samedi 10 décembre 2016

Kyoto en amoureux - 1ère partie



Jeudi 13 Octobre

Dernier petit déjeuner avec Mika, partagée entre la tristesse de nous laisser déjà et l’excitation de retrouver son mari. Après avoir plié notre chambre, on laisse nos sacs à la réception et on part se balader en ville. 

Première destination : retour à Nishiki, pour aller explorer un peu mieux le marché où nous n’avions fait que passer la veille avec Mika! Nous retrouvons, au milieu de la galerie marchande moderne, entre un magasin d’électronique et un de vêtements, le temple où, la veille, Mika nous a initiés à la cérémonie de purification et de prière shinto : Prendre de l’eau avec la petite louche dans le bassin prévu à cet effet, parfois orné d’un puissant dragon cracheur d’eau, s’en verser dans la main gauche, puis dans la droite, puis de nouveau dans la gauche et se rincer la bouche. Cracher l’eau à côté du bassin. La traduction en anglais est souvent hyper drôle, du fait d’une tendance japonaise à traduire « the » par « un/une ». Parce qu’on fait les idiots, on se propose que je verse de l’eau dans la main de Mika pour qu’elle lave la bouche de Daniel. La suite du rituel consiste à monter vers le temple et jeter une pièce de 5 yens dans le tronc prévu à cet effet (et dont les barreaux sont, comme nous le constaterons à plusieurs reprises, marqués par toutes les pièces qui les ont touchés), on agite la corde reliée à un grelot pour attirer l’attention du Kami, on tape deux fois dans ses mains, on s’incline et on prie, puis on se ré-incline, et c’est fini ! 

Les étals du food market sont un régal pour l'oeil et l'odorat, et laissent un peu déboussolés de reconnaître si peu de choses. Entre les petits poissons séchés de toute taille et les légumes marinés (tsukemono), on trouve un stand de galettes de légumes à grignoter, qui nous sont vendues réchauffées et prestement emballées dans un sachet plastique chacune. Pas eu le temps de réagir! Zut! Mais de toute façon, il n'y avait pas d'alternative en papier/carton, et la vendeuse n'aurait jamais accepté de nous les donner directement sans emballage.

Random temple sur le trajet vers le musée.
L'arbuste n'est pas en fleurs mais couvert de papiers votifs annonciateurs de bonne fortune.
Notre but de la journée : visiter un musée! On a jeté notre dévolu sur le musée des techniques traditionnelles, qui propose une chouette exposition (malheureusement très peu d'explications en anglais). On y apprend plein de choses sur les techniques de teinture des kimonos, les différents types de kimonos portés par les différentes tranches de la population (en fonction de l'âge, du sexe, du statut marital...), mais aussi sur l'art de la laque, des éventails en papier, de la vannerie traditionnelle, de la poterie (dont les magnifiques tuiles japonaises)... Malheureusement il n'y a pas de démonstration d'artisan ce jour là, mais, nous apercevons une assemblée de brodeuses à l’œuvre dans une salle un peu à l'écart.

Nous transférons ensuite nos affaires dans notre nouveau logement, un Airbnb beaucoup moins central que Len, mais moins cher, et relativement bien placé pour notre programme du lendemain, surtout maintenant que Mika nous a fait connaître le réseau de bus de la ville. L'arrivée y est un peu difficile car le système d'adresse est très bizarrement fichu au Japon et nous n'avons pas de photo de l'immeuble, mais un voisin nous indique le bon appartement.
Notre petit chez nous
Mignon, confortable, un peu trop bruyant pour mon sommeil léger, mais avec des boules quies, ça passe.
Après avoir vainement cherché à obtenir du wifi dans un MacDo (à quoi on en est réduits, quand même...), on termine cette petite journée par un dîner dans un restaurant de sushis où les classes socioprofessionnells se mélangent allègrement, et où un couple de japonais attablés au comptoir non loin de nous nous trouvent très drôle. Je refile en douce la moitié de mon calamar cru à Daniel, qui a de son côté commandé un sushi très original avec du saumon, des œufs de saumon et une petite feuille verte au goût citronné très chouette selon lui. Je m'empresse donc de commander la même chose, en japonais, mais mon sushi arrive sans la petite herbe aromatique. Difficile de réclamer, encore plus en japonais, je mâchonne donc sans conviction et me venge sur une coquille saint jacques (quel délice). Un petit coup de fil au grand père de Daniel pour son anniversaire et on va s'enfouir voluptueusement (et les oreilles bouchées) dans le moelleux de nos futons.

vendredi 9 décembre 2016

Kyoto - Deuxième et dernière journée avec Mika



Mercredi12 octobre

Petit déjeuner à Len, qui propose des viennoiseries plutôt correctes. 
On fait un coucou par messagerie à Tatsu, qui nous envoie une photo du tas de bois, terminé. Y a pas à dire, il est plus doué que nous.

