lundi 21 novembre 2016

Le jour du Hachiman Matsuri

Dimanche 9 octobre
Aujourd'hui, c'est festival!
Mika nous descend en ville en allant travailler au café où elle est serveuse, non sans nous arrêter à La Fléchette, une boulangerie qui n'est ouverte que les matins, en weekend, et dont les propriétaires, retraités, ont décidé de n'ouvrir que 1000 jours avant d'arrêter l'aventure. Le boulanger est enthousiaste de nous savoir parisiens et nous montre une photo qu'il a prise quand il a visité Paris, il y a quelques années. On repart avec du pain qui a l'air tout à fait bon, des pains au chocolat à l'orange et un roll à la cannelle dont Daniel me pique fourbeusement (et malencontreusement) le coeur.

En se baladant dans Hida-Furukawa, on commence à apprendre nos deux premières lignes de Katakanas, le système syllabique qui permet de transcrire les mots étrangers. Notre logique est la suivante : autant apprendre à lire des mots qui feront sens pour nous que de savoir déchiffrer un alphabet qui nous donnera un mot en japonais, mot dont on ne connaît pas le sens!

Malgré ses 25 000 habitants, Furukawa ressemble à un village de maisons basses traditionnelles, tout au moins son centre. Dans ses petits canaux, des carpes obèses tentent paresseusement de gober les morceaux de pains vendus aux promeneurs par une association de la ville. Par un hasard du calendrier, aujourd'hui est justement le jour où certains des chars processionnaires de la ville sont déplacés d'un de leur lieu de stockage à l'autre. C'est bon enfant, un peu bordélique et assez impressionnant, car les chars ne peuvent avancer qu'en ligne droite. Pour les faire tourner, des roues libres sont descendues au cric, puis remontées après la manoeuvre. Le tout dans des rues étroites et bordées de caniveaux profonds.


Hida Furukawa est aussi connue pour ses charpentiers. Des maîtres qui ont poussé l'art de l'assemblage jusqu'à sa perfection et ont ainsi obtenu des charpentes d'une grande beauté, sans aucun clou, et dont les parties susceptibles d'usure sont facilement remplacées, tout en maintenant des jointures quasi invisibles. Le Takumikan craft museum qui leur est dédié est passionnant, alternant assemblages à manipuler, pour comprendre comment ils s'emboîtent, et pièces de collection telles que des scies très larges pour couper le plus plat possible, des dévidoirs à cordeaux sculptés, des panoplies de gouges et de ciseaux... Le malicieux gardien du musée, qui ne parle pas un mot d'anglais, s'amuse à nous faire essayer les différents assemblages et, comme nous y arrivons assez vite, fini par nous présenter une croix tout ce qu'il y a de plus fermement assemblée. Impossible de la faire bouger, de quelque façon que ce soit. Ça ne bascule pas, ça ne se tourne pas... Mystère résolu quand il l'attrape et la secoue de droite à gauche à plat, ce qui libère les petits tenons qui la tenaient solidaire!


On prend ensuite le train pour Takayama et, après une pause déjeuner dans un charmant petit restaurant de moins de 20 places tenu par un couple de petits vieux tout aussi charmant, on se rapproche du coeur de ville où a lieu le fameux festival d'automne de Takayama, le Hachiman Matsuri, qui rend grâce à la divinité qui protège la partie Nord de la ville. En chemin, avec les deux lignes de syllabes apprises le matin, on commence à déchiffrer quelques mots empruntés à l'anglais. Le long de la rivière, des deux côtés d'un pont gardé par un immense Tori (les portes shinto) en béton, des dizaines de minuscules stands de nourriture se sont installés. La foule est compacte.


Dans la rue perpendiculaire, qui se dirige vers le Sakurayama, on aperçoit les chars de festival, à l'arrêt, en train d'être préparés pour la parade de nuit. Chacun est entouré d'une nuée de servants qui portent les couleurs de leur quartier (chaque quartier est responsable d'un char et se le transmet de génération en génération) et se retrouve bientôt paré de rangées de lanternes en papier garnies de bougies. Oui, ce sont des chars en bois et laque, incroyablement précieux, tellement que s'il y a une goutte de pluie, la procession est annulée, mais ils vont cahoter et tourner dans les rues, de nuit, bardés de flammes dans des petites cages en papier.


Plus haut sur la colline, le sanctuaire Sakurayama Hachimangu est l'objet de la ferveur des habitants.



