jeudi 24 novembre 2016

Une journée calme à la "campagne"

Lundi 10 octobre

Soirée sympa la veille, avec Tatsu et Mika, Sam, Eric et Sarah qu'on découvre, autour d'un bon saké et d'un délicieux repas varié, mais je suis épuisée et ne tarde pas à aller me coucher.
Petite journée le lundi, raccourcie par une grasse matinée et le début de mes règles qui m'a renvoyée à la maison pour un bon bain chaud pendant que Daniel et les autres allaient visiter la poterie d'amis de Tatsu et Mika, qui sont ensuite venus partager le dîner.

Dans la matinée, on a malgré tout essayé d'aider Tatsu à décharger et empiler du bois pour préparer l'hiver prochain, avec ses 4 à 5 mètres de neige dans la région. Le pickup de Tatsu est minuscule, avec des airs de jouets, comme nombre de ceux que nous avons vus jusqu'ici. En revanche on croise aussi beaucoup d'immenses voitures, considérablement larges et avec des rétroviseurs supplémentaires au milieu du capot avant.
Les buches sont très petites, irrégulières, et monter des piles qui tiennent est plus difficile qu'on pourrait le penser. A l'heure du déjeuner, nous en sommes rendus à peine à hauteur de genou, après avoir défait et refait un certain nombre de fois l'ajustement des morceaux. La suite attendra, car Tatsu nous emmène dans une Sobaya (les restaurants spécialisés dans les soba, ces nouilles de sarrasin qu'on peut manger, chaudes, froides ou en soupe) qu'il connait et qui est parait-il tout à fait spéciale.

Une bonne vingtaine de minutes de route en direction des collines et de la campagne et nous arrivons en vue d'une adorable maisonnette le long de laquelle des kakis sont mis à sécher. A l'intérieur, une première pièce avec 3 longues tables basses pouvant accueillir une dizaine de personnes chacune, mais il n'y a qu'un seul autre client à notre arrivée. Tatsu commande pour nous et nous voyons bientôt arriver des sobas froides, des edamames (haricots verts de soja cuits à la vapeur ou à l'eau dont on mange les grosses graines) et tout un assortiment de tsukemono (légumes marinés). Les sobas sont fantastiques, avec un gout de sarrasin prononcé mais pas trop fort, et le cuistot, qui est également prêtre shinto (!) vient se poser avec nous, nous montrer les graines de shiso avec lesquelles il fait le nappage des brochettes de pate de sarrasin qu'il nous offre et nous montre l'album photo de sa maison en construction. On y mangera aussi parmi les meilleurs onigiri (boulettes de riz triangulaires) de notre voyage alors qu'elles sont nature, sans aucune garniture. L'homme fait pousser lui même son riz et son sarrasin, ainsi que des légumes et des fruits dans un micro-jardinet derrière le restaurant. Il nous fait deviner son âge et s'amuse de notre ébahissement quand il annonce 72 ans.
Après le repas, il nous fait monter à l'étage pour visiter le mini-musée de ses voyages, qui vont de l'Egypte à l'Icelande en passant par l'Amérique du Sud, et rassemble une collection (du coup) hétéroclite de tambours, scies de charpentiers, papyrus, statuettes et autre morceaux de roche ou de sel de la Mer morte. Lorsqu'on repart, il insiste pour que sa femme le prenne en photo avec nous et celle-ci nous offre des tomates cerises et des physalis de leur jardinet.

 

lundi 21 novembre 2016

Le jour du Hachiman Matsuri

Dimanche 9 octobre
Aujourd'hui, c'est festival!
Mika nous descend en ville en allant travailler au café où elle est serveuse, non sans nous arrêter à La Fléchette, une boulangerie qui n'est ouverte que les matins, en weekend, et dont les propriétaires, retraités, ont décidé de n'ouvrir que 1000 jours avant d'arrêter l'aventure. Le boulanger est enthousiaste de nous savoir parisiens et nous montre une photo qu'il a prise quand il a visité Paris, il y a quelques années. On repart avec du pain qui a l'air tout à fait bon, des pains au chocolat à l'orange et un roll à la cannelle dont Daniel me pique fourbeusement (et malencontreusement) le coeur.

En se baladant dans Hida-Furukawa, on commence à apprendre nos deux premières lignes de Katakanas, le système syllabique qui permet de transcrire les mots étrangers. Notre logique est la suivante : autant apprendre à lire des mots qui feront sens pour nous que de savoir déchiffrer un alphabet qui nous donnera un mot en japonais, mot dont on ne connaît pas le sens!

Malgré ses 25 000 habitants, Furukawa ressemble à un village de maisons basses traditionnelles, tout au moins son centre. Dans ses petits canaux, des carpes obèses tentent paresseusement de gober les morceaux de pains vendus aux promeneurs par une association de la ville. Par un hasard du calendrier, aujourd'hui est justement le jour où certains des chars processionnaires de la ville sont déplacés d'un de leur lieu de stockage à l'autre. C'est bon enfant, un peu bordélique et assez impressionnant, car les chars ne peuvent avancer qu'en ligne droite. Pour les faire tourner, des roues libres sont descendues au cric, puis remontées après la manoeuvre. Le tout dans des rues étroites et bordées de caniveaux profonds.


