette exposition (malheureusement très peu d'explications en anglais). On y apprend plein de choses sur les techniques de teinture des kimonos, les différents types de kimonos portés par les différentes tranches de la population (en fonction de l'âge, du sexe, du statut marital...), mais aussi sur l'art de la laque, des éventails en papier, de la vannerie traditionnelle, de la poterie (dont les magnifiques tuiles japonaises)... Malheureusement il n'y a pas de démonstration d'artisan ce jour là, mais, nous apercevons une assemblée de brodeuses à l’œuvre dans une salle un peu à l'écart.

Nous transférons ensuite nos affaires dans notre nouveau logement, un Airbnb beaucoup moins central que Len, mais moins cher, et relativement bien placé pour notre programme du lendemain, surtout maintenant que Mika nous a fait connaître le réseau de bus de la ville. L'arrivée y est un peu difficile car le système d'adresse est très bizarrement fichu au Japon et nous n'avons pas de photo de l'immeuble, mais un voisin nous indique le bon appartement.
Notre petit chez nous
Mignon, confortable, un peu trop bruyant pour mon sommeil léger, mais avec des boules quies, ça passe.
Après avoir vainement cherché à obtenir du wifi dans un MacDo (à quoi on en est réduits, quand même...), on termine cette petite journée par un dîner dans un restaurant de sushis où les classes socioprofessionnells se mélangent allègrement, et où un couple de japonais attablés au comptoir non loin de nous nous trouvent très drôle. Je refile en douce la moitié de mon calamar cru à Daniel, qui a de son côté commandé un sushi très original avec du saumon, des œufs de saumon et une petite feuille verte au goût citronné très chouette selon lui. Je m'empresse donc de commander la même chose, en japonais, mais mon sushi arrive sans la petite herbe aromatique. Difficile de réclamer, encore plus en japonais, je mâchonne donc sans conviction et me venge sur une coquille saint jacques (quel délice). Un petit coup de fil au grand père de Daniel pour son anniversaire et on va s'enfouir voluptueusement (et les oreilles bouchées) dans le moelleux de nos futons.

vendredi 9 décembre 2016

Kyoto - Deuxième et dernière journée avec Mika



Mercredi12 octobre

Petit déjeuner à Len, qui propose des viennoiseries plutôt correctes. 
On fait un coucou par messagerie à Tatsu, qui nous envoie une photo du tas de bois, terminé. Y a pas à dire, il est plus doué que nous.

Pour mieux prendre la mesure de la ville, on décide d’aller à pieds jusqu’au Kiyomizu dera, temple emblématique de la ville, avec sa terrasse supportée par des centaines de pilotis. C’est impressionnant comme, à un jet de pierre du centre moderne et actif de Kyoto, on se retrouve déjà dans la forêt.
Il y a foule dans le temple principal et autour de la cascade sacrée dont l’eau est supposée avoir des propriétés thérapeutiques. Là aussi, et alors que nous ne sommes pas un jour de festival mais un jour ordinaire de semaine, les croyants se pressent pour faire une offrande, consulter leur bonne fortune et prier.
Plus bas, une gargote qui propose thé et douceurs donne une vue imprenable sur la forêt de piliers. Loin de l’agitation du cœur du complexe, une petite pagode esseulée nous donne une vue impressionnante sur le temple sur pilotis. Le chemin qui y mène est bordé de toutes petites stèles gravées de Jizo, la divinité protectrice des enfants et des voyageurs, que nous verrons en de multiples exemplaires tout au long de notre voyage. Bardées d’un bavoir et parfois même d’un bonnet, elles ressemblent à des petites pierres tombales, et pour cause, elles sont placées là en mémoire des enfants mort-nés, morts en bas âge et avortés.



On a prévu de manger dans un autre quartier, mais comme il se fait faim, petite pause sucrerie ! On tente la soupe d’haricots Azuki aux gâteaux de riz et les boulettes de farine de riz au thé matcha, nappées d’Azuki. Comme on le constatera plus avant par la suite, voilà les trois ingrédients de base de la confiserie japonaise : farine de riz, thé matcha, pâte d’Azuki, qui a un goût proche de celui de la chataigne. 

On flâne ensuite dans les petites rues en pente à côté du temple, la Ninen-zaka et Sannen-Zaka, respectivement colline des 2 et 3 ans, car il est dit que qui tombe dans les marches en pierres de ces rues, mourra dans le temps indiqué. Au-delà de l’aspect folklorique, ces rues sont charmantes, bordées de maisons en bois, de magasins de souvenirs, de salons de thé et de restaurants traditionnels. On y grignote un gâteau de riz laqué à la sauce soja.

