mercredi 8 février 2017

Hikone suite

Mardi 25 Octobre

Au réveil, quelques nouvelles de la France nous mettent le nez dans la totale déconnexion du réel de certains de nos hommes politiques (les suites de l'affaire Coppé contre petit pain au chocolat, sous la forme d'un témoignage de médecin outré de cette évaluation fantaisiste du prix de la vie en regard des difficultés de ses patients âgés à se soigner correctement). Avec la mesure qui me caractérise, je fulmine que tout député ou ministre ne devrait pouvoir être élu que s'il a une expérience du vrai coût de la vie et donc du travail, et un casier judiciaire vierge, pour faire bonne mesure. Nous nous jetons donc dans une grande discussion politique qui nous tient jusqu'au repas du midi, que nous prenons dans une sorte de chaîne de resto à la qualité tout à fait acceptable.
 
Aujourd'hui, je voulais aller à Nagahama, une petite ville un peu plus loin sur le lac. Dans ce que j'avais imaginé de notre séjour, on y aurait été à pied en faisant une grande rando sympa sur les bords du lac, ou peut-être en vélo. En vrai, il pleut et ce n'est pas le lac Léman ici, les berges sont loin d'être agréablement arrangées pour la promenade. On prend donc le train. Et nos parapluies/Kways.

L'arrivée à la station nous met directement dans le bain, Nagahama est une ville réputée pour son travail du verre.

C'est aussi, et presque surtout, une petite ville très mignonne, avec de nombreuses boutiques d'artisanat, principalement autour du matériau transparent mais pas que. Petits cafés sympas et boutiques de design tendance écolo-hipster, voisinent avec de belles vieilles maisons en bois abritant des restaurants que nous n'avons pas encore la capacité de découvrir. On s'y balade à l'abri de nos parapluies et de nos impers, de petites rues en galeries couvertes, à la découverte des produits locaux et à la recherche d'un café à moins de 500 yens.



Vous la voyez, la pluie?
On finit par échouer dans un des quelques salons de thé qui n'est pas blindé et qui propose des desserts un peu attirants, mais qui sont surtout bien photographiés. Le café est cher, mais en set avec un dessert, il paraît d'un prix acceptable à notre caféphile.

En face de nous, un groupe d'une vingtaine de personnes, dont la moitié guide l'autre, aveugle. Au bout d'une petite dizaine de minutes, nous les voyons s'arrêter de nouveau devant le magasin, échanger lunettes, cannes et rôles, et repartir dans l'exploration du trottoir. Simples curieux, parents de personnes atteintes de déficiences visuelles ou personnel spécialisé, nous n'en saurons pas plus, mais trouvons l'initiative drôlement intéressante.

Un magasin de douceurs attire mon attention et j'insiste pour qu'on y achète quelques confiseries, qui se révéleront, comme immanquablement, être à base de pâte de haricot rouge, de pâte de riz gluant et de châtaigne...

Puisque nous sommes au bord du lac, on décide d'aller voir s'il est plus sympa vu d'ici, et croisons un joli temple sur le chemin.




Et en effet, d'ici, c'est un peu joli. Après avoir traversé un petit parc de pins tout entretissés d'immenses toiles d'araignées habitées, nous arrivons sur une sorte de plage.


Il y avait une araignée dans cette lanterne ><


On continue la promenade en faisant un petit tour vers le ponton qu'on aperçoit au loin, longeant un bord de lac tout à fait aménagé mais vérolé d'immeubles moches et de grands hôtels. En revanche, le lac est magnifique.


Le ciel bas, les couleurs grises, les reliefs et la luminosité, cet endroit a de faux airs d'Islande.
Aux abords de la petite marina, un vieux monsieur, caché derrière une haie, donne à manger à des chats. J'attrape son image au vol alors que, son invisible mission accomplie, il ajuste son sac à son épaule et reprend sa route.

Retour à Hikone en fin d'après-midi, la plupart des restaurants sont toujours fermés. On finit, encouragés par notre expérience de la veille, par choisir un restaurant un peu chic, et donc un peu cher. Nous y sommes accueillis très chaleureusement et installés dans un compartiment privé à parois coulissantes, que nous avons vite fait d'encombrer du monceau de nos vêtements, grâce à l'action combiné du gradient de température entre l'intérieur et l'extérieur et de la stratégie de l'oignon.