Hida Furukawa est aussi connue pour ses charpentiers. Des maîtres qui ont poussé l'art de l'assemblage jusqu'à sa perfection et ont ainsi obtenu des charpentes d'une grande beauté, sans aucun clou, et dont les parties susceptibles d'usure sont facilement remplacées, tout en maintenant des jointures quasi invisibles. Le Takumikan craft museum qui leur est dédié est passionnant, alternant assemblages à manipuler, pour comprendre comment ils s'emboîtent, et pièces de collection telles que des scies très larges pour couper le plus plat possible, des dévidoirs à cordeaux sculptés, des panoplies de gouges et de ciseaux... Le malicieux gardien du musée, qui ne parle pas un mot d'anglais, s'amuse à nous faire essayer les différents assemblages et, comme nous y arrivons assez vite, fini par nous présenter une croix tout ce qu'il y a de plus fermement assemblée. Impossible de la faire bouger, de quelque façon que ce soit. Ça ne bascule pas, ça ne se tourne pas... Mystère résolu quand il l'attrape et la secoue de droite à gauche à plat, ce qui libère les petits tenons qui la tenaient solidaire!


On prend ensuite le train pour Takayama et, après une pause déjeuner dans un charmant petit restaurant de moins de 20 places tenu par un couple de petits vieux tout aussi charmant, on se rapproche du coeur de ville où a lieu le fameux festival d'automne de Takayama, le Hachiman Matsuri, qui rend grâce à la divinité qui protège la partie Nord de la ville. En chemin, avec les deux lignes de syllabes apprises le matin, on commence à déchiffrer quelques mots empruntés à l'anglais. Le long de la rivière, des deux côtés d'un pont gardé par un immense Tori (les portes shinto) en béton, des dizaines de minuscules stands de nourriture se sont installés. La foule est compacte.


Dans la rue perpendiculaire, qui se dirige vers le Sakurayama, on aperçoit les chars de festival, à l'arrêt, en train d'être préparés pour la parade de nuit. Chacun est entouré d'une nuée de servants qui portent les couleurs de leur quartier (chaque quartier est responsable d'un char et se le transmet de génération en génération) et se retrouve bientôt paré de rangées de lanternes en papier garnies de bougies. Oui, ce sont des chars en bois et laque, incroyablement précieux, tellement que s'il y a une goutte de pluie, la procession est annulée, mais ils vont cahoter et tourner dans les rues, de nuit, bardés de flammes dans des petites cages en papier.


Plus haut sur la colline, le sanctuaire Sakurayama Hachimangu est l'objet de la ferveur des habitants.



Si la nuit tombe tôt, il reste encore quelques heures avant la parade de nuit, temps que nous mettons à profit pour nous balader au dessus du temple, dans les petites rues avoisinantes, et pour commencer un tour des temples shintos de la ville. Les quelques uns que nous voyons sont magnifiques, tout en bois avec des toits en ardoise aux formes recourbées... Il faudra absolument qu'on revienne se faire l'intégralité du parcours des temples la prochaine fois qu'on vient visiter Tatsu et Mika! Mais pour l'instant, vite vite, la nuit tombe!  Nous essayons d'aller trouver un emplacement pour voir la parade nocturne.

Les endroits à voir à Takayama. Il y a de quoi faire!
En violet les rues aux maisons traditionnelles, en rouge le parcours de balade à pied. Et partout des temples et des sanctuaires

C'est finalement devant un magasin de souvenirs dans une des vieilles rues de la ville que nous nous posons. Nous n'avons pas réussi à comprendre le parcours exact du défilé, mais il y a tellement de gens sur les bords de la rue, et tellement de japonais... sûrement, eux savent ce qu'il en est. Sûrement. On réussit à se faire un tout petit coin et à s'asseoir, un peu trop devant le présentoir du magasin pour ne pas avoir l'impression qu'on l'embête, mais suffisamment sur le côté pour ne pas se faire rabrouer par la propriétaire. Encore plus d'une heure avant le début de la procession. Nous sortons liseuse et guide pour passer le temps.

Enfin on entend des roulements de tambours dans une rue adjacente. Ça dure des plombes et on a bien envie d'aller voir, mais on a un spot en or et la foule de badauds s'est largement densifiée... On reste donc là, à ronger notre frein. D'abord, un flot de participants passe entre les deux cordons de spectateurs, après avoir manifestement effectué une danse du lion. Et puis finalement, au bout de la rue, un premier char s'avance.

C'est un spectacle complètement fou de voir ces 11 chars hauts de 5- 6 mètres, surchargés d'or, de dorures et d'étoffes colorées, juchés sur des roues d'1m50 de diamètre et tractés par les représentants mâles de la communauté, à l'aide de larges cordes en fibre.
Les femmes et les enfants sont, eux, perchés en haut de la structure, qui vibre tout ce qu'elle peut, à souffler tous ensemble dans des flûtes, dans une parfaite cacophonie. J'ai beau savoir que la gamme de notes japonaise est différente, et qu'elle peut sembler fausse à nos oreilles occidentales, je reste persuadée que là, on est dans le bruit, pas dans la mélodie.

