mardi 20 juin 2017

Déménagement - part 1 - l'organisation

La semaine du 20 Septembre

Évidemment, on s'y est pris au dernier moment.
A notre décharge, on a su qu'il y a très peu de temps qu'on avait l'appart, on n'a signé que le 17 (cf On a signé!), et on ne savait pas avant où est-ce qu'on pouvait stocker les meubles entre le premier lot à récupérer et notre entrée dans l'appart le 25.

J'ai fait faire, avec l'aide précieuse de Zacharie, 2 ou 3 devis, préparé les itinéraires, mis au point avec Daniel des tableaux excel qui regroupent toutes les informations nécessaires (heure de récupération, item, prix, adresse exacte, numéro de téléphone de la personne à contacter vu qu'on va se perdre dans le système d'adresse, distance jusqu'au prochain point), refait 50 fois les calculs pour faire rentrer ça dans la plage horaire de location... C'est pas difficile, je ne fais plus que ça. Ça, et aller chercher des objets et des meubles (cf La chasse aux meubles).

Évidemment, certaines personnes changent leur plan au dernier moment, voir annulent complètement, et il faut que je refasse tout l'itinéraire pour essayer de l'optimiser, et donc le planning qui va avec. Argh. Je ne dors pas beaucoup, refaisant dans ma tête les calculs pour tenir compte des impératifs horaires des uns, de l'éventuelle circulation... Jusqu'ici, je trouvais que déménager n'était pas si terrible que certains le disent parfois. Ça, c'était avant de devoir récupérer des objets dans une douzaine de lieux différents.

Petit aperçu du trajet...

jeudi 15 juin 2017

On a signé!!

Jeudi 17 Novembre

On a signé notre contrat de location! Ça y est.
Vous me direz, ça fait 7 mois. Mais il faut que je vous raconte!

Pour la signature, Kakei-san, notre super agent immobilier, nous a donné rendez-vous dans un café, juste à côté de la gare proche de chez nous, Gakugei-daigaku. A 8h du soir.
Non seulement il s'occupe de tout pour nous (contracter l'eau, le gaz, l’électricité, nous trouvez des liens de fournisseurs d'accès à internet, proposer de nous aider à louer un van pour le déménagement, et même de le conduire... [cf La chasse aux meubles] et même nous inviter à un dîner avec des amis à lui, qui seront nos futurs voisins!) mais en plus il se déplace pour qu'on puisse signer le contrat. Cet homme est une perle.

Dans les jours précédents, j'ai d'ailleurs fait une boulette diplomatique. Les joies des différences culturelles et d'échanger dans une langue qui n'est notre langue maternelle ni à l'un ni à l'autre.
Comme je l'avais décrit dans le post La chasse aux meubles, vu que certains des meubles que nous avions repérés doivent être récupérés d'ici ce dimanche, j'avais demandé, au cas où, s'il était possible de les stocker dans l'appartement, avant même la date de notre emménagement officiel. Malgré l'outrance de la demande, Kakei l'avait tout de même relayée au propriétaire, qui avait évidemment répondu non. Lorsqu'il m'avait fait le retour, j'avais essayé de le remercier et de lui dire que de toute façon, ce n'était qu'un essai, que je n'étais pas très à l'aise avec cette demande et que nous allions nous débrouiller pour les stocker ailleurs (aka, dans notre AirBnB actuel ou au labo de Daniel, option pour laquelle je militais, au grand dam de ce dernier). Kakei s'était alors excusé platement de sa question indiscrète, ayant mal compris le sens de ma remarque sur le fait d'être mal à l'aise ><

Mais l'incompréhension a peut-être eu du bon, car Kakei a redemandé à l'agent immobilier du propriétaire s'il c'était une option possible, et nous devions avoir la réponse aujourd'hui. Et c'est un OUI! Comme quoi, même avec des japonais extrêmement protocolaire, faire sa grosse étrangère sans gêne peut payer!

En vrai, je pense qu'ils ont été tellement soufflés par le sans-gêne absolu de la question qu'ils n'ont même pas osé discuter. M'en fout, on s'épargne un déménagement sur trois!