La cuisine est bonne, sans être aussi incroyable que la veille, mais on y découvre un nouveau condiment, le yukari! Mélange de sel et d'une herbe sèche et pourpre à la puissante saveur Umami. Encouragée par nos demandes d'explication, la serveuse arrive à nous faire comprendre que c'est du "aka shiso", du basilic pourpre, et nous ramène une généreuse coupelle de ce que nous apprenons être un furikake, quelque chose qui se saupoudre sur le riz.




Mais le temps fort principal de notre repas reste la fondue qu'a commandée Daniel. 
Notre serveur, après s'être excusé d'entrer dans la pièce, a déposé sur la table un réchaud, un caquelon généreusement rempli de légumes, tofu et champignons, une assiette de tranches de viandes et une petite coupelle contenant de l’œuf battu. S'ensuivent force explications et gestes montrant la viande, le caquelon, le caquelon, l’œuf, le riz, le caquelon... et la fermeture de la porte. Et nous voici donc avec cet œuf battu, dont on ne sait pas quoi faire. Pour se dédouaner, Daniel me demande "tu as bien compris comme moi hein? on met l’œuf dans le caquelon?". Mais, comme je n'ai à proprement parler rien compris, difficile de l'aiguiller. Mais après tout, qu'est ce qu'on peut bien faire de l’œuf, sinon? On attend donc que le contenu du caquelon bouillonne et paf, voilà l’œuf fichu à la flotte. Ça n'a pas un gout impérissable, et surtout on en perd plein sur les parois, mais bon, si c'est traditionnel...
Sauf que le regard que le serveur jette au caquelon quand il rentre débarrasser nous indique clairement qu'on vient de faire une boulette. C'est à peine si on ne l'entend pas penser "abrutis de gaijins" alors qu'il sort avec sa marmite nappée d’œuf bouilli. Oups?

Au retour vers le ryokan, pour rentrer dormir, on immortalise quelques vues typiques du quartier.

Ceci est une poissonnerie. Les CDs doivent être là pour éloigner les oiseaux chipeurs.


Avec notre japonais balbutiant,
on ne peut s'empêcher de se marrer en lisant le nom de ce club...
KI PU

mardi 24 janvier 2017

Premier jour à Hikone

Lundi 24 Octobre

Ce matin, on prend le train vers Hikone, une petite ville au bord du lac Biwa, plus grand lac japonais, à une grosse heure et demie de Kyoto. En fait il s'agit d'une ville de 110 000 habitants quand même, mais comme c'est tout bas, ça a vraiment des airs de village.
Il y a plusieurs stations qui desservent la ville, et on a choisi de prendre un train local, espérant arriver plus près du Ryokan (auberge traditionnelle) qu'on a loué pour les trois nuits qu'on passe ici. C'est très sûrement plus que ce que mérite l'endroit, mais j'en ai assez de courir partout et je nous imagine déjà tranquillement posés au bord du lac, à glandouiller, se balader et buller.

 ...
AHAHAHAH. 
Hem, pardon. 
C'est juste que moi, je sais DÉJÀ que ça ne se passe pas comme ça.

Bon, en tout cas, pour ce qui est du rapprochement géographique d'avec notre futur lit, c'est rapé : le train nous a déposé à une bonne vingtaine de minutes de marche, et les sacs nous paraissent lourds en cette fin de voyage. Heureusement, l'employée de l'office de tourisme situé dans la gare est adorable et, après nous avoir rempli les bras de brochures sur les différentes activités qu'on peut faire dans et autour de sa ville, elle appelle le propriétaire de l'auberge, qui vient nous chercher en voiture cinq minutes plus tard. On a juste eu le temps de faire la connaissance d'Hikonyan, la mascotte de la ville. Un chat, comme son nom l'indique (nyan = miaou). Usant de son plus beau japonais, Daniel discute un peu avec notre chauffeur improvisé, le court temps du trajet. On s'installe rapidement dans notre chambre : grande, pas de vis à vis, sinon avec un mur, tatamis, petite table basse et un excellent thé au riz offert par la maison.