Les chars sont tous différents et magnifiques, surmontés par des structures en forme de petits temples aux frontons ornés comme des figures de proue. Plus d'une fois, on frémit en voyant les manoeuvres pour tourner dans la rue où nous sommes, et à un moment, la foule entière retient son souffle lorsqu'un des chars semble bien proche de s'effondrer en avant avec femmes et enfants. Nous sommes trop loin pour bien voir, mais il finit par se stabiliser, sous les clameurs, et reprend sa route.


mon char préféré, qui arbore une magnifique tenture au dragon
Sur le chemin du retour vers la gare, on attrape et se partage un énorme okonomiyaki (sorte de crêpe au chou, porc et nouilles dans le cas de celle-ci) dans une des baraques prises d'assaut par la foule. De ce côté-ci du festival, la population me rappelle par certains côtés les fêtes de village du Tarn, où les jeunes, soigneusement lookés, gravitent les uns autour des autres en bandes majoritairement non mixtes, en se regardant du coin de l'oeil. On mange avec des baguettes et nos doigts, blottis l'un contre l'autre sur une bordure en béton du pont qui ramène vers la gare. Le temps s'est refroidi mais il n'est pas encore temps de prendre le train pour rentrer à Furukawa, où nous devons rencontrer Sam, un ami américain de Mika et Tatsu qui fait un master de sociologie urbaine à Tokyo, sa soeur et son beau-frère, venus en visite.

vendredi 18 novembre 2016

L'arrivée chez Tatsu et Mika

Le samedi 8 Octobre

Bons, nos sacs, même allégés par le dépôt chez Yuko, sont trop lourds, et le Shinkansen qu'on avait prévu de prendre pour Nagoya est plein! Les vacances japonaises commencent sous un ciel gris, à l'intérieur et à l'extérieur. On se console en allant prendre un petit déjeuner dans un café occidentalisant qui participe au Tokyo Taste Festival, un festival de cuisine avec des petits stands qui présentent des spécialités régionales et de nombreux food trucks réinventant chacun un classique de la cuisine du monde. Petit tour bruineux aux alentours du palais impérial puis on se pose au sec sur une jolie esplanade végétalisée.
C'est la fatigue.


On attrape finalement notre train et un premier bento qu'on se partage, surprenament bon pour de la nourriture de gare. Varié, goûtu... on reprendra. Le trajet de Nagoya à Furukawa est assez joli, parsemé de collines et vallées, mais moi qui espérais de la campagne et des maisons traditionnelles comme dans les mangas, je suis un peu déçue. A la gare, Mika nous accueille très chaleureusement et, après une escale express à la maison où nous découvrons son mari Tatsu, déposons nos affaires et prenons une douche express, ils nous embarquent en ville pour aller au restaurant. J'ai envie de mourir de fatigue mais ils sont tellement contents de sortir avec nous que je souris vaillamment. On prend le bus, une première aussi pour eux, mais qui leur permettra de célébrer dignement notre arrivée sans avoir à conduire au retour.
Le restaurant est dans la petite ville d'à côté, Takayama. 90000 habitants tout de même, mais ça ne les fait pas.

L'objectif de nos hôtes, trouver un restaurant sans nom, auquel ils sont déjà allés et qu'ils veulent nous faire découvrir car le cuistot y prépare des repas à la tête du client, en fonction de la faim qu'on lui indique avoir! Plutôt excitant comme perspective. Malheureusement, le cuisiner est malade et à placardé en travers des portes de son restaurant un grand message manuscrit expliquant qu'il est profondément confus mais qu'il est trop fainéant pour venir travailler en étant aussi malade et qu'il espère que ses clients voudront bien revenir le voir quand il sera rétabli. Le tout sur le ton de la plaisanterie. En tout cas ça fait beaucoup rire Mika et Tatsu.

On se rabat sur un plan B, une minuscule Isakaya constituée d'un comptoir avec 4 ou 5 places et d'une petite pièce avec tatami et table centrale pouvant accueillir 4 personnes qui est encore libre. C'est donc là qu'on s'installe et on se laisse guider par Tatsu et Mika pour la commande, du saké chaud et plein de petits plats incroyablement bons.
Défilent sur la table : des champignons shiitake entiers, simplement poêlés, des tempuras légères et goûteuses, une demie aubergine au miso et aux copeaux de bonite, un excellent tofu frit, des petits poivrons verts cuits entiers et du calamar cru accompagné d'un oeuf cru et d'oeufs de poissons. Bon, de ce dernier plat, je laisse rapidement ma part, car la texture du calamar cru, vraiment, je ne peux pas. Ça fait "crounch" quand on mord dedans, puis ça devient de plus en plus mou, tendance gluant, sans pour autant être assez fractionné pour pouvoir être avalé. Ceux qui connaissent le réflexe de ma glotte quand j'ai un morceau de gras dans le bouche comprendront mon malheur. Pour les autres... disons que ça ne se fait pas de recracher un aliment à table, encore moins au restaurant et définitivement pas au Japon!
Le cuisinier, avec lequel nous communiquons par l'intermédiaire d'un petit rideau qui donne directement sur ses fourneaux, est un petit vieux monsieur incroyable, qu'on dirait tout droit sorti d'un livre de contes ou d'un scénario de jeux de rôles. Quand il apprend que nous sommes français, il met en marche son vieux radio-cassette, et nous joue "Ce soir je serais la plus belle pour aller danser" lorsque nous quittons son restaurant.