Le 17 au soir, nous nous retrouvons donc dans cet espèce de café qui ressemble à un diner américain (café lavasse et serviettes en papier imperméable compris) avec un collègue plus âgé de Kakei, qui est le seul habilité à nous lire le contrat. Enrhumé, Kakei porte un masque, ce qui assourdi sensiblement sa traduction. On se concentre, on essaye de comprendre les clauses en petits caractères... Pas facile quand on ne peut même pas les lire.

Enfin, de toute façon il n'y a pas grand chose à redire, alors Daniel sort son Inkan, son tampon encreur gravé à son nom ("Sucheto") et signe avec, là où on lui indique, accompagné des deux autres protagonistes.
Moi? J'ai autant de valeur légale qu'une plante verte dans cette histoire.

Victoire!

mercredi 14 juin 2017

Kamakura - pour la première fois

13 Novembre

Ce jour-là, sur les conseils de Zacharie, nous sommes allés pour la première fois à ce qui est devenu au fil des mois notre "Osusume", notre spécialité : Kamakura!

Au réveil, on saute dans un train, puis dans un tram qui longe la côte ("la mer!!!! regarde!!!") et nous voici, une grosse heure plus tard, à Hase, 50 kilomètres au Sud de chez nous (et Sud- Sud-Ouest de Tokyo).


Après quelques hésitations, on se dirige en premier vers la plage, toute proche, pour aller toucher l'océan Pacifique, pour la première fois pour Daniel, qui ne résiste pas à y mettre les pieds. La journée est belle, l'eau froide, et des dizaines de véliplanchistes et de pagayeurs ont pris d'assaut la mer.



 Le bord de mer est très peu aménagé mais, en retournant vers la ville, on attrape un café et un sandwich, avant de se diriger vers le Hase Dera, l'un des nombreux temples du coin. Car Kamakura a été la capitale du Japon de 1185 à 1333 et, si la ville parait petite (avec cette incroyable impression de village que donnent ici les villes de plus quelques centaines de milliers d'habitants) elle est d'une incroyable richesse en temples. Nous n'en avons encore effleuré que la surface.

Le Hase Dera, donc. Avec son magnifique jardin sur plusieurs niveaux, ses milliers de minuscules statues de Jizo, protecteur des voyageurs et enfants morts avant terme, sa grotte, sa terrasse avec vue sur la ville et ses nombreux pavillons, le temple est un enchantement. Il abrite aussi la plus haute statue en bois du Japon, un Kannon au 11 visages daté du 8e siècle, qui se serait échouée sur le rivage de Kamakura après avoir été mise à l'eau à des centaines de kilomètres de là.




Direction ensuite le grand Bouddha.
Je suis super impatiente de le voir, et je ne serais pas déçue. On entre d'abord par un petit portail, on suit un chemin de pierres plates, on contourne un bosquet et là, BADABOUM.


Et d'autant plus BADABOUM que nous tombons, par le plus grand des hasards, en plein Matsuri (festival). Celui-ci vient avec des démonstrations de différents arts japonais, dont les grands tambours traditionnels! Une batucada locale!




Après s'être promis de revenir, il est temps de se rapprocher de Kamakura même et de se diriger vers la prochaine étape de notre visite, un grand temple boudhiste Zen nommé le Kencho-ji.

Les 45minutes de trajet, un peu trop banales pour être plaisantes, sont tout de même égayées par la rencontre d'une petite japonaise férue de langues, qui nous aborde en nous demandant si nous voulons laver de l'argent. Heu? plait-il? Nous n'avons pas d'argent sale! Après moult explications en français, anglais et japonais, on finit par comprendre qu'il y a pas loin d'ici, un temple dont la source est censée donner la richesse, si on y lave son argent.

Notre accompagnatrice, qui apprend l'espagnol, parle quelques mots de français et envisage un voyage eu Europe durant l'été, nous laisse à l'entrée de ce qui ressemble au centre-ville, et nous nous faufilons, dans une foule qui se densifie, étranglée par les rues commercantes bordées d'échoppes de souvenirs, vers le grand sanctuaire Shinto Hachimanjingu. Mais la foule est tellement dense qu'on décide de ne pas passer sous les Tori et de contourner le temple par la gauche. Bien nous prend car un petit escalier peu emprunté nous permet d'aller jeter un œil dans l'enceinte du temple, qui est décidément trop encombré pour nous.