Une petite tasse, et on repart vers le cœur de ville, et son attraction principale : le château! Mais avant toute chose, on déjeune de "runcho seto" (lunch set, menu du midi quoi) dans une sobaya pas mal du tout. C'est varié, coloré et goûtu, joliment servi dans une multitude de petits plats sur un plateau laqué.

Les abords du château et de ses douves jumelles sont organisés comme pour une foule immense, qu'il doit effectivement attirer en saison, mais à cette époque, le lieu est quasi désert. On nous y délivre nos billets, un de ces tampons de monuments dont les japonais sont friands (il y a même des carnets dédiés à leur collection!) et une plaquette très bien illustrée et extraordinairement bien traduite en français, la meilleure que nous avons eu et de loin.  On y apprend que ce château médiéval d'époque est classé comme trésor national en plus d'être patrimoine mondial, on nous indique les différents styles de maçonnerie liées aux réparation, la formidable complexité de la construction du toit...

Le château en lui même, avec ses murs blancs de craie, est effectivement une merveille. Ancien centre militaire, ses étages sont constitués de salles dépouillées en bois sombre, qui présentent des meurtrières rectangulaires ou triangulaires, suivant qu'elles devaient laisser passer fusil ou flêche. On y accède par des escaliers échelles très raides, en métal froid sous les pieds, vu qu'on a, ici aussi, laissé nos chaussures à l'entrée.

Du haut des étages, la vue sur les alentours et le lac Bika qui nous sert d'horizon, est époustouflante.

C'est qui la mascotte? Hein?
Ça monte dru dans les étages, et c'est frooiiidd sous les papattes


Dans l'enceinte délimitée par la deuxième douve, des cours arborées donnent des points de vues alternatifs et magnifiques sur la ville autour et le château en lui-même. Il fait beau, il fait chaud, le soleil se reflète sur les murs blancs, c'est les vacances...







On flâne tranquillement, dans ces cours, puis vers le jardin Genkyu-en, conçu au pied des murailles pour se promener autour d'un grand étang avec vue sur le château et une ancienne résidence secondaire transformée en maison de thé.




Évidemment, la maison de thé ferme (tôt) lorsqu'on y pointe le bout du nez, mais nous avons de toute façon décidé d'aller vers le lac, voir un peu à quoi il ressemble. C'est probablement parce que nous ne cherchons pas au bon endroit, le long de ce lac de 670km2, mais nous trouvons la berge assez peu aménagée. Nulle part de petit restaurant de front de mer avec vue, de cafés avec des tables sur le plage. Quelques buildings moches, au loin. Mais la nature, sauvage, est belle.

Sur le lac, on aperçoit trois îles, dont l'employée de l'office du tourisme nous a vanté les mérites respectifs (nous avons une plaquette sur ça aussi) et des planches à voiles qui profitent largement du temps venteux. Daniel, pourtant connu pour aimer se baigner en toutes circonstances, fait la grimace après avoir touché l'eau. Elle est sacrément froide apparemment!
Toute cette eau!!

Alors que le soleil se couche, la température chute d'un seul coup et il se met à faire très froid. Moi qui cranait avec mon sarouel acheté sous le chaud soleil de Minorque, je suis quasi instantanément frigorifiée par le vent qui, lui, n'a pas faiblit. On se rapproche avec espoir de l'embarcadère pour les îles du lac, où on espère trouver un bus, mais le dernier est déjà parti. On s'abrite néanmoins dans le hall d'attente partiellement couvert et on prend une boisson chaude au distributeur que, pour une fois, on est bien contents de trouver omniprésent. Dès qu'on est un peu réchauffés, on s'engloutit au pas de gymnastique les 45minutes de marche jusqu'à notre ryokan où on sait qu'un bain chaud nous attend.

Dans cette auberge, une seule salle de bain commune est à disposition alternativement des hommes et des femmes, suivant les créneaux horaires. On arrive heureusement pour moi juste avant que ce soit le tour des femmes et je me prélasse un moment dans l'eau chaude, seule car tous les autres clients sont des hommes.