Tatsu nous mène ensuite à travers la ville vers quelques anciennes rues magnifiques, puis, après un nouveau verre qui augmente d'autant le taux d'alcool ambiant, nous terminons dans un petit food market de nuit où nous partageons des ramens, la nourriture de fin de soirée qui permet d'éponger. A la télévision, un Intervilles local où des japonaises en combinaisons couvrantes de la couleur de leur équipe tentent de monter un escalier recouvert d'une sorte de gel qui le rend extremement glissant.
Pour rentrer à Furukawa nous prenons le Yopparai-bassu (le bus des gens bourrés, selon le surnom que lui donne Tastu et Mika), puis un taxi jusque chez eux, et nous effondrons dans notre lit.

jeudi 17 novembre 2016

De shanghai à Tokyo, côté japonais

Le vol se passe sans encombre, mais aussi sans intérêt. J'essaye vaguement de dormir, Daniel regarde Le roi singe, un animé autour d'un personnage célèbre de la littérature chinoise classique.

Comme sur le trajet Paris-Shanghai, les plateaux repas qu'on a commandé (végétarien et végétalien) sont bons et équilibrés. Un bon point pour Air China! En plus de la deuxième valise en soute par personne qui nous a permis d'embarquer 80 kilos de bagages.

Alors qu'on arrive sur Tokyo, le Japon est recouvert d'un tapis uniforme de nuages, qui ne laisse rien voir du paysage, à part... le haut du Mont Fuji!

Vision magique au coucher de soleil et alors que s'allument les premières étoiles.
Sisi, le petit point noir, à l'extrémité du jaune, c'est Fuji-san!
 Le temps d'un petit détour aux toilettes en arrivant (ma première rencontre avec un washlet, que je n'ai pas osé tester), le reste de l'avion a déjà passé l'immigration quand on arrive. Heu, on est tombés dans un trou temporel? Pas du tout, mais la suite des évenements va nous donner notre explication. En moins de 5 minutes, je suis dument visée, photographiée et vérifiée des empreintes digitales. Tandis que Daniel attend l'impression de sa résident card, je me dirige vers le tapis à bagages, pour attendre qu'ils arrivent. Une jeune femme me prend mes tickets bagages et me dirige immédiatement vers nos valises, déjà sorties et empilées dans un coin. Le temps d'aller chercher un chariot et de les empiler dessus et Daniel a lui aussi passé l'immigration. On se retrouve donc à entrer dans le hall des arrivées moins de 15minutes après notre prise en charge! Je n'ai jamais vu ça.

Je vais échanger mon reçu contre mon JR pass, précieux sésame (à 500€ tout de même) qui me permettra de voyager sur toutes les lignes JR ou presque sans frais supplémentaires durant les trois semaines de nos vacances, et auquel j'ai droit en tant que visiteuse court terme. Daniel en a profité pour reperer et imprimer à une borne tout exprès le trajet idéal pour nous rendre en ville, et nous descendons les escaliers mécaniques avec notre chariot à bagage, parce qu'ils ont été conçus pour. Dans le Skyliner qui nous emmène au coeur de Tokyo, on se fait virer des places où nous nous étions posés et prenons ainsi contact pour la première fois avec les places réservées qui existent dans tous les trains grande vitesse, même si, comme celui-ci, ils ont l'air d'un metro. Ok, plutôt impressionnant comme premier contact avec l'efficacité et l'ergonomie nippones!

En revanche, le changement de métro à Shibuya est un enfer. Il est 19h, on est en pleine rush hour et il y a 4 escaliers de suite à descendre, sans l'ombre d'un escalator ou ascenceur! J'ai mon gros sac à dos, mon petit sur le ventre et ma valise à roulettes à la main, Daniel pareil, près de 85 kilos de bagages à nous deux avec nos petits sacs... Je prend toute la place, j'ai hyper mal à la main, je trébuche sur ma valise et manque me gameler, entrainée par son poids... SU-PER. Quelle idée à la con aussi de prendre tant de bagages! Je m'arrêterais bien là, en haut de la dernière volée de marche (et encore, heureusement, on ne les monte pas) mais ça ne fera pas beaucoup avancer le shmilblick. Alors je continue de pester à l'intérieur (et pas que !) et je descends en serrant les dents.

Premiere occurence de ce qui nous fera souvent rire :
l'amour des japonais pour les marques utilisant des mots français, même complètement à côté de la plaque. Ici, on ne vous vend pas une lessive mais des produits pour le corps!
A notre arrivée à Gakugei-daigaku, nous sommes attendus par Yuko, une amie artiste de Mika (une japonaise que Myriam, la soeur de Daniel, a rencontré il y a plus de 15 ans, qui connait aussi Daniel depuis tout ce temps, et qui a tout fait pour nous faciliter l'arrivée). Nous lui confions nos valises pour les trois semaines à venir, plus tout ce dont nous n'avons pas besoin (ou en tout cas une bonne partie). Vu la petitesse de son chez elle, on est tout désolés de l'encombrer avec nos affaires, mais elle a l'air tellement ravi de nous aider qu'on déculpabilise vite!

