Mercredi 19 Octobre
Gros changement d’ambiance aujourd’hui, après un petit déjeuner à l’appart, nous partons en direction de Miyajima. Vous connaissez forcément si vous avez déjà feuilleté un catalogue de voyages sur le Japon, son grand Torii vermillon dans la mer est une des images qui revient le plus quand on se renseigne sur le Japon.
Mais avant toute chose, on cherche sans succès une banque où on puisse changer un peu d’euros car on commence à être limite en cash et on ne tiendra clairement pas comme ça jusqu’au retour à Kyoto, où on sait où changer de l’argent. Mais on nous répond qu’ils ne changent que des dollars. C’est Daniel qui gère la disparition progressive des sous, mais du coup c’est aussi lui que ça stresse et notre échec du jour n’arrange pas les choses.
Pour profiter du fait que j’ai acheté un pass qui me permet de prendre tous les trains de la compagnie JR, on se décide donc pour un trajet tram puis train puis bateau, pas forcément le plus rapide. A la gare une japonaise nous aborde en anglais et nous fait un bout de conversation. Professeur d’anglais pour adulte, elle habite à Hiroshima et est ravie que nous soyons venus tout exprès visiter la ville lors de notre périple. Elle se rend également aujourd’hui à Miyajima avec certains de ses élèves, certaines comme nous le remarquerons plus tard, car seules des femmes suivent ses cours en pleine semaine. L’objectif est d’aborder les touristes et de leur proposer des explications en anglais, un bon moyen pour son groupe de travailler leurs compétences en conversation. Une de ses élèves nous rejoint d’ailleurs à quai et tente laborieusement d’échanger quelques mots. Comme c’est la tradition lorsqu’on rencontre quelqu’un, elle fouille son sac et y pêche des petites enveloppes destinées à offrir des étrennes, qu’elle nous offre comme cadeau de rencontre. Nous, nous sommes bêtement partis les mains vides, pas encore au courant que cette habitude des cadeaux peut se matérialiser à n’importe quelle occasion, et pas seulement lorsqu’on rencontre quelqu’un de manière formelle.
Parce qu’il fait gris, la demi-heure de traversée en ferry et l’arrivée sur Miyajima ne sont pas très impressionnantes. Mais à peine arrivés, nous découvrons que cette île est également peuplée de daims ! Comme Nara ! Ceux d’ici sont même presque plus familiers, grignotant les emballages et sacs des pique-niques de touristes lorsque ceux-ci ont les yeux ailleurs, ou se laissant prendre en selfie avec les visiteurs…

Le temple que nous voulions visiter d’abord, l’Itsukishima, est malheureusement inondé par la marée. Derrière ses portes barrées, un personnel nombreux passe le jet d’eau et la raclette pour nettoyer la vase et le sel déposés par les vagues. Flûte…
Du coup on monte un peu dans les hauteurs de la ville, pour la visite du Senjokaku, un immense hall flanqué d’une pagode. Le bâtiment est complètement insolite : ouvert aux quatre vents, tout en bois, décoré de coques de bateaux, de magnifiques tableaux de bois peint et de …. spatules à riz géantes. Sisi. Moi non plus je n’y crois pas et j’accuse Daniel de se moquer de moi mais, à la lecture du guide, il me faut bien me rendre à l’évidence. Mais pourquoi.. ? Ça, l’histoire ne le dit pas.
On redescend en ville pour un déjeuner sans grand intérêt d’anguille laquée sur bol de riz et fruits de mer frits (dont des huîtres frites, très bizarre). Alors qu’on se dirige vers le téléphérique qui mène en haut de l’île, on entend une annonce en japonais venant de l’Itsukishima et Daniel en déduit que le temple rouvre. Et en effet ! On comprend en fait que, construit vraiment à fleur d’eau, à chaque marée haute un peu agitée, le temple se fait rincer, et qu’il est donc fermé pour nettoyage avant réouverture au public. On s’engage donc dans la foule qui envahit bientôt les coursives qui surplombent la marée descendante. Ici, on ne pénètre jamais vraiment à l’intérieur de l’ensemble. Le trajet balisé par les petits couloirs ajourés nous fait serpenter le long de certains bâtiments, entre les stands d’achat de charmes et autres papiers de bonne fortune et donne sur des terrasses et points de vue sur le O-Torii. Au milieu de classes entières d’étudiants en uniforme et de groupes de jeunes femmes, de parents et leurs petits en kimono, des mariés en costumes traditionnels se font photographier avec le Torii en arrière-plan.
Petite grimpette à travers la forêt du parc Momijidani pour amorcer la montée de la montagne Misen, qu’on décide d’aborder en téléphérique. On croise d’ailleurs notre couple de Tokyoïtes de la veille, qui en redescendent, et on s’échange de grandes salutations enjouées. La vue depuis la cabine est magnifique, malgré le temps couvert, et un peu vertigineuse. Une fois à la gare téléphérique du haut, une plate-forme permet d’avoir une bonne vue des îles du petit bras de mer qui nous sépare de la côte. Sur la rambarde, des tubes métalliques soudés, creux et légendés, permettent de regarder à coup sûr dans la direction de ce qu’ils pointent. Pas bête comme système ! Une première phase de marche nous laisse tout suants et nous mène au Reikado Hall, dont la flamme, censée brûler depuis des siècles, est celle dont est issue la flamme du mémorial de la paix à Hiroshima.
Sur le toit terrasse du bâtiment, on retrouve un petit vieux monsieur qu’on avait dépassé en bas du téléphérique, puis de nouveau croisé à la première plate-forme où on lui avait annoncé un peu fiérots qu’on montait jusqu’à l’observatoire. Et bien lui aussi, et il n’est pas aussi rouge que nous. Et vlan.

Redescente à pieds, jolie mais un peu longue et usante pour les genoux (beaucoup de marches ! beaucoup !) par le Daisho-in course, un sentier qui dessert quelques temples et autels en pleine forêt et offre quelques jolis points de vue sur le Torii.
Tout en bas de cette descente, l’ensemble de temples du même nom est une vraie splendeur, peut-être encore plus du fait du ras le bol des marches.
C’est un des premiers groupes de temples qui me touche vraiment plus profondément, avec tous ses bâtiments blottis dans la colline, ses poutres sculptées et ses centaines de Jizos coiffés de petits bonnets, disposés le long d’un sentier en contrebas. Mais comme d’habitude, tout ferme très tôt et nous enrageons de nous faire fermer un temple au nez par un jeune moine, puis fermement diriger vers la sortie.
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| Étrange accoutrement pour ce Jizo... |






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