Encore de la marche (les prochaines fois seront mieux organisées) et nous arrivons presque par surprise devant le Kencho-ji, le grand temple Zen, un complexe immense, et très peu rénové, ce qui ne fait qu'ajouter à son charme. Magnifique Bouddha de bois dans un temple aux splendides panneaux de bois ajourés, bodhisattva squelettique d'avoir trop médité, plafond orné d'un dragon volant, immenses vases, les différents pavillons sont époustouflants, mais presque moins que les cèdres multicentenaires qui se convulsent sur le parvis.



Suivant toujours les conseils de Zac, nous nous enfonçons dans le complexe, jusqu'à rejoindre une sorte de chemin de randonnée, pavé pour le moment, qui s'enfonce, tout fleuri, entre deux langues de collines. Au loin, des marches.

On n'est jamais vraiment sortis du temple, et nous voilà en train d'entrer dans un sanctuaire
Une courte grimpette, et on arrive sur un premier palier duquel se dresse un mur de rocaille défendu par des Tengus, des êtres folklorique, belliqueux et farceurs, un peu comme nos gobelins, qui sont les esprits protecteurs, bien qu'un peu dangereux, des montagnes et des forêts. Ça reste à l'heure actuelle un de mes moments préférés de cette formidable balade, que nous affinons à mesure de nos visites.


Mais j'anticipe.
De là haut, on aperçoit aussi le Fuji, dans les nuages, et, de l'autre coté, le complexe du temple, la ville, et puis la mer.

Sisi, je vous jure qu'on voit le Fuji, en tout cas sa silhouette!
 

Le chemin de randonné se poursuit ensuite en chemin de crête, sur une étroite langue de forêt, et nous nous émerveillons de nous sentir tellement en pleine nature alors que la ville est juste là, derrière ce rideau d'arbre.

A la redescente, on a l'impression d’atterrir dans un charmant petit village, la banlieue de Kamakura, verdoyante et calme. On suit la voie ferrée et on jette un oeil à un autre ensemble de temples qui a l'air magnifique, le Engaku-ji, mais dont on se fait rapidement évacuer. C'est l'heure de la fermeture.

Cette première visite à Kamakura, entre longueurs et émerveillements, va nous donner envie d'y retourner régulièrement, jusqu'à converger vers un programme bien rôdé, que nous proposons à ceux qui nous visitent. Je reposterais du coup des photos correspondants aux diverses excursions!

mardi 6 juin 2017

Une rencontre ratée - comment tirer partie des opportunités - le cauchemar américain

Mercredi 9 Novembre

Aujourd'hui, je suis censée rencontré Asako.
Asako est japonaise mais vit en France, avec son mari français. Elle travaille pour le gouvernement japonais, pour le ministère de l'agriculture, et elle est venue visiter la ferme de Florent et Sylvie, les maraîchers qui m'ont formée au tout début, pour voir comment fonctionnait le système d'installation des jeunes agriculteurs en France. Florent lui avait parlé de moi, et elle avait accepté de me rencontrer pendant un voyage qu'elle devait justement faire au Japon début Novembre.

Avant mon départ, en septembre, nous avions bien discuté au téléphone, elle était très enthousiasmée par mon projet. Elle m'avait proposé plein de plans et j'en étais sortie surexcitée par la perspective d'aller visiter des fermes avec elle et qu'elle me donne un tas de renseignements et d'adresses.

Au milieu de nos vacances japonaises (mi-octobre) je lui avais envoyé un email pour que nous discutions un peu plus avant des modalités, mais, après 10jours, j'avais réalisé que je m'étais trompée dans l'adresse et qu'elle ne l'avait donc jamais reçu. Au final, lorsque j'avais enfin réussi à la joindre, il était trop tard pour envisager quoi que ce soit comme visite et elle m'avait simplement indiqué UN créneau de disponible pour que nous nous rencontrions, aujourd'hui, entre 9h et 11h.