Et c'est repartiiii. Nous avons décidé de quitter Tokyo dès demain pour aller passer quelques jours chez Mika, ce qui nous permet d'aborder le japon par ses petites villes, et des japonais qui parlent anglais. Du coup, Daniel nous a dégoté un airbnb low cost tout près de la gare de laquelle nous partirons demain matin, et de Tsukiji, le mythique marché au poisson de Tokyo! Avant d'aller nous régaler de sushis, nous passons donc déposer nos bagages dans ce qui est, comme indiqué dans l'annonce, ni plus ni moins qu'un open space de bureaux transformés en chambres doubles, avec des cloisons en contreplaqué montant à 2m, pour un plafond à 2m50, et des lits formés d'un maigre futon sur un cadre en bois. Mais c'est vraiment donné, les douches sont propres, les serviettes sont fournies... (l'adresse, au cas où https://www.airbnb.fr/rooms/9932675).
Je vais avoir tout de même tellement de mal à dormir entre la dureté de la planche sur laquelle je suis couchée et la lumière omniprésente dans l'open space, bien que tamisée, que j'aurais recours à un somnifère.

Mais avant ça, nous allons diner, à 23h, dans un restaurant de sushis ouvert 24h/24, aux abords de Tsukiji. Les morceaux de poisson sont énormes et incroyablement frais, on se régale et on se dit, pour la première fois mais certainement pas la dernière, qu'il sera bien difficile de re-manger japonais à notre retour en France.

mardi 15 novembre 2016

De Shanghai à Tokyo - jusqu'à l'aéroport.

Au lieu de courir partout et de trimballer nos bagages à la Cité des sciences de Shanghai, on a décidé de finir tranquillement de récupérer du jetlag et d'aller directement à l'aéroport après notre réveil tardif, pour prendre l'avion de 13h45.
Alors que nous nous apprêtons tranquillement à partir, la femme de Peter essaye de nous expliquer quelque chose. Le peu qu'on comprend parle de "problem", "police station", "registration", "regulation"... Elle finit par appeler une amie qui parle un tout petit peu d'anglais, mais la conversation ne fait pas plus de sens. Mince, est-ce qu'il fallait qu'on fasse quelque chose? Daniel se rapelle que sur les petites vignettes qu'on a finit par nous donner à l'arrivée, il est indiqué que les touristes doivent s'enregistrer auprès d'un poste de police dans les 48h après leur arrivée sur le territoire. Fluteuh zuteuh!! Est-ce qu'on va avoir des ennuis???
C'est raté pour le départ sans stress en tout cas, mais on profite quand même du Maglev qui, sur ces horaires là, fait une pointe à 430km/h! Dans les virages, et même sur ligne droite, l'un des côtés du train se trouve parfois très nettement au dessus de l'autre, ce qui donne l'impression d'un virage sur l'aile tout à fait vertigineux quand effectué au sol.

A l'arrivée à l'aéroport on récupère nos bagages auprès d'un bagagiste revêche qui répond "Chinese money!" à Daniel qui essaye de lui demander si on peut payer en autres devises vu qu'il nous reste à peine assez, puis on se dirige vers l'enregistrement, et surtout le passage de frontière, qu'on aborde avec appréhension. Alors..? Passera? Passera pas? Vu le niveau d'anglais ambiant et l'absence de signe de politesse qui puisse faire sens pour nous, on est moyennement rassurés de l'éventualité d'un contrôle un peu poussé, de devoir répondre à des questions ou justifier quoi que ce soit.

Et on passe. Comme des fleurs. Pfiiiooouuu. Une fois en zone internationale, je me délecte de l'impression d'être une fugitive en cavale qui a atteint la sécurité, pendant que Daniel tente désespérément de transformer nos derniers 18 yuans (2,5€) en café.

lundi 14 novembre 2016

Shanghai - 3e jour

Suite à un quiproquo sur le thème "On va où? - Ben je sais pas, je te suis. - Ah ben non, c'est moi qui te suis!" Daniel et moi nous retrouvons à sauter dans un taxi, en essayant de garder l'équilibre des boissons à emporter que nous venons juste d'acheter. Direction le musée des affiches de propagande, en tout cas on espère, car notre taxi ne parle que chinois, nous pas du tout, et l'adresse sur le routard est évidemment en français. Une portion de route sur l'autoroute aérienne nous donne l'impression de voler entre les buildings.
Incroyable mais vrai, nous arrivons à destination et le gardien du pâté de maison nous tend immédiatement une carte indiquant l'emplacement du musée, au sous-sol d'une grande tour sans aucune autre indication que celles de ce panneau indicateur géant qui guette les touristes. Une pause le temps d'éclaircir le malentendu qui nous a jetés ici, sans avoir attrapé de petit déjeuner, avec des boissons brûlantes pleines à ras bord, on se marre un bon coup et on finit nos thé et café avant de descendre au musée.

Cette petite collection privée est fantastique et vaut définitivement le détour, y compris au risque de s'ébouillanter. Des centaines d'affiches de propagande réalisées entre 1949 et 1979, et sauvées de la destruction, retrace la haine des américains, l'exaltation de la patrie et des travailleurs et le culte voué à Mao, présenté comme l'héritier de Marx et Lénine, mais voyant plus loin et plus clair que ses prédécesseurs. Des explications en anglais et en français introduisent bien les différentes grandes époques et donnent des points de comparaison entre la vérité fantasmée des affiches et la réalité de la situation. Si les photos sont interdites, on décide d'acheter le catalogue de l'exposition, complètement nécessaire.
Une affiche en particulier nous cloue sur place, par son gigantisme et la puissance qu'elle renferme.


