Samedi 15 Octobre
En route pour l'étape suivante du trajet que nous a concocté Daniel pour ces trois semaines de découverte du Japon : Nara. Première capitale permanente de l'histoire du Japon, elle a été établie en 710, à une époque où le Japon traversait un intense processus d'absorption des idées chinoises. Cette période a vu se former les fondements de la civilisation et de la culture du Japon comme pays, et a eu des impacts majeurs sur la religion, l'urbanisme, l'architecture, la langue et les arts japonais. La ville possède également huit sites inscrits au patrimoine mondial de l'Unesco, et des milliers de daims à moitié apprivoisés. Autant dire que mes attentes étaient élevées.
Mais notre première mission en arrivant est d'abord de gérer l'annulation de notre couchsurfing à Hiroshima. Notre hôte est enceinte et a des contractions, elle a peur de ne pas pouvoir nous héberger et préfère annuler. vu que c'était notre seule demande qui avait abouti et que nous nous faisions un plaisir de partager le quotidien d'une famille japonaise, nous sommes extrêmement déçus. On trouve heureusement rapidement un Airbnb de remplacement, mais l'envie n'est pas la même. Après avoir déposé les bagages à la consigne et un déjeuner rapide dans une des galeries marchandes de la ville, on file visiter les sites. On a décidé de suivre plus ou moins le plan donné par le Lonely pour faire le tour de ce qu'il y a à visiter. D'abord, donc, le Kofuku-ji, anciennement un ensemble de plus de 175 bâtiments, dont seule une douzaine ont survécu aux conflits et incendies (évidemment, quand on construit tout en bois...). Parmi ceux-ci, la deuxième plus haute pagode du japon, forte de cinq étages, et un adorable petit temple octogonal auquel on accède par une volée de marche pittoresque.

Direction ensuite le Todai-ji ("le grand temple de l'est"), dont le Daibutsu-den (la salle du grand bouddha) est la plus grande construction couverte en bois du monde (
47 mètres de haut, 57 de long et 52 de large!). Dans sa dernière reconstruction, qui date de 1709, le bâtiment a pourtant perdu un tiers de sa longueur et 40 mètres de haut!
Mais avant ce choc, on voit nos premiers daims, mâchonnant nonchalamment au milieu de la route ou sur les pelouses, suivant des touristes dans l'espoir d'un gâteau ou furetant dans les entrées des magasins, ils sont partout! Et sacrés. On fait également, par hasard, un arrêt à un temple que nous renommons "des températures ultrafroides", en référence aux travaux de thèse de Daniel. Dédié à ceux qui font le commerce de la glace, celui-ci arbore en effet un gros glaçon dans un bac à l'entrée (il doit bien faire 25°C au soleil).
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| Pompompom, il n'y aurait pas quelque chose à manger par ici? |
On entre enfin dans l'enceinte du temple au travers de la massive
Nandai-mon, flanquée de ses deux redoutables et musculeux gardiens Nio. Entre la porte et l'enceinte du Todai-jo, un attroupement s'est formé le long du lac et on entend de curieux sons scandés. On s'approche évidement et on réussi à se faufiler sur deux chaises libres pour assister à un bout de représentation de théâtre Nô, aux mouvements extrêmement lents et stylisés et à la parole presque chantée, scandée par un petit orchestre traditionnel. Malgré un petit dépliant d'explications en anglais, et l'importance culturelle majeure de cette forme théâtrale (une des première inscrites au patrimoine mondial immatériel), on s'ennuie rapidement et on s'éclipse discrètement.
Encore près de quelques dizaines de mètres, et alors qu'on pénètre dans l'enceinte du temple, le Daibutsu-den se révèle.
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| Au fond, les visiteurs donnent l'échelle : ils arrivent au quart de la hauteur des portes. |
Le bâtiment est en effet colossal et sa forme finalement très simple ne fait que renforcer sa présence. Mais le plus impressionnant reste à venir.
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Une des plus grandes statues de bronze au monde. 16m de haut pour 440kg de bronze et 130kg d'or. |
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Les pétales de lotus en bronze au pied de la plate-forme où trône le Bouddha. Chacune fait la taille d'un homme. |
En contournant la statue, on tombe sur un pilier dont la base est percée d'un trou qui fait exactement la taille d'une des narines du grand Bouddha et dont on dit que celui qui arrive à y passer connaîtra l'éveil. Une file de candidats s'est formée, principalement des enfants mais quelques adultes fluets également.

En suivant toujours notre plan, on contourne le lac et on part dans les hauteurs du parc. C'est l'occasion d'une jolie balade boisée vers l'un des deux petits temples secondaires du Todai-ji, le Nigatsu-do, dont la galerie donne une très belle vue sur Nara et où, pour la première fois, nous voyons une salle de repos avec du thé à disposition. C'est aussi le moment d'une petite pause café et sucreries qui nous apporte notre dose quotidienne de farine de soja grillée et pâte d'azuki et de rencontres avec un tout petit daim pas farouche.
On
a d'ailleurs commencé une chorégraphie, la chorégraphie de "tous ces
petits daims", qui se termine comme il se doit avec les mains sur la
tête en forme de cornes.
A peine plus loin, alors qu'on tombe sur une femelle et son tout petit au sortir d'un temple en plein foret, je finis par craquer et acheter des gâteaux dans une des nombreuses petites boutiques, pour aller nourrir le tout petit daim trop mignon. Mais il me faut d'abord réussir à éloigner sa mère, qui ne lui laisse aucune chance d'attraper ce que je tend, et deux autres bestiaux venus quémander aussi. Avec l'aide de Daniel, j'arrive à mes fins, et me retrouve à essayer de nourrir le plus timide des daims que nous avons vu jusqu'ici. Lancer un petit bout, pas trop près, ni trop loin, attendre qu'il s'approche pour l'attraper, puis reculer vivement, lancer un autre petit bout, tout en gardant un œil aux aguets pour repousser toute intrusion maternelle. Curieux balet.
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| Nan, c'est pas pour toi! |
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| C'est pour lui... Tout petit kikiiii | |
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| Il mange!!! |
Alors qu'on redescend vers la ville, on décide d'arrêter de suivre le plan (c'est à ça que servent les plans) et de se perdre dans la ville. Autre visage complètement, d'une Nara plus moderne. Un grand Torii en bas d'une volée de marche nous fait de l’œil, et on monte pour trouver en haut un concert d'électro minimaliste hébergé dans le temple. Collision des univers.
Récupération des sacs à la consigne de la gare, check-in au Airbnb, on découvre un petit studio relativement peu fonctionnel, au lit hyper dur et un peu bruyant. Bon, au moins c'est pas cher... (pour référence :
https://www.airbnb.fr/rooms/15368066) et il y a du wifi! On skype les parents puis on part en ville dîner.
On arpente sans trop de succès les galeries marchandes hyper illuminées et modernes, contrepoint bizarre à la journée toute de temples et de traditions. Comme notre guide a déjà quelques années, et que la rotation des restaurants est extrêmement rapide au Japon, affamés, on fini par choisir au hasard un restaurant de croquettes frites. C'est bon, satisfaisant, pas très raffiné et un peu bruyant. Après le repas, on décide d'aller voir les petits daims faire dodo et se balader dans le Kofuku-ji, qui n'est pas fermé de nuit. Immense déception, les daims, toujours aussi placides, sont tout à fait réveillés et mâchonnant. Par contre les bâtiments religieux sont magnifiquement éclairés.