mardi 11 juillet 2017

Déménagement - part 3 - Jour 2

Semaine du samedi 27 Novembre

Il a neigé!!! Enfin, pas aujourd'hui, mais dans la semaine!

Il parait que c'est la première fois en novembre à Tokyo.

Et tout de suite les copains japonais nous ont envoyé des messages pour nous dire de faire attention dans les rues parce que ça glisse.

Moi, j'étais dessous, en train d'aller chercher une lampe type halogène avec le gros sac de rando de Daniel. Quand la propriétaire a ouvert la porte, et m'a vue toute mouillée de neige fondue, elle m'a proposé un thé au lait brûlant :)

Le thé but, l'halogène démonté et rangé dans le sac à dos, je suis repartie sous la neige demie-fondue, et le regard un peu incrédule de l'ex-propriétaire.

Une pause pour décharger ça au labo de Daniel, et je rentre continuer à organiser le déménagement, dernière partie.


sisi, on voit les flocons!!! et là, le long du trottoir, qu'est ce que c'est hein???

Parce que cette fois, c'est du sérieux!
Pas de grasse matinée cette fois, on se retrouve à 9h45 pour prendre le van, loué pour 12h par Super Kakei, et c'est parti pour la grande boucle.

La grande boucle...

Et ça commence déjà en fanfare. La propriétaire de la table, Maria, celle qui nous avait collé un lapin la semaine précédente, m'avait prévenu qu'elle partait en vacances, mais qu'une amie à elle serait présente pour assurer la récupération de la table, que j'ai déjà payé. Sauf qu'impossible de la joindre, que ni Maria ni elle ne répondent au téléphone ni à l'application de messagerie. On se rend quand même sur place et on sonne deux fois à la sonnette, avant qu'une jeune femme endormie ne vienne nous ouvrir, et ne se retrouve nez à nez avec moi qui fulmine et suis prête à défoncer la porte. Grande inspiration - expiration, on récupère notre table, et on se casse.

Il y a ensuite tout un micmac avec les propriétaires du canapé lit, où finalement il ne faut qu'on passe qu'après 14h, et le planning implose.

Bon... On passe chercher le four combiné micro-onde, les chaises, nos valises et un tas de sacs à notre ancien logement, dont on est pas fâchés de quitter le manque de lumière, on s'achète des bentos et deux bouteilles de vin pour la soirée prévue ce soir avec des amis de Kakei qui se trouvent habiter dans notre nouveau quartier, et on file au labo de Daniel, où j'ai patiemment stocké des choses dans le bureau de son directeur de labo, qui se trouve être rentré en France.

Les ginkos du campus sont tout dorés, il y a des feuilles d'or partout, c'est génial.


 


Allez zou, maintenant qu'on a tout ça, on va faire un premier déchargement. Zacharie et Love, qui se trouvent habiter à 8 minutes à pied de notre nouveau chez nous, nous y rejoignent, pour filer un coup de main.

Et c'est repart.... MAIS??? mais où est-ce que j'ai mis la clé??? Il y a des sacs et des cartons, dont certains sont ouverts, partout, et la clé n'est nulle part. Presque 10 minutes de recherches frénétiques plus tard, on la retrouve, dans un sac random. Je suis vraiment épuisée, je fais n'importe quoi.

Bref, c'est reparti!!
Direction donc le canapé-lit, et les lampes d'ambiance, qui se voient rejoindre par des trucs dont les proprios n'ont pas encore réussi à se débarrasser : un tapis pour faire descente de lit, une râpe, un porte-manteau...

On enchaîne, et en plus de ce qui était prévu, on récupère au passage un fauteuil en osier, une paire de rideaux, des outils et ciseaux, des tringles, un miroir... et même un parapluie, qui vient s'ajouter à notre collection encore menue mais grandissante, sous le regard hilare de Kakei, qui a bien gagné le droit de se moquer de moi.