On s'empresse ensuite de trouver un endroit où déjeuner, parce que c'est pas tout ça, mais on a sauté le petit déjeuner avec ce quiproquo! Encore une fois, on se régale, et on devient meilleurs sur les quantités : de la crêpe frite au boeuf et aux épinards, d'énormes radis frits au poireau, de la racine de lotus marinée. Ça a un goût de châtaigne assez agréable mais nous ne sommes pas fâchés d'être surs que c'est végétal parce que la pulpe gluante qui remplit les trous de la racine est tout sauf ragoûtante.

On prend ensuite le métro vers le Nord, exprès pour aller voir le Bouddha de Jade. Comme à chaque entrée on achète une carte, valable pour un trajet simple ou pour la journée, qui sera avalée par la machine à la fin de son utilisation, et réinitialisée pour les prochains clients. Plutôt plus malin que nos tickets jetables. A chaque entrée de métro, les sacs sont passés au scanner par un duo de personnels de police. Est-ce qu'il y a une menace particulière? Dans le métro même des pubs vidéos sont projetées sur les murs des tunnels par la rame elle-même, maintenant ainsi le message lumineux en face des passagers. Dans les wagons, des écrans vidéos passent en boucle des conseils de maquillage délirants, allant de "se recouvrir de maquillage blanc en formant des triangles sous les yeux, sur le front, sur le menton etc pour s'éclaircir la peau" à "votre meilleur allié pour un lifting rapide? le scotch! Regardez ce pli disgracieux au niveau de votre mâchoire, si on le scotche en arrière coooommme ça, et qu'on repoudre par dessus, Magie! Il a disparu!"...

Le temple est encore une fois une enclave de tradition au milieu du gigantisme moderne environnant. Partout dans la ville, des ensembles de mega-tours toutes semblables, plus d'une demi-douzaine à chaque fois, crèvent le ciel.


Le complexe du temple, immense, est partiellement en travaux de construction. Certaines parties, flambant neuves ou déjà datées, ont des airs de bureaux ou de réfectoire de cantine. Le temple est en activité et héberge une communauté de moines boudhistes zen, que nous entendrons psalmodier dans une des cours. Étonnamment certaines modification d'agencement sont tellement fraîches que notre guide 2016/2017 est complètement à côté de la plaque sur les emplacements des deux attractions majeures du lieu : le bouddha de jade et le bouddha couché. Ayant laissé à Daniel la lecture du guide, je m'attend à voir un bouddha de Jade vert et reste un peu interdite devant la statue blanche laiteuse de 2m qui me toise de tout son calme. La pièce en elle-même est impressionnante, avec ses murs recouverts de bibliothèques aux panneaux fermés renfermant plus de 5 milles livres sacrés.

La cour intérieure du bâtiment du Bouddha de Jade (blanc, donc)
Un des autres bâtiments adjacent, fabuleux de polychromie et d'or, présente un grand bouddha d'or devant un mur de déités toutes plus colorées et grimaçantes les unes que les autres. Une fois encore, et comme souvent, on se dit qu'on aimerait en savoir plus sur le boudhisme.




Dans la cour adjacente où psalmodient les moines, des fidèles viennent allumer des fagots d'encens gros comme le poignet, essayent de les souffler pour ne garder que la lente combustion qui relargue de la fumée, puis s'inclinent trois fois dans les 4 directions avant de chercher à planter les bâtons dans le grand brasero central. Nombreux sont ceux qui grimacent ou ont des difficultés à étouffer les flammes, et se font peur avec, étonnant. Peut-être ne pratiquent-ils pas régulièrement?

De nouveau métro, de nouveau scan des sacs, pour rejoindre le quartier juif de Shanghai. Le long de la synagogue, un mur immense liste les noms des... vivants. De ceux qui ont été accueillis par la chine et ont ainsi échappé au sort de leurs familles d'occident. Lors de la seconde guerre mondiale, près de 30 000 réfugiés se sont installés dans et autour de ce quartier, alors surnommé La petite Vienne. La muséographie, moderne et très bien faite, ainsi que notre jeune guide anglophone et enthousiaste, insistent largement sur le rôle majeur de la Chine et de Shanghai en particulier. A croire qu'ils ont presque évité la Shoah...

De nouveau le métro, en direction de Pudong, la ville nouvelle, et de ses gigantesques tours pour une vue nocturne de Shanghai. En bons touristes, on a nos chaussures de rando, nos sacs à dos, et on vise un des restaurants avec vue les plus chics de la ville :D La marche d'approche est en soit un évènement, tant les tours sont hautes et impressionnantes : de droite à gauche, 420,5m de haut pour la Jinmao, 492m pour celle du Shanghai World Financial Center, notre destination, et pas moins de 632m pour la Shanghai Tower.


