mardi 6 juin 2017

Une rencontre ratée - comment tirer partie des opportunités - le cauchemar américain

Mercredi 9 Novembre

Aujourd'hui, je suis censée rencontré Asako.
Asako est japonaise mais vit en France, avec son mari français. Elle travaille pour le gouvernement japonais, pour le ministère de l'agriculture, et elle est venue visiter la ferme de Florent et Sylvie, les maraîchers qui m'ont formée au tout début, pour voir comment fonctionnait le système d'installation des jeunes agriculteurs en France. Florent lui avait parlé de moi, et elle avait accepté de me rencontrer pendant un voyage qu'elle devait justement faire au Japon début Novembre.

Avant mon départ, en septembre, nous avions bien discuté au téléphone, elle était très enthousiasmée par mon projet. Elle m'avait proposé plein de plans et j'en étais sortie surexcitée par la perspective d'aller visiter des fermes avec elle et qu'elle me donne un tas de renseignements et d'adresses.

Au milieu de nos vacances japonaises (mi-octobre) je lui avais envoyé un email pour que nous discutions un peu plus avant des modalités, mais, après 10jours, j'avais réalisé que je m'étais trompée dans l'adresse et qu'elle ne l'avait donc jamais reçu. Au final, lorsque j'avais enfin réussi à la joindre, il était trop tard pour envisager quoi que ce soit comme visite et elle m'avait simplement indiqué UN créneau de disponible pour que nous nous rencontrions, aujourd'hui, entre 9h et 11h.

Ensuite, plus aucune nouvelle, jusqu'à ce qu'elle me réponde hier soir pour m'indiquer que finalement elle ne sera libre que de 10h45 à 11h20, à l'autre bout de Tokyo (plus d'1h de transport). Déçue, j'ai décidé d'y aller quand même, dans l'espoir qu'elle aurait des adresses à me recommander.

10h40 - Arrivée donc à Nippori, où je n'arrive pas à la trouver et finit par l'appeler, malgré mon absence de numéro japonais. Je la retrouve enfin et elle m'annonce qu'elle est avec deux de ses meilleures amies japonaises, ses anciennes collocs. Bon, autant pour la discussion si je comprend bien. Effectivement, je comprend bien. Elle part en effet dans moins d'1h visiter un coin du japon où elle veut discuter avec le maire, n'a absolument aucune adresse spécialisée en plantes à me proposer, m'oriente vers une ferme qui produit des kiwis, et me dit que je peux soit rester là à visiter le quartier, qui est très sympa, avec ses amies, soit venir avec elle, au débotté, pour aller discuter avec les paysans du coin et filer un coup de main. Sans parler la langue. En pantalon de ville. Sans qu'elle puisse faire l'intermédiaire.

Déçue, j'opte donc plutôt pour la visite du quartier, et bien m'en prend. Adorables, ses amies, Mae et Ikuko essayent fort de me faire la conversation et nous nous baladons dans une chouette rue commerçante où nous nous extasions sur du thé et des tasses, partageons des croquettes de légumes et des nouilles de konjac toutes fraîches faites devant nous, discutons différences culturelles (en mauvais anglais entrecoupé de mots de japonais, grâce à mon application de traduction)... Takuma, le mari d'Ikuko nous retrouve en cours de route et ils proposent que nous allions manger. Nous nous retrouvons donc tous les quatre dans une petite gargote, à manger des gyozas et des ramens, et malgré mes protestations, ils m'invitent.

Après le repas, Ikuko et son mari invitent Mae à continuer l'après-midi chez eux et je n'arrive pas complètement à saisir si je suis conviée. Je sais que les japonais n'invitent d'ordinaire pas des étrangers dans leur maison, et qu'ils sont très polis, mais malgré l'attention dont j'ai fait preuve, impossible (encore à l'heure actuelle), de déterminer si je suis la bienvenue ou si je dérange. Je propose une fois ou deux de rebrousser chemin, mais, bien que visiblement un peu mal à l'aise, ils s'empressent de me dire qu'il n'y a pas de soucis. En chemin, je m'arrête dans une petite boutique où j'achète des florentins devant lesquels ils s'étaient extasiés, prétextant un cadeau à faire.

Me voilà donc assise sur une de ces chaises japonaises, sans pieds, dans leur tout petit appartement (une pièce cuisine/salle à manger/salon, une chambre dont la porte est fermée, une toute petite salle de bain, toilettes, le tout en rez-de-chaussée). Ikuko prépare du thé vert, j'offre les florentins que nous partageons en 4 parts égales et minuscules. Mae me montre un peu les mangas qu'elle dessine (très très fifille, avec de grandes jeunes femmes aux yeux immenses et aux oreilles de chat). On discute un tout petit peu politique avec Takuma car j'apprends par le journal posé sur la table basse qu'il y a des manifestations au Japon contre le traité Trans-pacifique (l'équivalent pour eux du traité transatlantique en négociation entre l'Europe et les états-unis). Takuma évoque l'élection américaine, qui se déroule aujourd'hui, et parle de la victoire de Trump, sans paraître s'en émouvoir. Je pousse les hauts cris en disant que mais non, ça n'arrivera pas, ils ne peuvent pas être si cons.

Je prend rapidement congé après le thé, ravie de ce coup d’œil dans le quotidien japonais mais ne voulant pas pas les déranger plus longtemps, et décline leur proposition de me ramener à la gare. Avec mon pocket wifi, je vais trouver mon chemin. Je le branche donc, et les notifications whatsapp commencent à affluer. Nous sommes le 9 Novembre. Il est 15h, heure de Tokyo, minuit passé le 8 Novembre aux États-Unis. J'ai laissé mon portable de côté depuis ce matin et si, avec le décalage horaire, les résultats ne sont pas encore tombés (ils ne seront validés que le 9 au matin, heure de la côte Est), toutes les prévisions sont au rouge. Je n'avais pas compris que ce n'était pas une prédiction que faisait Takuma, mais une constatation. J'ai la nausée. On échange des messages effarés avec Daniel, ma sœur, quelques copains américains. Quel cauchemar.

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