Une fois Daniel lavé et réchauffé également, on part le nez au vent dans les petites rues, à la recherche d'un restaurant. Il y a plein d'endroits qui ont l'air chouette, mais beaucoup sont fermés..? On décide finalement, un peu au pif et après avoir pas mal tourné, d'entrer chez Ueki, une izakaya au menu de laquelle on ne comprend rien, mais qui propose un set qui a l'air appétissant en photo.
C'est donc ce que je commande au patron, adorable, qui nous installe au comptoir réfrigéré où il prépare les poissons.

Daniel, plus aventureux, lance un "o-makase" qui veut dire "je vous fait confiance, comme vous voulez". Glorieuse idée! Si mon set est délicieux et relativement copieux, le chef aligne les plats devant Daniel, les uns après les autres, tous plus délicieux les uns que les autres. Des sashimis extra frais, des sushis, de la viande de bœuf cuite sur plaque chaude (un délice), des pickles, des tempuras, une fondue, du tofu à l'amande...

Ça n'en finit pas d'arriver, tout est délicieux, le chef se délecte de nous voir nous régaler et nous rigolons beaucoup. Et, incroyablement, la facture finale n'est même pas très salée! Peut-être aussi parce que nous nous contentons d'une bière et d'un thé glacé. Le thé chaud, lui, nous est offert au moment du départ. Nous remercions avec effusion, et on va se coucher en rentrant tranquillement par les petites rues, qui ont l'air d'abriter un certain nombre de clubs un peu glauques.

kyoto, fin du séjour


Dimanche 23 Octobre

Bon, le rembourrage de matelas aux vêtements, ça ne marche que moyennement. Rebelote petit déjeuner à tour de rôle dans le pot de snacks salés et on file à pieds vers le Nijo-jo, la résidence officielle à Kyoto du premier shogun Tokugawa, Ieyasu Tokugawa, construire en 1603. A l'abri de son massif rempart et de sa douve, le château est une merveille absolue.


Conçu pour afficher le prestige (et la richesse) du premier shogun, ce château est aussi une proclamation de la fin du pouvoir de l'empereur, celui-ci étant relégué au rôle de chef des traditions (religieuses) et le pouvoir réel étant aux mains du shogun. Les 3300m² du château, presque entièrement construits en cyprès, forment une enfilade de pièces longée par un long couloir. L'intérieur regroupe quantité de salle d'attentes toutes plus magnifiques les unes que les autres, entièrement décorées de peintures murales dorées ornées de tigres et de pins. Ici, l'architecture est tout entière utilisée pour renforcer les rapports sociaux : suivant le rang des visiteurs, ceux-ci étaient reçus plus ou moins loin de la sortie et dans des pièces plus ou moins somptueuses. Les tigres omniprésents rappellent la puissance des Tokugawa et ont comme objectif d'impressionner les visiteurs que la débauche de richesse n'avaient pas déjà tétanisés. Les plafonds, à caissons, sont eux aussi merveilleusement peints et colorés. Évidemment, les photos sont interdites. En voici cependant deux piquées sur le net :

copyright wikimedia commons


Paranoïaque, ou prudent, le shogun avait également laissé apparentes les portes coulissantes par lesquelles les gardes pouvaient entrer à tout moment dans les pièces (alors qu'elles sont plutôt dérobées dans la plupart des autres châteaux) et fait installer un plancher dit "rossignol", qui chante lorsque quelqu'un marche dessus. Ainsi, personne ne pouvait pénétrer discrètement dans le palais et s'immiscer jusque dans les appartements du shogun, beaucoup plus simples, situés à l'arrière du bâtiment. Ici, ni dorures ni tigres, mais des peintures de paysages, à l'encre noire. Des statues de cire représentent le shogun et ses courtisanes, seules autorisées à pénétrer dans les petites pièces de cyprès sombre et de panneaux de papier.