Pour mieux prendre la mesure de la ville, on décide d’aller à pieds jusqu’au Kiyomizu dera, temple emblématique de la ville, avec sa terrasse supportée par des centaines de pilotis. C’est impressionnant comme, à un jet de pierre du centre moderne et actif de Kyoto, on se retrouve déjà dans la forêt.
Il y a foule dans le temple principal et autour de la cascade sacrée dont l’eau est supposée avoir des propriétés thérapeutiques. Là aussi, et alors que nous ne sommes pas un jour de festival mais un jour ordinaire de semaine, les croyants se pressent pour faire une offrande, consulter leur bonne fortune et prier.
Plus bas, une gargote qui propose thé et douceurs donne une vue imprenable sur la forêt de piliers. Loin de l’agitation du cœur du complexe, une petite pagode esseulée nous donne une vue impressionnante sur le temple sur pilotis. Le chemin qui y mène est bordé de toutes petites stèles gravées de Jizo, la divinité protectrice des enfants et des voyageurs, que nous verrons en de multiples exemplaires tout au long de notre voyage. Bardées d’un bavoir et parfois même d’un bonnet, elles ressemblent à des petites pierres tombales, et pour cause, elles sont placées là en mémoire des enfants mort-nés, morts en bas âge et avortés.



On a prévu de manger dans un autre quartier, mais comme il se fait faim, petite pause sucrerie ! On tente la soupe d’haricots Azuki aux gâteaux de riz et les boulettes de farine de riz au thé matcha, nappées d’Azuki. Comme on le constatera plus avant par la suite, voilà les trois ingrédients de base de la confiserie japonaise : farine de riz, thé matcha, pâte d’Azuki, qui a un goût proche de celui de la chataigne. 

On flâne ensuite dans les petites rues en pente à côté du temple, la Ninen-zaka et Sannen-Zaka, respectivement colline des 2 et 3 ans, car il est dit que qui tombe dans les marches en pierres de ces rues, mourra dans le temps indiqué. Au-delà de l’aspect folklorique, ces rues sont charmantes, bordées de maisons en bois, de magasins de souvenirs, de salons de thé et de restaurants traditionnels. On y grignote un gâteau de riz laqué à la sauce soja.

Un peu par hasard, parce que l’entrée est jolie, on s’arrête au Entokuin, demeure de Kitano Mandokoro (dites Nene), la femme d’Hideyoshi Toyotomi (premier chef de guerre à contrôler l’ensemble du territoire japonais à la fin du 14e siècle). Nene fit construire ce refuge pour y terminer sa vie après la mort de son mari, en 1605. Maison traditionnelle de style samouraï, ses pièces sont formidablement décorées de peintures murales présentant différents aspects de la nature japonaise au cours des saisons : la neige et les fleurs de cerisiers sous la lune dans une pièce ; des pins, des bambous et des fleurs de pruniers dans une autre et un formidable dragon blanc formé de l’écume des mers et entourés de cormorans, représentant Hideyoshi Toyotomi et ses lieutenants. 
Le jardin de gravillons et de rochers est une petite merveille de simplicité. Dans une dernière pièce un « tag » de Hasegawa Tohaku, l’un des peintres les plus fameux du Japon il y a 400 ans, qui avait profité de l’absence du propriétaire de la maison pour peindre, contre la volonté de ce dernier, une vue de son village natal. Sur ce panneau doré portant répété le sceau de la maison, l’esquisse de paysage surgit de quelques coups de pinceaux. Par contre, les photos y sont interdites, mais google images peut vous en donner un aperçu.

Plus tard dans la journée, on prend le train vers le Fushima Inari, le sanctuaire aux renards du fait de l’omniprésence des statues de l’animal dans l’enceinte du complexe.
Le grand Torii d'entrée

Des jeunes femmes ayant loué des kimonos pour se promener dans la ville
 Il est aussi connu pour ses milliers de Torii vermillon, tellement serrés les uns contre les autres qu’ils forment des tunnels au travers desquels la foule de fidèles et de curieux se balade. Les galeries mènent ici ou là à un petit temple secondaire et les chemins dallés de pierre serpentent entre lanternes de pierre et bassins. 