Ensuite, plus aucune nouvelle, jusqu'à ce qu'elle me réponde hier soir pour m'indiquer que finalement elle ne sera libre que de 10h45 à 11h20, à l'autre bout de Tokyo (plus d'1h de transport). Déçue, j'ai décidé d'y aller quand même, dans l'espoir qu'elle aurait des adresses à me recommander.

10h40 - Arrivée donc à Nippori, où je n'arrive pas à la trouver et finit par l'appeler, malgré mon absence de numéro japonais. Je la retrouve enfin et elle m'annonce qu'elle est avec deux de ses meilleures amies japonaises, ses anciennes collocs. Bon, autant pour la discussion si je comprend bien. Effectivement, je comprend bien. Elle part en effet dans moins d'1h visiter un coin du japon où elle veut discuter avec le maire, n'a absolument aucune adresse spécialisée en plantes à me proposer, m'oriente vers une ferme qui produit des kiwis, et me dit que je peux soit rester là à visiter le quartier, qui est très sympa, avec ses amies, soit venir avec elle, au débotté, pour aller discuter avec les paysans du coin et filer un coup de main. Sans parler la langue. En pantalon de ville. Sans qu'elle puisse faire l'intermédiaire.

Déçue, j'opte donc plutôt pour la visite du quartier, et bien m'en prend. Adorables, ses amies, Mae et Ikuko essayent fort de me faire la conversation et nous nous baladons dans une chouette rue commerçante où nous nous extasions sur du thé et des tasses, partageons des croquettes de légumes et des nouilles de konjac toutes fraîches faites devant nous, discutons différences culturelles (en mauvais anglais entrecoupé de mots de japonais, grâce à mon application de traduction)... Takuma, le mari d'Ikuko nous retrouve en cours de route et ils proposent que nous allions manger. Nous nous retrouvons donc tous les quatre dans une petite gargote, à manger des gyozas et des ramens, et malgré mes protestations, ils m'invitent.

Après le repas, Ikuko et son mari invitent Mae à continuer l'après-midi chez eux et je n'arrive pas complètement à saisir si je suis conviée. Je sais que les japonais n'invitent d'ordinaire pas des étrangers dans leur maison, et qu'ils sont très polis, mais malgré l'attention dont j'ai fait preuve, impossible (encore à l'heure actuelle), de déterminer si je suis la bienvenue ou si je dérange. Je propose une fois ou deux de rebrousser chemin, mais, bien que visiblement un peu mal à l'aise, ils s'empressent de me dire qu'il n'y a pas de soucis. En chemin, je m'arrête dans une petite boutique où j'achète des florentins devant lesquels ils s'étaient extasiés, prétextant un cadeau à faire.

Me voilà donc assise sur une de ces chaises japonaises, sans pieds, dans leur tout petit appartement (une pièce cuisine/salle à manger/salon, une chambre dont la porte est fermée, une toute petite salle de bain, toilettes, le tout en rez-de-chaussée). Ikuko prépare du thé vert, j'offre les florentins que nous partageons en 4 parts égales et minuscules. Mae me montre un peu les mangas qu'elle dessine (très très fifille, avec de grandes jeunes femmes aux yeux immenses et aux oreilles de chat). On discute un tout petit peu politique avec Takuma car j'apprends par le journal posé sur la table basse qu'il y a des manifestations au Japon contre le traité Trans-pacifique (l'équivalent pour eux du traité transatlantique en négociation entre l'Europe et les états-unis). Takuma évoque l'élection américaine, qui se déroule aujourd'hui, et parle de la victoire de Trump, sans paraître s'en émouvoir. Je pousse les hauts cris en disant que mais non, ça n'arrivera pas, ils ne peuvent pas être si cons.