Photo empruntée également, puisqu'on avait pas le droit d'en prendre.
Dans un couloir, une exposition de pâtisseries contemporaines japonaises nous attire l’œil. Sous des vitrines posées sur des socles, sont présentées une dizaine de sucreries, inventées par des confiseurs inspirés par le lieu. Parmi les petites formes gélifiées, on reconnaît surtout beaucoup de pâte d'azuki et châtaignes entières mais on sourit beaucoup à la gentille préposée, enthousiasmée par nos trois mots de japonais.

Séparé par une deuxième ligne de fortification, l'ensemble de bâtiments intérieur ne se visite pas, mais le jardin autour, oui, et il propose de très jolis points de vue sur le complexe et sur la ville en arrière-plan.


Un déjeuner de katsudon vite avalé, et on continue la balade dans les rues de Kyoto. Quelques maisons anciennes, un sanctuaire impromptu et un autre, tout décoré d'étoiles, dédié à un fameux astrologue du milieu de l’époque Heian (794-1185). On fatigue un peu, et le nombre de photos faites s'en ressent.

On est priés de s'arrêter
Et soudain, au bout d'une rue, un Torii annonce un sanctuaire.
Une parenthèse incroyable, au coeur de la ville.
On prend enfin la direction du Daitoku-ji, encore un gigantesque ensemble de temples dont nous ne verrons qu'une infime partie.


Ça commence à Momijiter! (à ce que les feuilles rouges rougissent)
Daniel est fatigué et ça le rend joueur,
et un peu pénible, mais joueur.
Le pavillon du Koto-in, transformé en jardin zen, est une petite merveille apaisante, à l'entrée duquel nous échangeons quelques mots avec un groupe de japonaises un peu âgées, qui s'émerveillent de nos deux mots de vocabulaire et nous apprennent comment dire "bonnes vacances". Tout de mousse et d'arbustes savamment sculptés aux feuilles et aiguilles minuscules, le jardin se contemple d'une veranda ouverte sur l'extérieure.
Une autre groupe de dames, à qui nous proposons de les prendre en photos pour qu'elles puissent toutes être devant l'appareil, nous rendent la politesse, mais avec un succès tout relatif, nous ne gardons pas la photo.
















Encore une fois, les temples ferment tôt et nous n'en aurons vu qu'une toute petite portion. En face du complexe, une boulangerie nous tend les bras. Nous y croiserons une compatriote, tellement prise par les temples qu'elle en a oublié de manger. Pour nous en tout cas, c'est la fin de séjour à Kyoto, et ça se sent. Nous passons dans un supermarché acheter quelques bricoles pour le dîner, froid, du soir, et on rentre dans notre location faire un peu d'administratif.

jeudi 5 janvier 2017

Bain chaud et festival, une soirée qui avait tout pour être réussie

22 Octobre - suite et fin - soirée

Alors qu'on traverse la ville en direction du onsen, on voit les immenses torches, faites d'un tronc sur lequel sont fixés des fagots de petit bois, stockées devant les maisons du village. Les plus riches ont ouvert des panneaux coulissants vers l'extérieur afin d'exposer les trésors familiaux : armures de samouraïs, paravents magnifiquement ornés en papier japonais, arrangements floraux... C'est incroyable de voir tout ça!





En remontant vers le onsen on jette un œil à un petit chemin, parallèle à la seule et unique rue du village, qui longe la rivière et donne une jolie vue sur l'arrière des maisons. Ce chemin longe la rivière vers l'aval du village, en direction de la gare. Ça à l'air d'un détail comme ça mais il prendra tout son sens dans quelques heures. L'autre rive est bordée de micro-potagers, coincés comme ils sont entre la rivière et la colline.


C'est donc parti pour ma première réelle expérience de onsen, de bain chaud en plein air. Après avoir acheté nos tickets, Daniel et moi entrons chacun dans notre côté des bains non mixtes (facile à reconnaître, le Noren pendu au dessus de l'entrée est bleu pour les hommes, roses pour les filles, moi je n'avais pas fait attention et j'ai bien faillit me tromper). J'arrive, au bout d'un court couloir, à une pièce comportant, de gauche à droite : des casiers à pièces, des lavabos et des miroirs, une étagère à panières, l'entrée des bains proprement dits (ou plutôt la sortie, puisque l'encadrement donne directement au grand air), un banc, une entrée vers des toilettes. Et une demi-douzaine de femmes, à divers degrés de nudité selon qu'elles se déshabillent ou se rhabillent.