Le dernier point de chargement nous jette dans les bouchons de Shinjuku. Heureusement qu'on a abandonné l'idée d'aller chercher la machine à laver, qui est encore à près de 45minutes de là. Je n'ai prévenu qu'hier soir qu'on ne venait pas, c'est nul mais j'en pouvais plus d'essayer de planifier, et là il fait déjà nuit, j'en ai marre. On se prend une bonne heure de retard, le téléphone de Daniel n'a plus de batterie, et moi je n'ai pas le numéro de Zacharie, a qui nous avons donné rendez-vous pour le second déchargement, la galèèèèreeee!

Enfin, la maison! On décharge tout, et tandis que Zac et Love m'aident à commencer à tout ranger, monter le lit etc, Daniel repart avec Kakei rendre le van, et on se donne rendez-vous à la station à côté de la nôtre, pour rencontrer les amis de Kakei. Mais les bouchons sont encore là, et le temps que le van soit rendu et les valeureux conducteurs revenus dans le coin, il est déjà 21h30.

On décide de passer tout de même à la soirée, qui se déroule dans l'atelier d'un artiste sculpteur retraité. Tout le monde est très sympa, on nous offre à boire, on sourit beaucoup et on échange trois mots en japonais et anglais. Mais la soirée est déjà un peu avancée pour eux, la nourriture a disparu et l'alcool a fait effet, alors on ne s'attarde pas trop, tout en promettant de se revoir bientôt. Notamment à Akira, qui parle plutôt très bien anglais et me propose de lui filer un coup de main sur un programme qui implique des jeunes gens et des rizières. A creuser!

On terminera cette journée mémorable à shimokittazawa, au Juicy dumplings qui vend des raviolis japonais tout à fait délicieux, et juteux, comme leur nom l'indique!
 
Et maintenant... dodo dans notre nouveau chez nous!

jeudi 6 juillet 2017

La fête du travail

23 Novembre

Aujourd'hui, c'est la Fête du travail.

Ça veut dire que Daniel ne travaille pas!

On déjeune au Napolitio à Naka-meguro, un restaurant d'inspiration italienne tenu par des copains de Yuko. L'ambiance est très sympa, un peu arty, et Daniel teste leur pizza à la raclette, qui laisse un peu à désirer par la taille, mais pas par le goût. J'ai quand même le droit de goûter. Faut-il qu'il m'aime!

On se dirige ensuite vers Tsukiji, le marché au poisson, qui est assez tranquille en après-midi mais offre tout de même un bon bain de foule et des étals colorés de poisson cru, séché, légumes marinés, mochis, glaces à toutes sortes de parfum... on craque pour une glace au sésame noire et on va visiter le jardin voisin, le magnifique Hama Rikyu Koen, pour profiter là aussi des couleurs automnales.



Mais qu'est-ce que ce zébulon qui n'arrête pas de mettre son nez dans le cadre?
 




Après ça, on prend la ligne de metro Yurikamome  ("mouette rieuse" qui va à Odaiba, l'île artificielle de la baie de Tokyo en un trajet un peu penché et en virages, avec un passage à travers le point Rainbow bridge (illuminé aux couleurs de l'arc en ciel la nuit), comme un wagon de montagne russe pour tout petits.



Odaiba c'est l'île du divertissement, où l'architecture des bâtiments (musée de la marine, des sciences, siège social de Fuji TV, le centre Telecom...) procède d'un modernisme qui a déjà quelques décennies dans la tête, mais de beaux restes.

On y trouve aussi, en vrac, une grande roue, une réplique de la statue de la liberté, une plage de sable, Fort Venus, une galerie commerçante au deuxième étage du complexe Palette Plaza (illuminé tout en vagues de lumières fluorescentes la nuit) qui reprend l'architecture d'une ville italienne, avec un faux ciel bleu qui évolue au cours de la journée. Le musée automobile de MegaWeb Odaiba, DIvercity, un autre immense centre commercial devant lequel a longtemps trôné une également immense (18m) statue du robot de la série animée Gundam (qui devrait réapparaître en fin d'année 2017, en encore plus grand!)...