L’endroit est magnifique mais, même si nous avons essayé d’y aller à la nuit tombante pour éviter le gros de la foule, il reste un peu trop de monde pour pouvoir vraiment se pénétrer de l’atmosphère du lieu. Dans l’un des petits temples, une pierre est posée sur un autel, avec une petite explication à côté : il faut fermer les yeux, faire un premier vœu et soulever la pierre à deux mains, si celle-ci est très lourde, le vœu se réalisera. Ensuite, une fois la pierre reposée, on fait un deuxième vœu et on re-soulève. Si la pierre parait très légère, le vœu s’exaucera. Daniel profite de mon second vœu pour m’aider subrepticement et la pierre est légère, légère… Peut-être dormirons nous bien cette nuit ! 

Les tunnels de Torii
On y croise d'étranges créatures





La nuit tombe tôt et les temples ferment déjà. Avec la lune qui se lève, l'ambiance est complètement onirique. Par la magie du téléphone de Daniel, on se retrouve avec des photos fantastiques, presque impressionistes.


Nous rentrons ensuite vers le centre de Kyoto, accomplir une autre des missions pour lesquelles nous voulions l'aide de Mika : trouver un adaptateur électrique. Le grand magasin où nous allons, qui annonce fièrement être tax free, a un personnel principalement chinois, parlant d'ailleurs à peine japonais, et la plupart des produits sont indiqués comme "ne devant pas être utilisés au Japon". Y compris l'adaptateur que nous trouvons, qui est pourtant pour des prises... japonaises. Mika nous explique que ces magasins sont en effet principalement à destination de la clientèle chinoise, mais ne comprend pas mieux que nous l'inscription sur notre adapatateur, qui s'avère tout à fait efficace une fois testé.

On retrouve Sam, Sarah et Eric, également passés à Kyoto, pour diner dans un restaurant très chic mais dont la nourriture ne nous laisse pas un souvenir impérissable. A la recherche d'un bar où se poser pour discuter, on se fait refoulés du Café Esca-moteur, un chouette bar au premier étage d'un escalier étroit et raide, avec une ambiance de vieux cuir, cuivre et bouquins reliés. Tellement chouette (steampunk!) qu'il est plein. Les petites rues autour du café, dans le coin de Tennocho, Izumiyacho, qui longent une rivière, sont charmantes. De chaque côté, de vieilles maisons en bois retapées à neuf et transformées en restaurants, des dans de petits immeubles de 2-3 étages, cafés, des galeries et petits commerces, tout ça est très léché, un peu bourgeois et adorable.

Au final, on va tous ensemble se poser au bar de notre hotel et on discute jusque tard de politique (avec en ligne de mire les futures élections américaines qui les angoissent), la question de la langue, des risques que les prochaines générations parlent plutôt moins de langues que nous, notamment grâce aux progrès des applications de traduction, que cela risque d'appauvrir les échanges... Forts de cette échange multiculturel même si uniquement en anglais, nous allons nous coucher dans notre chambre twin beds (réservée par erreur par Mika et que nous n'avons pas pu échanger contre une double pour notre seconde nuit), qui est en fait un lit superposés dont, têtus, nous mettons les deux matelas par terre. Il ne sera pas dit qu'on ne dormira pas ensemble!

jeudi 24 novembre 2016

Kyoto!

Mardi 11 Octobre

Ce matin, on part en bus vers Kyoto avec Mika.
Une photo devant la maison avec Tatsu, qu'on laisse derrière nous, un petit déjeuner rapide au café Takayama en ville, où nous disons au revoir à Samuel, Sarah et Eric, et c'est parti!
A gauche, le tas de bois de Tatsu, à droite, le nôtre ><
Au moment de partir vers Kyoto avec Mika, petite photo clin d'oeil à Tatsu, dont la compagnie de cyclotourisme a un kiosque dans ce café.

Le trajet se passe sans encombre, on voit un macaque sur le bord de la route et on boit du thé vert geinmacha (au riz) en libre service dans les stations services. Et ouais. C'est comme ça ay Japon.

A l'arrivée à Kyoto, on commence par déposer nos bagages chez Len, un hôtel super hipster dont Mika connait le staff, assez central dans la ville.
Photo c Hostelworld
Premier spot de visite de la journée, le Ginkakuji, ou pavillon d'argent. Mika, qui vient de passer la première partie d'un examen d'état pour être guide touristique, en profite pour s'exercer sur nous. Le lieu est magnifique comme seuls les jardins japonais arrivent à l'être, avec des tas de petits espaces différents.
Le pavillon en lui-même n'a d'argent que le nom faute de fonds suffisants pour le recouvrir du précieux métal à cause de l'intensification de la guerre civile de la fin du 15e siècle durant sa construction. Le jardin de sable qui s'y trouve, soigneusement ratissé et remit en forme chaque jour, est impressionnant de raffinement. Dans un coin, un tas de sable, laissé par les ouvriers après la construction, est chaque jour mis en forme comme un gros pâté de sable, et est censé représenter le Mont Fuji.
 On se balade ensuite un peu le long du chemin de la philosophie, on visite un magasin de papiers japonais puis on fait un crochet vers le Honen-in, qui est déjà en train de fermer. Tout ferme très tôt ici! Le temple est fantastisque, complètement protégé dans un écrin de verdure qui rafraichit et assombrit l'ambiance et donne à l'ensemble des airs de forêt.