Un peu par hasard, parce que l’entrée est jolie, on s’arrête au Entokuin, demeure de Kitano Mandokoro (dites Nene), la femme d’Hideyoshi Toyotomi (premier chef de guerre à contrôler l’ensemble du territoire japonais à la fin du 14e siècle). Nene fit construire ce refuge pour y terminer sa vie après la mort de son mari, en 1605. Maison traditionnelle de style samouraï, ses pièces sont formidablement décorées de peintures murales présentant différents aspects de la nature japonaise au cours des saisons : la neige et les fleurs de cerisiers sous la lune dans une pièce ; des pins, des bambous et des fleurs de pruniers dans une autre et un formidable dragon blanc formé de l’écume des mers et entourés de cormorans, représentant Hideyoshi Toyotomi et ses lieutenants. 
Le jardin de gravillons et de rochers est une petite merveille de simplicité. Dans une dernière pièce un « tag » de Hasegawa Tohaku, l’un des peintres les plus fameux du Japon il y a 400 ans, qui avait profité de l’absence du propriétaire de la maison pour peindre, contre la volonté de ce dernier, une vue de son village natal. Sur ce panneau doré portant répété le sceau de la maison, l’esquisse de paysage surgit de quelques coups de pinceaux. Par contre, les photos y sont interdites, mais google images peut vous en donner un aperçu.

Plus tard dans la journée, on prend le train vers le Fushima Inari, le sanctuaire aux renards du fait de l’omniprésence des statues de l’animal dans l’enceinte du complexe.
Le grand Torii d'entrée

Des jeunes femmes ayant loué des kimonos pour se promener dans la ville
 Il est aussi connu pour ses milliers de Torii vermillon, tellement serrés les uns contre les autres qu’ils forment des tunnels au travers desquels la foule de fidèles et de curieux se balade. Les galeries mènent ici ou là à un petit temple secondaire et les chemins dallés de pierre serpentent entre lanternes de pierre et bassins. 


L’endroit est magnifique mais, même si nous avons essayé d’y aller à la nuit tombante pour éviter le gros de la foule, il reste un peu trop de monde pour pouvoir vraiment se pénétrer de l’atmosphère du lieu. Dans l’un des petits temples, une pierre est posée sur un autel, avec une petite explication à côté : il faut fermer les yeux, faire un premier vœu et soulever la pierre à deux mains, si celle-ci est très lourde, le vœu se réalisera. Ensuite, une fois la pierre reposée, on fait un deuxième vœu et on re-soulève. Si la pierre parait très légère, le vœu s’exaucera. Daniel profite de mon second vœu pour m’aider subrepticement et la pierre est légère, légère… Peut-être dormirons nous bien cette nuit ! 

Les tunnels de Torii
On y croise d'étranges créatures





La nuit tombe tôt et les temples ferment déjà. Avec la lune qui se lève, l'ambiance est complètement onirique. Par la magie du téléphone de Daniel, on se retrouve avec des photos fantastiques, presque impressionistes.


Nous rentrons ensuite vers le centre de Kyoto, accomplir une autre des missions pour lesquelles nous voulions l'aide de Mika : trouver un adaptateur électrique. Le grand magasin où nous allons, qui annonce fièrement être tax free, a un personnel principalement chinois, parlant d'ailleurs à peine japonais, et la plupart des produits sont indiqués comme "ne devant pas être utilisés au Japon". Y compris l'adaptateur que nous trouvons, qui est pourtant pour des prises... japonaises. Mika nous explique que ces magasins sont en effet principalement à destination de la clientèle chinoise, mais ne comprend pas mieux que nous l'inscription sur notre adapatateur, qui s'avère tout à fait efficace une fois testé.

On retrouve Sam, Sarah et Eric, également passés à Kyoto, pour diner dans un restaurant très chic mais dont la nourriture ne nous laisse pas un souvenir impérissable. A la recherche d'un bar où se poser pour discuter, on se fait refoulés du Café Esca-moteur, un chouette bar au premier étage d'un escalier étroit et raide, avec une ambiance de vieux cuir, cuivre et bouquins reliés. Tellement chouette (steampunk!) qu'il est plein. Les petites rues autour du café, dans le coin de Tennocho, Izumiyacho, qui longent une rivière, sont charmantes. De chaque côté, de vieilles maisons en bois retapées à neuf et transformées en restaurants, des dans de petits immeubles de 2-3 étages, cafés, des galeries et petits commerces, tout ça est très léché, un peu bourgeois et adorable.

Au final, on va tous ensemble se poser au bar de notre hotel et on discute jusque tard de politique (avec en ligne de mire les futures élections américaines qui les angoissent), la question de la langue, des risques que les prochaines générations parlent plutôt moins de langues que nous, notamment grâce aux progrès des applications de traduction, que cela risque d'appauvrir les échanges... Forts de cette échange multiculturel même si uniquement en anglais, nous allons nous coucher dans notre chambre twin beds (réservée par erreur par Mika et que nous n'avons pas pu échanger contre une double pour notre seconde nuit), qui est en fait un lit superposés dont, têtus, nous mettons les deux matelas par terre. Il ne sera pas dit qu'on ne dormira pas ensemble!