Pour aujourd'hui, on se contente de Fort Venus, et c'est déjà pas mal en termes de kitsch!
On a même la chance, discutable, d'y voir la fin d'une sorte de menuet dansé par trois couples en costumes portant des masques vénitiens.



vendredi 30 juin 2017

Déménagement - part 2 - Jour 1

Dimanche 20 novembre

Parce que j'avais remarqué les incroyables couleurs des arbres du parc Yoyogi en allant faire un repérage d'objets chez Susan (et chercher une petite cafetière à piston, voir La chasse aux meubles), nous allons y faire un tour ce matin, avant le petit déménagement.

Sac sur le dos pour passer ensuite récupérer les objets que Susan nous a gardés, nous arpentons le parc, subjugués par les jaunes, rouges, oranges et verts qui cohabitent, et nous ne sommes pas les seuls. Les tokyoïtes sont nombreux, en ce dimanche matin, à mitrailler leurs amis, femme, chien, parmi les flamboyantes couleurs de l'automne. Moi qui suis une inconditionnelle des feuilles d'automne, c'est probablement le plus beau spectacle que je n'ai jamais vu!

Ici, deux jeunes filles jettent des feuilles de ginko sur une troisième, pendant qu'une quatrième prend la photo. C'est que ça demande de la main d’œuvre les shooting d'automne!





Une corde à bubulles! Des milliers de bubulles!

Déjeuner léger, bon mais qui se prend un peu trop au sérieux chez We are the farm, un petit restaurant bio, locavore, lié à une ferme dans la préfecture voisine de Chiba. Si notre expérience n'est pas aussi extraordinaire que celle de la blogueuse du lien ci-dessus, l'ensemble est bon, bien qu'un peu cher, surtout en comparaison avec les prix habituels de la restauration japonaise.

Un détour chez Susan pour récupérer notre nouvelle bouilloire, des tasses, des perches et pinces à linge, et quelques autres bricoles, et lui offrir une petite boite de caramels (ramenée de France), pour lui remonter un peu le moral de devoir si vite boucler son appartement (son avion part demain), et nous voilà en route pour retrouver Kakei (qui sort d'un examen, le dimanche, et vient nous aider  déménager...) et Zacharie, pour la première partie de la mission récupération des meubles. Début des hostilités : 15h30.

Première galère, la propriétaire de la table que nous devions récupérer à 16h nous fait faux bond à cause d'une urgence et, comme mon téléphone déconne pile au bon moment, je ne reçois son mail qu'alors que nous sommes quasi devant chez elle! Flûte! Bon ben on file chercher le lit alors!

Le reste de la collecte se passe bien, même si je me suis tellement épuisée à tout essayer d'organiser parfaitement que j'en ai un peu le tournis. On retourne vers l'appartement, on décharge, et Kakei va rendre le camion, puisque c'est sur sa route, tandis que  Daniel et moi on rentre à Gakugei-Daigaku pour notre dernière semaine.

mardi 20 juin 2017

Déménagement - part 1 - l'organisation

La semaine du 20 Septembre

Évidemment, on s'y est pris au dernier moment.
A notre décharge, on a su qu'il y a très peu de temps qu'on avait l'appart, on n'a signé que le 17 (cf On a signé!), et on ne savait pas avant où est-ce qu'on pouvait stocker les meubles entre le premier lot à récupérer et notre entrée dans l'appart le 25.

J'ai fait faire, avec l'aide précieuse de Zacharie, 2 ou 3 devis, préparé les itinéraires, mis au point avec Daniel des tableaux excel qui regroupent toutes les informations nécessaires (heure de récupération, item, prix, adresse exacte, numéro de téléphone de la personne à contacter vu qu'on va se perdre dans le système d'adresse, distance jusqu'au prochain point), refait 50 fois les calculs pour faire rentrer ça dans la plage horaire de location... C'est pas difficile, je ne fais plus que ça. Ça, et aller chercher des objets et des meubles (cf La chasse aux meubles).