Etonnant comme la mousse qui pousse dans les crevasses et sur les pierres
atténue le côté complètement contrôle freak des constructions.
Retour à Len, où on s'installe dans notre chambre, puis Mika nous emmène, sur les conseils d'un de ses amis de Len, dans une petite Isakaya au décor tout sauf traditionnel où on nous sert un délicieux saké (nommé Halleluja) dans des petits bleus verres en cristal gravés posés sur une soucoupe. La patronne, cuisinière et aussi serveuse verse, verse, verse déborde dans la soucoupe et continue à verser un peu. Ici, "pas plus haut que le bord" est une blague qui ne marcherait pas du tout et vous priverait en plus d'une gorgée de délicieux saké!

Une journée calme à la "campagne"

Lundi 10 octobre

Soirée sympa la veille, avec Tatsu et Mika, Sam, Eric et Sarah qu'on découvre, autour d'un bon saké et d'un délicieux repas varié, mais je suis épuisée et ne tarde pas à aller me coucher.
Petite journée le lundi, raccourcie par une grasse matinée et le début de mes règles qui m'a renvoyée à la maison pour un bon bain chaud pendant que Daniel et les autres allaient visiter la poterie d'amis de Tatsu et Mika, qui sont ensuite venus partager le dîner.

Dans la matinée, on a malgré tout essayé d'aider Tatsu à décharger et empiler du bois pour préparer l'hiver prochain, avec ses 4 à 5 mètres de neige dans la région. Le pickup de Tatsu est minuscule, avec des airs de jouets, comme nombre de ceux que nous avons vus jusqu'ici. En revanche on croise aussi beaucoup d'immenses voitures, considérablement larges et avec des rétroviseurs supplémentaires au milieu du capot avant.
Les buches sont très petites, irrégulières, et monter des piles qui tiennent est plus difficile qu'on pourrait le penser. A l'heure du déjeuner, nous en sommes rendus à peine à hauteur de genou, après avoir défait et refait un certain nombre de fois l'ajustement des morceaux. La suite attendra, car Tatsu nous emmène dans une Sobaya (les restaurants spécialisés dans les soba, ces nouilles de sarrasin qu'on peut manger, chaudes, froides ou en soupe) qu'il connait et qui est parait-il tout à fait spéciale.

Une bonne vingtaine de minutes de route en direction des collines et de la campagne et nous arrivons en vue d'une adorable maisonnette le long de laquelle des kakis sont mis à sécher. A l'intérieur, une première pièce avec 3 longues tables basses pouvant accueillir une dizaine de personnes chacune, mais il n'y a qu'un seul autre client à notre arrivée. Tatsu commande pour nous et nous voyons bientôt arriver des sobas froides, des edamames (haricots verts de soja cuits à la vapeur ou à l'eau dont on mange les grosses graines) et tout un assortiment de tsukemono (légumes marinés). Les sobas sont fantastiques, avec un gout de sarrasin prononcé mais pas trop fort, et le cuistot, qui est également prêtre shinto (!) vient se poser avec nous, nous montrer les graines de shiso avec lesquelles il fait le nappage des brochettes de pate de sarrasin qu'il nous offre et nous montre l'album photo de sa maison en construction. On y mangera aussi parmi les meilleurs onigiri (boulettes de riz triangulaires) de notre voyage alors qu'elles sont nature, sans aucune garniture. L'homme fait pousser lui même son riz et son sarrasin, ainsi que des légumes et des fruits dans un micro-jardinet derrière le restaurant. Il nous fait deviner son âge et s'amuse de notre ébahissement quand il annonce 72 ans.
Après le repas, il nous fait monter à l'étage pour visiter le mini-musée de ses voyages, qui vont de l'Egypte à l'Icelande en passant par l'Amérique du Sud, et rassemble une collection (du coup) hétéroclite de tambours, scies de charpentiers, papyrus, statuettes et autre morceaux de roche ou de sel de la Mer morte. Lorsqu'on repart, il insiste pour que sa femme le prenne en photo avec nous et celle-ci nous offre des tomates cerises et des physalis de leur jardinet.