Si la nuit tombe tôt, il reste encore quelques heures avant la parade de nuit, temps que nous mettons à profit pour nous balader au dessus du temple, dans les petites rues avoisinantes, et pour commencer un tour des temples shintos de la ville. Les quelques uns que nous voyons sont magnifiques, tout en bois avec des toits en ardoise aux formes recourbées... Il faudra absolument qu'on revienne se faire l'intégralité du parcours des temples la prochaine fois qu'on vient visiter Tatsu et Mika! Mais pour l'instant, vite vite, la nuit tombe!  Nous essayons d'aller trouver un emplacement pour voir la parade nocturne.

Les endroits à voir à Takayama. Il y a de quoi faire!
En violet les rues aux maisons traditionnelles, en rouge le parcours de balade à pied. Et partout des temples et des sanctuaires

C'est finalement devant un magasin de souvenirs dans une des vieilles rues de la ville que nous nous posons. Nous n'avons pas réussi à comprendre le parcours exact du défilé, mais il y a tellement de gens sur les bords de la rue, et tellement de japonais... sûrement, eux savent ce qu'il en est. Sûrement. On réussit à se faire un tout petit coin et à s'asseoir, un peu trop devant le présentoir du magasin pour ne pas avoir l'impression qu'on l'embête, mais suffisamment sur le côté pour ne pas se faire rabrouer par la propriétaire. Encore plus d'une heure avant le début de la procession. Nous sortons liseuse et guide pour passer le temps.

Enfin on entend des roulements de tambours dans une rue adjacente. Ça dure des plombes et on a bien envie d'aller voir, mais on a un spot en or et la foule de badauds s'est largement densifiée... On reste donc là, à ronger notre frein. D'abord, un flot de participants passe entre les deux cordons de spectateurs, après avoir manifestement effectué une danse du lion. Et puis finalement, au bout de la rue, un premier char s'avance.

C'est un spectacle complètement fou de voir ces 11 chars hauts de 5- 6 mètres, surchargés d'or, de dorures et d'étoffes colorées, juchés sur des roues d'1m50 de diamètre et tractés par les représentants mâles de la communauté, à l'aide de larges cordes en fibre.
Les femmes et les enfants sont, eux, perchés en haut de la structure, qui vibre tout ce qu'elle peut, à souffler tous ensemble dans des flûtes, dans une parfaite cacophonie. J'ai beau savoir que la gamme de notes japonaise est différente, et qu'elle peut sembler fausse à nos oreilles occidentales, je reste persuadée que là, on est dans le bruit, pas dans la mélodie.

Les chars sont tous différents et magnifiques, surmontés par des structures en forme de petits temples aux frontons ornés comme des figures de proue. Plus d'une fois, on frémit en voyant les manoeuvres pour tourner dans la rue où nous sommes, et à un moment, la foule entière retient son souffle lorsqu'un des chars semble bien proche de s'effondrer en avant avec femmes et enfants. Nous sommes trop loin pour bien voir, mais il finit par se stabiliser, sous les clameurs, et reprend sa route.


mon char préféré, qui arbore une magnifique tenture au dragon
Sur le chemin du retour vers la gare, on attrape et se partage un énorme okonomiyaki (sorte de crêpe au chou, porc et nouilles dans le cas de celle-ci) dans une des baraques prises d'assaut par la foule. De ce côté-ci du festival, la population me rappelle par certains côtés les fêtes de village du Tarn, où les jeunes, soigneusement lookés, gravitent les uns autour des autres en bandes majoritairement non mixtes, en se regardant du coin de l'oeil. On mange avec des baguettes et nos doigts, blottis l'un contre l'autre sur une bordure en béton du pont qui ramène vers la gare. Le temps s'est refroidi mais il n'est pas encore temps de prendre le train pour rentrer à Furukawa, où nous devons rencontrer Sam, un ami américain de Mika et Tatsu qui fait un master de sociologie urbaine à Tokyo, sa soeur et son beau-frère, venus en visite.

3 commentaires:

  1. vraiment super ce blog ! c'est la petite lecture plaisir du matin au travail ! merci pour votre réponse hier, j'avais vu ça et je ne savais pas trop :
    http://www.lemonde.fr/planete/article/2016/11/21/fort-tremblement-de-terre-dans-le-nord-est-du-japon-alerte-au-tsunami_5035443_3244.html
    continuez à bien profiter et on attend la suite... ;) pn

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  2. Coucou !
    Sur la croix, les tenons coulissent dans le morceau de bois jusqu'à disparaître pour laisser la place à l'autre moitié de la croix, c'est ça ?

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    1. Oui :)
      Chacune des parties de la croix est formé de deux morceaux de bois collés l'un sur l'autre. L'un avec une mortaise qui traverse le morceau, et l'autre avec deux petits tenons qui coulissent et s'empêchent l'un-l'autre de tomber.

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