Évidemment, certaines personnes changent leur plan au dernier moment, voir annulent complètement, et il faut que je refasse tout l'itinéraire pour essayer de l'optimiser, et donc le planning qui va avec. Argh. Je ne dors pas beaucoup, refaisant dans ma tête les calculs pour tenir compte des impératifs horaires des uns, de l'éventuelle circulation... Jusqu'ici, je trouvais que déménager n'était pas si terrible que certains le disent parfois. Ça, c'était avant de devoir récupérer des objets dans une douzaine de lieux différents.

Petit aperçu du trajet...

jeudi 15 juin 2017

On a signé!!

Jeudi 17 Novembre

On a signé notre contrat de location! Ça y est.
Vous me direz, ça fait 7 mois. Mais il faut que je vous raconte!

Pour la signature, Kakei-san, notre super agent immobilier, nous a donné rendez-vous dans un café, juste à côté de la gare proche de chez nous, Gakugei-daigaku. A 8h du soir.
Non seulement il s'occupe de tout pour nous (contracter l'eau, le gaz, l’électricité, nous trouvez des liens de fournisseurs d'accès à internet, proposer de nous aider à louer un van pour le déménagement, et même de le conduire... [cf La chasse aux meubles] et même nous inviter à un dîner avec des amis à lui, qui seront nos futurs voisins!) mais en plus il se déplace pour qu'on puisse signer le contrat. Cet homme est une perle.

Dans les jours précédents, j'ai d'ailleurs fait une boulette diplomatique. Les joies des différences culturelles et d'échanger dans une langue qui n'est notre langue maternelle ni à l'un ni à l'autre.
Comme je l'avais décrit dans le post La chasse aux meubles, vu que certains des meubles que nous avions repérés doivent être récupérés d'ici ce dimanche, j'avais demandé, au cas où, s'il était possible de les stocker dans l'appartement, avant même la date de notre emménagement officiel. Malgré l'outrance de la demande, Kakei l'avait tout de même relayée au propriétaire, qui avait évidemment répondu non. Lorsqu'il m'avait fait le retour, j'avais essayé de le remercier et de lui dire que de toute façon, ce n'était qu'un essai, que je n'étais pas très à l'aise avec cette demande et que nous allions nous débrouiller pour les stocker ailleurs (aka, dans notre AirBnB actuel ou au labo de Daniel, option pour laquelle je militais, au grand dam de ce dernier). Kakei s'était alors excusé platement de sa question indiscrète, ayant mal compris le sens de ma remarque sur le fait d'être mal à l'aise ><

Mais l'incompréhension a peut-être eu du bon, car Kakei a redemandé à l'agent immobilier du propriétaire s'il c'était une option possible, et nous devions avoir la réponse aujourd'hui. Et c'est un OUI! Comme quoi, même avec des japonais extrêmement protocolaire, faire sa grosse étrangère sans gêne peut payer!

En vrai, je pense qu'ils ont été tellement soufflés par le sans-gêne absolu de la question qu'ils n'ont même pas osé discuter. M'en fout, on s'épargne un déménagement sur trois!

Le 17 au soir, nous nous retrouvons donc dans cet espèce de café qui ressemble à un diner américain (café lavasse et serviettes en papier imperméable compris) avec un collègue plus âgé de Kakei, qui est le seul habilité à nous lire le contrat. Enrhumé, Kakei porte un masque, ce qui assourdi sensiblement sa traduction. On se concentre, on essaye de comprendre les clauses en petits caractères... Pas facile quand on ne peut même pas les lire.

Enfin, de toute façon il n'y a pas grand chose à redire, alors Daniel sort son Inkan, son tampon encreur gravé à son nom ("Sucheto") et signe avec, là où on lui indique, accompagné des deux autres protagonistes.
Moi? J'ai autant de valeur légale qu'une plante verte dans cette histoire.

Victoire!

mercredi 14 juin 2017

Kamakura - pour la première fois

13 Novembre

Ce jour-là, sur les conseils de Zacharie, nous sommes allés pour la première fois à ce qui est devenu au fil des mois notre "Osusume", notre spécialité : Kamakura!