Je prend rapidement congé après le thé, ravie de ce coup d’œil dans le quotidien japonais mais ne voulant pas pas les déranger plus longtemps, et décline leur proposition de me ramener à la gare. Avec mon pocket wifi, je vais trouver mon chemin. Je le branche donc, et les notifications whatsapp commencent à affluer. Nous sommes le 9 Novembre. Il est 15h, heure de Tokyo, minuit passé le 8 Novembre aux États-Unis. J'ai laissé mon portable de côté depuis ce matin et si, avec le décalage horaire, les résultats ne sont pas encore tombés (ils ne seront validés que le 9 au matin, heure de la côte Est), toutes les prévisions sont au rouge. Je n'avais pas compris que ce n'était pas une prédiction que faisait Takuma, mais une constatation. J'ai la nausée. On échange des messages effarés avec Daniel, ma sœur, quelques copains américains. Quel cauchemar.

dimanche 4 juin 2017

Ouverture d'un compte en banque

Mardi 8 Novembre

On se retrouve après le travail de Daniel pour ouvrir notre compte en banque. Ou plutôt, son compte en banque, les comptes joints n'existant pas au Japon et moi, n'ayant pas encore de visa de résidence, ne pouvant pas en ouvrir un à mon nom.

Sur les conseils de Jean-François, on a choisit la banque Shinsei qui est manifestement habituée à traiter avec des expats puisqu'on pourra faire nos opérations en anglais et en ligne. Seul justificatif demandé, la Zairyu Cardo, la carte de résident étranger que Daniel a obtenue à son arrivée sur le territoire grâce à son visa de travail. Au verso, il a fait enregistrer l'adresse de notre logement à Gakugei-daigaku, en se rendant dans l'équivalent de la mairie de quartier du coin.

Notre conseillère parle d'ailleurs anglais, avec un petit tic rigolo qui fait qu'elle ponctue ses phrases de "sohohooo" qui ressemblent fort aux "etooo" utilisés en japonais pour prendre le temps de réfléchir à la suite de ce qu'on va raconter.

Le processus est marrant et un peu différent de ce à quoi nous sommes habitués:
- en tant qu'étranger, nous n'avons pas le droit à une carte de paiement, mais à une simple carte de retrait. La contrepartie, c'est qu'après nous avoir fait choisir parmi un nuancier de couleurs moches, l'impression de la carte est lancée sur place et qu'on peut repartir tout de suite avec.
- nous avons le droit à un virement gratuit par mois, les suivants sont payants.
- notre identité bancaire ne ressemble pas du tout à celle de nos comptes français. Pas de chiffres, mais notre nom, le nom de la banque, tout ça dans un ordre bien précis. Tellement précis que la première fois que nous essayeront de faire le virement pour notre futur loyer, il nous faudra nous y reprendre à trois fois pour avoir enfin le bon ordre.

Arrivés peu avant la fermeture, nous sommes les derniers clients à sortir de l'agence, alors que la nuit est déjà tombée. On quitte Nipponbashi, le quartier des affaires, qui n'est pas très intéressant, pour se balader du côté de Ginza, connu pour être un des quartiers de shopping les plus luxueux de la planète.

Larges avenues, immenses buildings tout illuminés, vitrines ruisselantes de lumière, le coin est effectivement flamboyant.

Modernité canapé confrontée par un Tori, en plein cœur des grattes-ciels

On a de l'argent, mais on ne se paye quand même pas une relecture :D
Mais bon, ça fait tout de même chic de causer French
Vous reprendrez bien un nom de magasin français?

 

On ère un peu à la recherche de quelque chose à manger, une question toujours un peu délicate, surtout pour moi, avant d'échouer tout près de la gare de Ginza, dans un restaurant chinois pas mal du tout. Puis retour à Gakugei-daigaku.

mercredi 24 mai 2017

La chasse aux meubles

6 au 19 Novembre
Maintenant que notre demande de location a été acceptée, et alors que Daniel continue sa conquête des fondamentaux du photovoltaïque, je me dédie entièrement à la chasse aux meubles. Car ici, comme vous avez pu le constater sur les photos des appartements, on loue non meublé.