Bon. Quand faut y aller...
Au moment où j'ouvre mon sac et en sors le savon que j'ai amené, je me rends également compte que j'ai oublié ma serviette dans le sac de Daniel. Argh! Bon, ben je m'essuierais avec mon t-shirt sale, tant pis. Mais, en compagnon prévenant, Daniel, qui s'est également rendu compte de l'oubli, a confié ma serviette à une brave japonaise qui débarque dans la pièce en demandant une "eireen", ma serviette à la main. Je la remercie copieusement, me déshabille, m'enroule comme je peux dans ma précieuse, enfourne mes affaires dans le casier choisi et fixe le bracelet de la clé à mon poignet. Voilààààà on y vaaaaa!

D'abord, il s'agit de bien se laver aux douches communes disposées en rang d'oignon sur la droite du bassin et pudiquement protégées par un écran de bambou. Une fois bien récurée, je vais rapidement me plonger jusqu'au cou dans la vasque dans laquelle trempent déjà une dizaine de femmes de tous âges et origines, évitant soigneusement d'accrocher le regard les unes des autres, à part deux copines japonaises qui papotent et rigolent. L'eau est chaude, juste assez profonde pour être à son aise, le ciel frais au dessus des têtes est un peu gris mais un délicat érable japonais plus précoce que ceux que nous avons vu jusqu'ici éclaire la scène de sa flamboyance. Hmmmm.

Je rejoins Daniel après une demi-heure de trempette, non sans avoir fanfaronné pour rassurer une touriste française et sa fille pré-adolescente, manifestement peu à l'aise avec cette première expérience et ayant du mal à comprendre le mode opératoire. Quelques explications plus tard, et notamment qu'il vaux mieux qu'elles mettent leurs vêtements de rechange dans une panière plutôt que de se galérer à se rhabiller devant leurs casiers, dans les pattes des autres, comme je viens de le faire, je les laisse à leur découverte.

La nuit n'est pas encore tombée mais on commence à chercher un spot où on va pouvoir s'asseoir pour regarder le festival. On demande donc à des touristes perchés sur un bout de trottoir de nous faire une petite place mais à peine 5 minutes plus tard des policiers viennent nous demander de ne pas rester ici. On leur demande où aller et ils nous indiquent une place en face. Où nous nous rendons. Devant les maisons qui ont fabriqué des torches, on voit apparaître des hommes de tous âges et de toutes corpulences portant le costume du festival : des sandales de paille tressée typiques des guerriers, une sorte de demi-jupe de cordes tressées laissant les fesses à l'air et une brassière de tissu à motif coloré qui couvre les deux bras et la nuque mais laisse le torse libre. Sexy sexy!

On se déplace de nouveau pour se mettre pile en face d'un des étendards qui servent de point de ralliement où les différents porteurs de torches s'affrontent au tambour mais, alors que le jour tombe, le nombreux staff policier installe une rubalise et commence à cornaquer les visiteurs pour les faire circuler vers l'amont du village. A un point du parcours, le flot étant en sens unique et la rue étant, elle aussi, unique, les visiteurs sont éjectés sur la droite, par un point d'entrée qu'il nous semble bien reconnaître... Mais oui! C'est par là qu'on a jeté un œil à l'arrière des maisons et constaté que le chemin n'allait que vers l'aval... Vers la gare donc. Donc on est censés se faire éjecter vers la gare, mais, même si la foule à l'air de continuer à circuler, est-ce qu'on pourra même revenir dans la rue principale? On décide de faire nos sales étrangers et on se plante résolument de l'autre côté du ruban, en décidant de ne faire aucun effort pour comprendre les admonestations des policiers. Et puis, pour avoir un meilleur point de vue et éviter de se faire prendre dans un deuxième flot qui partirait de l'amont, on s'éloigne un peu et on se poste devant une autre maison.