Au réveil, on saute dans un train, puis dans un tram qui longe la côte ("la mer!!!! regarde!!!") et nous voici, une grosse heure plus tard, à Hase, 50 kilomètres au Sud de chez nous (et Sud- Sud-Ouest de Tokyo).


Après quelques hésitations, on se dirige en premier vers la plage, toute proche, pour aller toucher l'océan Pacifique, pour la première fois pour Daniel, qui ne résiste pas à y mettre les pieds. La journée est belle, l'eau froide, et des dizaines de véliplanchistes et de pagayeurs ont pris d'assaut la mer.



 Le bord de mer est très peu aménagé mais, en retournant vers la ville, on attrape un café et un sandwich, avant de se diriger vers le Hase Dera, l'un des nombreux temples du coin. Car Kamakura a été la capitale du Japon de 1185 à 1333 et, si la ville parait petite (avec cette incroyable impression de village que donnent ici les villes de plus quelques centaines de milliers d'habitants) elle est d'une incroyable richesse en temples. Nous n'en avons encore effleuré que la surface.

Le Hase Dera, donc. Avec son magnifique jardin sur plusieurs niveaux, ses milliers de minuscules statues de Jizo, protecteur des voyageurs et enfants morts avant terme, sa grotte, sa terrasse avec vue sur la ville et ses nombreux pavillons, le temple est un enchantement. Il abrite aussi la plus haute statue en bois du Japon, un Kannon au 11 visages daté du 8e siècle, qui se serait échouée sur le rivage de Kamakura après avoir été mise à l'eau à des centaines de kilomètres de là.




Direction ensuite le grand Bouddha.
Je suis super impatiente de le voir, et je ne serais pas déçue. On entre d'abord par un petit portail, on suit un chemin de pierres plates, on contourne un bosquet et là, BADABOUM.


Et d'autant plus BADABOUM que nous tombons, par le plus grand des hasards, en plein Matsuri (festival). Celui-ci vient avec des démonstrations de différents arts japonais, dont les grands tambours traditionnels! Une batucada locale!




Après s'être promis de revenir, il est temps de se rapprocher de Kamakura même et de se diriger vers la prochaine étape de notre visite, un grand temple boudhiste Zen nommé le Kencho-ji.

Les 45minutes de trajet, un peu trop banales pour être plaisantes, sont tout de même égayées par la rencontre d'une petite japonaise férue de langues, qui nous aborde en nous demandant si nous voulons laver de l'argent. Heu? plait-il? Nous n'avons pas d'argent sale! Après moult explications en français, anglais et japonais, on finit par comprendre qu'il y a pas loin d'ici, un temple dont la source est censée donner la richesse, si on y lave son argent.

Notre accompagnatrice, qui apprend l'espagnol, parle quelques mots de français et envisage un voyage eu Europe durant l'été, nous laisse à l'entrée de ce qui ressemble au centre-ville, et nous nous faufilons, dans une foule qui se densifie, étranglée par les rues commercantes bordées d'échoppes de souvenirs, vers le grand sanctuaire Shinto Hachimanjingu. Mais la foule est tellement dense qu'on décide de ne pas passer sous les Tori et de contourner le temple par la gauche. Bien nous prend car un petit escalier peu emprunté nous permet d'aller jeter un œil dans l'enceinte du temple, qui est décidément trop encombré pour nous.

Encore de la marche (les prochaines fois seront mieux organisées) et nous arrivons presque par surprise devant le Kencho-ji, le grand temple Zen, un complexe immense, et très peu rénové, ce qui ne fait qu'ajouter à son charme. Magnifique Bouddha de bois dans un temple aux splendides panneaux de bois ajourés, bodhisattva squelettique d'avoir trop médité, plafond orné d'un dragon volant, immenses vases, les différents pavillons sont époustouflants, mais presque moins que les cèdres multicentenaires qui se convulsent sur le parvis.