La montée des tours est payante, mais celle du milieu, affectueusement surnommée le décapsuleur à cause du trou qui permet de diminuer la pression des vents, à le mérite d'avoir au 91e un restaurant-bar où nous pourrons au moins avoir une consommation pour le prix excessif de la montée en ascenseur (180 yuan, soit environ 24€). Lumière tamisée, musique jazzy et cocktails inventifs, l'apéritif est très agréable. Et même si on se trouve relégués au bar car nous n'avons pas réservé de table, la vue sur le Bund et la ville qui s'étend derrière est proprement époustouflante et vertigineuse. Le départ d'une famille nous permet même d'aller prendre une photo par la fenêtre.

Ce soir, la perle est rouge
Changement drastique d'ambiance pour le repas, puisque nous retournons sur nos pas pour visiter l'un des plus grand food mall du coin, où on dînera de brioches shanghaiennes et soupes aux raviolis wontons pour 29 yuan à deux, moins de 4€.

Pour profiter de notre dernière soirée, on rentre en longeant les quais de Pudong, agréablement aménagés en promenade arborée, où des personnes bien mises attendent sous la pluie, près d'un panneau qui affiche les tarifs d'achats d'appartements. Les agents immobiliers les plus étranges que nous n'ayons jamais vu.
Nous décidons de prendre le ferry pour traverser la Huangpu, comme des centaines d'autres personnes qui se retrouvent parquées avec nous entre les portiques d'entrée et les grilles d'accès. Le trafic est intense sur la rivière, les porte-containers et les péniches glissent comme des ombres, tandis que les ferrys de croisière et les bateaux d'agrément dégoulinent de lumières. Alors que le bateau approche, on sent le mouvement se préparer et dès que les grilles s'ouvrent, les gens se ruent pour avoir les meilleures places dans le ferry. On essaye d'accompagner le mouvement sans se faire embarquer dans la course et, notre taille aidant, on aura finalement une très chouette vue sur la skyline qui s'éloigne, et sur un bâtiment qui rayonne de couleurs mouvantes complètement psychédéliques. Un dernier regard au Bund et à la Skyline, et on reprend le métro pour rentrer dans notre chambre pour la dernière nuit.

dimanche 13 novembre 2016

Shanghai - 2e jour.

Les brioches shanghaiennes, des "raviolis" remplis d'une farce savoureuse et très juteuse, comptent parmi mes grandes joies de ce séjour. C'était notre déjeuner d'hier et ce sera également notre petit déjeuner d'aujourd'hui, après un réveil aux aurores :10h du matin (donc 4h dans mon corps), l'heure à laquelle une annonce au mégaphone indique aux voisins qu'ils ont le droit de commencer à faire du bruit.
Nous avons encore commandé bien trop à manger, même si on se rapproche de quantités raisonnables. Autour de nous, les autres clients engloutissent d'énormes portions et on aperçoit les cuisiniers par une fenêtre donnant sur la cuisine. La vitesse à laquelle ils ferment les bouchées par tous ces petits plis compliqués laisse songeur et me renvoie avec humilité à l'unique leçon de pliage de raviolis chinois que j'ai prise, à Paris, chez une cuisinière absolument adorable que je vous recommande au passage si vous voulez prendre des cours.


L'armada de mobylettes garées devant le restaurant est aussi l'occasion de confirmer ce que nous avons commencé à pressentir hier. Toutes, aussi pourries soient-elles, sont électriques! Pas un pot d'échappement sur la rangée de mob' bricolées et de scooters tenants avec du chatterton. Dans le métro, nous avons aussi vu des publicités incitant les habitants à prendre les transports et à laisser leur voiture polluante à la maison. Du coup, contrairement à ce que je craignais pour la Chine, l'air ne donne pas l'impression d'une grande pollution et surtout, c'est incroyablement silencieux! Ceux qui sont allés en Inde ou à Kathmandou ont encore dans les oreilles ce que c'est que de se déplacer dans une ville encombrée de scooters. Ici, pas une pétarade, quasi pas de klaxons, mêmes les voitures et bus circulants sont silencieux, certains électriques également. On dirait que le gouvernement a mis un grand coup en direction du tout électrique, et ça se sent!

Une des entrées de Tianzifang
 Notre première étape du matin est au Sud de notre logement, dans l'ancienne concessions française (et ses incontournables platanes). Le quartier de Tianzifang, autour de la rue Taikang Lu, fourmille de ruelles pleines de cafés, petites boutiques arty et galeries diverses. On y découvre aussi des barbes à papa géantes et des cônes de glaces avec des ajouts complètement dingues (bonbons en gélatine, marshmallows, carrés de chocolat... tout ce qu'il est possible et imaginable de coller sur un cornet). Ça a des petits airs de Carnaby street ou de ce marché incroyable où nous étions allés avec les parents lors de notre premier jour à New Delhi (papa si tu lis, n'hésite pas à redonner le nom dans les commentaires!). C'est adorable, blindé de monde (locaux et touristes), ultra branchouille et, comme nos valises sont de toutes façon déjà pleines, on ne reste que le temps de jeter un coup d'oeil circulaire mais ça vaut définitivement le détour.