La nuit tombe et un porteur de torche passe, annonçant en criant le début des festivités. Les braseros devant chaque maison sont allumés au fur et à mesure de son passage, et bientôt tout le village est illuminé. Des petites torches, allumés par les hommes des familles, sont portées par les enfants, filles et garçons, habillés de leurs plus beaux kimonos, qui se mettent à arpenter la rue en scandant "sa-ye-a-say-YO". Les villageois défilent, se croisent, on voit des pères porter une toute petite torche pour leurs nourrissons porté par la maman, des fratries se relayer pour porter et tout un tas de dynamiques familiales s'illustrent à ce moment sous nos yeux.


Cette partie là dure bien une heure. Et puis viennent les choses sérieuses. Les grandes torches, sont allumées, et le même manège reprend, cette fond avec les cris des hommes, qui portent en famille ou seul, les énormes torches enflammées. Plus d'une fois on voit tomber des braises à quelques centimètres seulement des kimonos des enfants et de la peau nue des hommes. Parmi les porteurs, de nombreux jeunes hommes, certains manifestement moyennement à l'aise dans leur demi-jupette, perpétuent la tradition ancestrale de leur village.

Ici on allume et on porte en famille

 

On se déplace de nouveau, pour se rapprocher d'un lieu d'affrontement au tambour. Tour à tour, les anciens de différentes familles se déchaînent sur le gros tambour traditionnel, accompagné par une jeune femme qui joue d'une sorte de triangle. Chacun choisit et poursuit un rythme intense, jusqu'à ce qu'il trébuche ou n'arrive plus à tenir la cadence qu'il s'est fixé. Après que de nombreux hommes s'y soient essayés, les femmes, simplement habillées de kimonos, prennent également leur tour.


Il commence à se faire tard, on a mal aux pieds, alors on envisage de rentrer, tant pis pour la fin du festival, le regroupement des torches devant le temple et la parade des temples portatifs dans la ville. Mais pour rentrer, il faut s'intégrer au flot de visiteurs, toujours canalisé par la police, qui continue de circuler inlassablement, de l'aval vers l'amont, par le petit pont, et de l'autre côté de la rivière. Sauf que le flot à grossit. Sans mentir, il doit y avoir là des dizaines de milliers de personnes. Qui avancent en piétinant, agglutinées les unes aux autres, sur un petit chemin de terre, le long d'une rivière, de nuit, avec un éclairage au mieux insuffisant, voir carrément absent par moment.

Heureusement, nous sommes au Japon, le pays où "shikata ga nai" ("On ne peut rien y changer"), et la foule, qui serait survoltée d'énervement dans d'autres pays, prend tranquillement son mal en patience, avance quand elle peut avancer et attend quand elle doit attendre (pas moins de 45minutes sans bouger, et sans une explication). Familles avec des petits, personnes âgées, touristes divers et variés, policiers hurlant des choses incompréhensibles dans des mégaphones, nous côtoyons tout ce petit monde pendant plus de deux heures, le temps d'arriver à rejoindre le bout de la grande rue où, avant d'être houspillés vers la gare, nous entrapercevons la foule de porteurs de torches, massés devant les marches du temple. Il doit être minuit...




Trop sonnés de notre marche dans le noir au pas de l'escargot pour protester, on se laisse diriger vers la gare, où on fait de nouveau la queue entre des barrières, pour accéder au train de deux wagons qui essaye d'évacuer tout ce monde vers Tokyo. A une pauvre assistante anglophone, qui aborde les touristes pour leur demander leur opinion sur le festival, nous disons tout le mal que nous pensons de l'organisation, et surtout de l'absence totale d'information en anglais, du début à la fin du parcours. Heureusement, on trouve relativement vite une place dans un train et, parce que nous avons laissé passer quelques personnes pressées de prendre le précédent, nous sommes dans les premiers pour celui qui arrive et nous jetons sur des places assises. Désolée pour les personnes plus âgées que nous qui viennent ensuite s'entasser contre nous, mais j'ai mal aux pattes et je ne bougerais pas!

De Kibune à Kurama

Samedi 22 Octobre

Bon. On a mal dormi hein... sans surprise. Pour ce soir, on décide de rembourrer les matelas de futons avec tous les vêtements qu'on peut, histoire de donner un peu de moelleux. Quelle idée aussi d'avoir des matelas si fins à même le sol!