Suivant toujours les conseils de Zac, nous nous enfonçons dans le complexe, jusqu'à rejoindre une sorte de chemin de randonnée, pavé pour le moment, qui s'enfonce, tout fleuri, entre deux langues de collines. Au loin, des marches.

On n'est jamais vraiment sortis du temple, et nous voilà en train d'entrer dans un sanctuaire
Une courte grimpette, et on arrive sur un premier palier duquel se dresse un mur de rocaille défendu par des Tengus, des êtres folklorique, belliqueux et farceurs, un peu comme nos gobelins, qui sont les esprits protecteurs, bien qu'un peu dangereux, des montagnes et des forêts. Ça reste à l'heure actuelle un de mes moments préférés de cette formidable balade, que nous affinons à mesure de nos visites.


Mais j'anticipe.
De là haut, on aperçoit aussi le Fuji, dans les nuages, et, de l'autre coté, le complexe du temple, la ville, et puis la mer.

Sisi, je vous jure qu'on voit le Fuji, en tout cas sa silhouette!
 

Le chemin de randonné se poursuit ensuite en chemin de crête, sur une étroite langue de forêt, et nous nous émerveillons de nous sentir tellement en pleine nature alors que la ville est juste là, derrière ce rideau d'arbre.

A la redescente, on a l'impression d’atterrir dans un charmant petit village, la banlieue de Kamakura, verdoyante et calme. On suit la voie ferrée et on jette un oeil à un autre ensemble de temples qui a l'air magnifique, le Engaku-ji, mais dont on se fait rapidement évacuer. C'est l'heure de la fermeture.

Cette première visite à Kamakura, entre longueurs et émerveillements, va nous donner envie d'y retourner régulièrement, jusqu'à converger vers un programme bien rôdé, que nous proposons à ceux qui nous visitent. Je reposterais du coup des photos correspondants aux diverses excursions!

mardi 6 juin 2017

Une rencontre ratée - comment tirer partie des opportunités - le cauchemar américain

Mercredi 9 Novembre

Aujourd'hui, je suis censée rencontré Asako.
Asako est japonaise mais vit en France, avec son mari français. Elle travaille pour le gouvernement japonais, pour le ministère de l'agriculture, et elle est venue visiter la ferme de Florent et Sylvie, les maraîchers qui m'ont formée au tout début, pour voir comment fonctionnait le système d'installation des jeunes agriculteurs en France. Florent lui avait parlé de moi, et elle avait accepté de me rencontrer pendant un voyage qu'elle devait justement faire au Japon début Novembre.

Avant mon départ, en septembre, nous avions bien discuté au téléphone, elle était très enthousiasmée par mon projet. Elle m'avait proposé plein de plans et j'en étais sortie surexcitée par la perspective d'aller visiter des fermes avec elle et qu'elle me donne un tas de renseignements et d'adresses.

Au milieu de nos vacances japonaises (mi-octobre) je lui avais envoyé un email pour que nous discutions un peu plus avant des modalités, mais, après 10jours, j'avais réalisé que je m'étais trompée dans l'adresse et qu'elle ne l'avait donc jamais reçu. Au final, lorsque j'avais enfin réussi à la joindre, il était trop tard pour envisager quoi que ce soit comme visite et elle m'avait simplement indiqué UN créneau de disponible pour que nous nous rencontrions, aujourd'hui, entre 9h et 11h.

Ensuite, plus aucune nouvelle, jusqu'à ce qu'elle me réponde hier soir pour m'indiquer que finalement elle ne sera libre que de 10h45 à 11h20, à l'autre bout de Tokyo (plus d'1h de transport). Déçue, j'ai décidé d'y aller quand même, dans l'espoir qu'elle aurait des adresses à me recommander.