En remontant vers la vieille ville chinoise, on s'arrête à la résidence de Zhou Enlai, un des plus anciens camarades de Mao Zedong et aussi le premier "Premier" de la république populaire de Chine. Si l'homme a vécu à peine un an dans cette résidence, entre 1946 et 1947, la demeure a ensuite servi de siège pour le parti communiste chinois et est conservée dans le formol, pour l'édification des citoyens et des visiteurs. Sombre et très sobre, elle donne l'image d'un homme très simple, qui a vécu avec sa famille dans une petite chambre monacale, les autres servants de dortoir et de chambres d'accueil pour différents membres du parti. On touche ici du doigt la volonté de ne pas tomber dans l'excès et le faste de régimes politiques considérés comme corrompu, jusqu'à tomber dans l'extrême inverse.

Plus loin, on effleure Xiantiandi. Ce quartier, dont le nom signifie "Nouveau Monde", a ceci d'intéressant qu'il est le symbole de la mutation économique chinoise, d'une société qui s'enrichit et prospère, et a décidé de le montrer. Mais pour nous qui sommes encore un peu brumeux et tendus du voyage, le côté m'as-tu-vu et bourgeois nous fait fuir immédiatement. Nous nous enfonçons plutôt dans les petites rues délabrés des abords de la vieille ville, à la recherche d'un marché au grillon vanté par notre routard, mais que nous ne trouvons pas.


Une fois passée la porte monumentale de Fangbang Lu, l'atmosphère et les bâtiments changent instantanément. Sur fond de bâtiments traditionnels (en tout cas comme on les imagine), une foule compacte se dirige vers le coeur du quartier, le marché aux puces de Fuyou et le fabuleux jardin Yu.
Golden week ou affluence ordinaire, on ne saura pas le dire. Une fois encore, une nombre impressionnants de policiers, munis de mégaphones, de sifflets et de bâtons lumineux, cornaque les visiteurs à l'approche du pont aux 9 zigzags qui permet l'accès au jardin. Sa forme extravagante vient de la croyance que celle-ci empêche les mauvais esprits de traverser car ils ne marchent qu'en ligne droite, pratique une fois qu'on le sait!



Depuis le premier étage du très chic salon de thé situé sur une petite île au milieu du pont, nous avons une vue imprenable sur les centaines de têtes brunes qui défilent en dessous de nous, mais aussi les petits jets d'eau, les coqs, lapins et fleurs en plastiques qui décorent les îlots artificiels de part et d'autre du pont. Boiseries, thé ciselé en forme de fleurs dans une théière transparente, petits amuse-bouche surprenants, l'ambiance serait parfaite si les mégaphones et sifflets ne nous arrivaient pas plein pot, à peine atténués par la hauteur. On écourte donc la pause, d'autant que le thé s'infuse très vite et devient amer, et on se dirige nous aussi vers le jardin.



La foule est à peine moins dense à l'intérieur du jardin, qui donne à la fois l'impression d'être minuscule mais aussi tellement enroulé sur lui-même qu'il créé quantités de petits espaces différents et fascinants. Ici un ginko vieux de plus de 400 ans, là, là et là, et encore là, des pavillons de toutes formes et tailles, pour admirer un grand mur rocheux, d'énormes carpes dans une mare enjambée par un petit pont, la lune, un grand rocher de Jade... Jardin de contemplation, c'est un monde en miniature. Les murs d'enceinte qui séparent ces sections, blancs, portent comme tuiles faîtières les corps de dragons, qui ondulent sur des mètres et dont on croise parfois la tête, ici ou là. L'effet est saisissant mais l'affluence rend la balade moins méditative qu'elle ne pourrait l'être. Dans une petite cour, un concert de musique classique chinoise et européenne sur porcelaine (flûte, tambour, xylophone et cloches diverses, le tout en porcelaine blanche à motifs bleus) nous retient une petite demi-heure, principalement à nous interroger sur la résistance des matériaux et les problèmes d'accoustiques qui font que nous n'entendons pas la moitié des instruments. A nos oreilles occidentales, les sonorités chinoises sont assez discordantes.


 En sortant du jardin, nous nous faisons entrainer sans trop savoir comment vers le temple du Dieu de la cité. Dans un recoin, une statue du dieu de la littérature est l'objet des attentions des écoliers, coachés par leurs parents, et des étudiants, qui espèrent réussir leurs examens. La foule est ici aussi compacte et toute à ses dévotions. Au centre de l'esplanade, d'immenses braseros diffusent la fumée entêtante des milliers de batons d'encens, achetés et brulés par fagots entiers, puis jetés dans le foyer d'un mouvement sec, pour qu'ils s'y plantent et continuent de s'y consumer.






Au retour dans les petites rues, nous flânons vers le temple de Confucius, qui nous ferme ses portes au nez. Tout ferme à 16 ou 17h, un peu tôt pour nous qui commenceons nos journées tard.
En fouinant dans une papeterie, on finit par dénicher un carnet qui sera notre journal de voyage, auquel Daniel est impatient de s'atteler. Grâce à une prise de notes méticuleuse, c'est lui qui sert maintenant de base à la rédaction du blog! Il est donc immédiatement commencé, dès qu'on se pose dans un grand bar à expat' en forme de loft newyorkais sur 3 étages et terrasse, qui présente une carte tout à fait internationale mais un niveau d'anglais aussi mauvais que tout ce que nous avons croisé jusqu'ici.