Et puis à la guerre comme à la guerre, ce matin c'est petit dèj'-bol de céréales à tour de rôle dans le contenant des snacks salés qu'on a gardé après l'apéritif d'hier avec la cuillère du couteau militaire de Daniel. Le tout mal assis par terre devant la table basse. Confort maximal. Youhou.



Pour aujourd'hui, le plan est d'aller se balader dans le vallée de Kibune, voisine de celle de Kurama, de faire la grimpette entre les deux villages, d'aller se baigner dans la source chaude de Kurama puis d'assister au festival. Exciting!!!

Un papillon de nuit
leurré par le distributeur de boissons
Le trajet d'une demi-heure en train, dans la montagnette au nord de Kyoto, est plutôt joli, même si le temps est gris. A l'arrivée à Kibune, on snobe le bus et, faisant fi de nos courbatures de la descente de Miyajima, on remonte la seule et unique rue vers le centre-village.

Affamés, on s'arrête dans le premier restaurant qu'on voit, en amont du village, quasi vide mais manifestement conçu pour des hordes de touristes puisqu'il a de quoi asseoir une grosse centaine de personnes. On dépose nos chaussures dans des casiers en bois fermés par un loquet actionné par une grosse planchette et on va se poser près de la baie vitrée qui donne sur la rivière. Le cadre est chouette, le restaurant joli, le personnel sympathique, mais la nourriture sans grand intérêt. Ma fondue végétarienne notamment n'a aucun goût, si ce n'est celui des légumes cuits à l'eau.


Le petit village de Kibune, coincé entre la colline et la rivière, qui s'allonge le long de son unique route, est vraiment mignon et doit être adorable et rafraîchissant en été, lorsque les restaurants disposent des plates-formes directement au dessus de la rivière pour faire profiter leurs clients de sa fraîcheur.

Le joli temple shinto placé à mi-hauteur du village est dédié à la divinité de l'eau.
On y retrouve, comme souvent, des statues de chevaux du meilleur goût, qui rappellent ce temps pas si lointain où les offrandes majeures prenaient la forme de canassons, tradition qu'il a fallut arrêter faute de place dans l'enceinte des temples pour stocker les animaux. Ces statues font souvent l'objet d'offrandes et de confessions des péchés, leurs grandes oreilles les rendant aptes à écouter.

En ce passage des saisons, les tablettes votives qui sont vendues ici, en forme de feuilles d'érables, changent elles aussi de couleur. De vertes, disponibles jusqu'ici, elles sont maintenant vendues dans un ton rouge violacé qui précède et accompagne l'arrivée des Koyo (les feuilles d'automne). Des jeunes filles en kimono coloré se font tirer la bonne fortune en tirant au sort des petits papiers qui paraissent entièrement vierges mais dont le texte se révèle lorsqu'ils sont plongés dans l'eau sacrée qui glougloute le long du temple.





Comme la journée est déjà bien entamée et qu'il n'est pas recommandé de faire la petite randonnée qui sépare Kibune de Kurama à la nuit tombante (vu la densité de feuillage, il fait déjà assez sombre), on entame le chemin en mode commando. Au final, on va faire la route en 1h30 au lieu des 3h prévues par le guide. Ça grimpe sec d'abord et, après à peine un plateau, ça redescend tout aussi sec. En chemin, on croise une théorie de minuscules sanctuaires et éléments sacrés, mais rien qui nous touche particulièrement, à part vers la fin du trajet, en arrivant à Kurama.





On arrive enfin à Kurama en traversant son temple majeur, le Kurama dera, devant lequel sont exposés les sanctuaires portatifs qui seront portés en défilé durant le festival de ce soir. Celui-ci est  une fête du feu, où les habitants mâles de Kurama, vêtus d'un costume traditionnel minimaliste, trimballent dans toute la rue principale de la ville d'immenses torches qu'ils ont passé plus d'un mois à construire, en scandant ce qui ressemble à des cris guerriers et en s'affrontant dans des battles de tambours traditionnels quand plusieurs groupes se croisent à certains points précis. On a hyper hâte!