10h40 - Arrivée donc à Nippori, où je n'arrive pas à la trouver et finit par l'appeler, malgré mon absence de numéro japonais. Je la retrouve enfin et elle m'annonce qu'elle est avec deux de ses meilleures amies japonaises, ses anciennes collocs. Bon, autant pour la discussion si je comprend bien. Effectivement, je comprend bien. Elle part en effet dans moins d'1h visiter un coin du japon où elle veut discuter avec le maire, n'a absolument aucune adresse spécialisée en plantes à me proposer, m'oriente vers une ferme qui produit des kiwis, et me dit que je peux soit rester là à visiter le quartier, qui est très sympa, avec ses amies, soit venir avec elle, au débotté, pour aller discuter avec les paysans du coin et filer un coup de main. Sans parler la langue. En pantalon de ville. Sans qu'elle puisse faire l'intermédiaire.

Déçue, j'opte donc plutôt pour la visite du quartier, et bien m'en prend. Adorables, ses amies, Mae et Ikuko essayent fort de me faire la conversation et nous nous baladons dans une chouette rue commerçante où nous nous extasions sur du thé et des tasses, partageons des croquettes de légumes et des nouilles de konjac toutes fraîches faites devant nous, discutons différences culturelles (en mauvais anglais entrecoupé de mots de japonais, grâce à mon application de traduction)... Takuma, le mari d'Ikuko nous retrouve en cours de route et ils proposent que nous allions manger. Nous nous retrouvons donc tous les quatre dans une petite gargote, à manger des gyozas et des ramens, et malgré mes protestations, ils m'invitent.

Après le repas, Ikuko et son mari invitent Mae à continuer l'après-midi chez eux et je n'arrive pas complètement à saisir si je suis conviée. Je sais que les japonais n'invitent d'ordinaire pas des étrangers dans leur maison, et qu'ils sont très polis, mais malgré l'attention dont j'ai fait preuve, impossible (encore à l'heure actuelle), de déterminer si je suis la bienvenue ou si je dérange. Je propose une fois ou deux de rebrousser chemin, mais, bien que visiblement un peu mal à l'aise, ils s'empressent de me dire qu'il n'y a pas de soucis. En chemin, je m'arrête dans une petite boutique où j'achète des florentins devant lesquels ils s'étaient extasiés, prétextant un cadeau à faire.

Me voilà donc assise sur une de ces chaises japonaises, sans pieds, dans leur tout petit appartement (une pièce cuisine/salle à manger/salon, une chambre dont la porte est fermée, une toute petite salle de bain, toilettes, le tout en rez-de-chaussée). Ikuko prépare du thé vert, j'offre les florentins que nous partageons en 4 parts égales et minuscules. Mae me montre un peu les mangas qu'elle dessine (très très fifille, avec de grandes jeunes femmes aux yeux immenses et aux oreilles de chat). On discute un tout petit peu politique avec Takuma car j'apprends par le journal posé sur la table basse qu'il y a des manifestations au Japon contre le traité Trans-pacifique (l'équivalent pour eux du traité transatlantique en négociation entre l'Europe et les états-unis). Takuma évoque l'élection américaine, qui se déroule aujourd'hui, et parle de la victoire de Trump, sans paraître s'en émouvoir. Je pousse les hauts cris en disant que mais non, ça n'arrivera pas, ils ne peuvent pas être si cons.

Je prend rapidement congé après le thé, ravie de ce coup d’œil dans le quotidien japonais mais ne voulant pas pas les déranger plus longtemps, et décline leur proposition de me ramener à la gare. Avec mon pocket wifi, je vais trouver mon chemin. Je le branche donc, et les notifications whatsapp commencent à affluer. Nous sommes le 9 Novembre. Il est 15h, heure de Tokyo, minuit passé le 8 Novembre aux États-Unis. J'ai laissé mon portable de côté depuis ce matin et si, avec le décalage horaire, les résultats ne sont pas encore tombés (ils ne seront validés que le 9 au matin, heure de la côte Est), toutes les prévisions sont au rouge. Je n'avais pas compris que ce n'était pas une prédiction que faisait Takuma, mais une constatation. J'ai la nausée. On échange des messages effarés avec Daniel, ma sœur, quelques copains américains. Quel cauchemar.