C'est donc l'occasion de fastidieuses heures passées sur facebook, craigslist et autres SayonaraSale.com (les ventes de déménagements d'expats), à la recherche de meubles de seconde main qui puissent nous plaire, soient en bon état général, mais pas trop cher vu que nous ne restons qu'un an. Je regarde des centaines d'annonces, envoie des dizaines de mails, certains sans réponse, d'autres avec des réponses négatives, quelqu'un aura été plus rapide que moi. Quelques uns atteignent leur cible.

Un jeu d'équilibre un peu stressant entre être la première à sauter sur une annonce intéressante et angoisser d'avoir peut-être promis à quelqu'un d'acheter son frigo alors qu'un autre bien moins cher et tout aussi bien peut apparaître à n'importe quel moment dans les annonces! Les différences de prix pouvant se compter en dizaines de milliers de Yen (100aines d'euros), l'enjeu est réel.

Un petit échantillon de mes recherches...
C'est aussi l'occasion de récupérer à bas prix tout les petites choses essentielles à un quotidien, même quand on tient à se contenter de peu, qu'il faudra bien acheter de toute façon : poêles, planches à découper, couverts et vaisselle, saladiers, plats, ciseaux, balayette, poubelle, éponges, torchons, pinces à linge, lampes de chevet, radiateur soufflant, oreillers, coussins, dérouleur à sopalin, tupperware, tire-bouchon... la liste n'en finit plus de s'allonger et laisse songeur quant à la sobriété du dit quotidien.

Mais avec l'envie de nous faire un nid confortable, je me laisse aussi parfois embarquer à acheter des choses dont nous n'aurions pas forcément besoin. Ou d'autres que j'ai toujours voulu essayer et que je trouve pour la première fois à des prix abordables car vendus par des expatriés pressés de s'en débarrasser.

Par exemple, ces deux objets :

Un moulin à grain manuel
pour faire ses farines soi même, qui coûte 145€ à l'achat en France et que j'ai récupéré ici pour moins de 35€.
La molette se tourne pour ajuster l'écart entre les deux mâchoires de la meule de pierre et donc la finesse de mouture!
J'ai hâte de l'essayer, d'autant que s'y reconnaître en farine, ici, est un peu un challenge...

Une friteuse sans huile
Depuis le temps que j'en rêve!
En fait il s'agit plutôt d'une friteuse sans TROP d'huile, puisqu'il faut tout de même ajouter une cuillère ou deux d'huiles pour couvrir ce qu'on cherche à faire frire, et ensuite un flux d'air chaud se charge de cuire tout ça de façon homogène. Au final, des fritures moins grasses, et donc plus saines.
Ça aussi, j'ai hâte de l'utiliser, et, si jamais je n'en suis pas satisfaite, vu que 8 autres personnes étaient prêtes à l'acheter, je ne devrais pas avoir de mal à la revendre :D
Le précédent propriétaire la vend moitié prix d'une neuve (donc environ 70€), après l'avoir utilisée 2 ou 3 fois.

Une partie des meubles nécessitants d'être vus en avance, voir payés pour être réservés, et les petits objets étant à venir chercher chez leurs propriétaires asap, c'est aussi l'occasion pour moi d'arpenter la ville dans tous les sens, en transports à l'aller, afin d'arriver à l'heure à mes rendez-vous, mais souvent à pied au retour. Cet arpentage me permet de connecter les points entre eux, et aussi de découvrir des lieux insoupçonnés, ou de me retrouver complètement par hasard en pleine flamboyance des arbres d'automne sous la pluie, au milieu de Yoyogi parc, qui se trouvait être sur mon chemin.


Je découvre ainsi les différents quartiers de la ville, du plus modeste au plus cossu, apercevant au passage des morceaux de l'intimité de ces gens qui vivent là, dans un petit deux pièces sombre et humide, ou dans un loft immense avec 3m sous plafond et un salon plus grand que notre futur appartement.

Lors d'une de mes missions de récupération, je sympathise avec une de ces futures déménagées, Susan, Taïwanaise qui a une semaine pour replier l'appart qu'elle et son mari louaient à Tokyo depuis 1 an, car celui-ci est tombé gravement malade. Empêtrée dans son délai très court et ses meubles quasi neufs qu'elle ne veut pas brader, elle est prête à me laisser plein de petits objets pour trois fois rien, puisque si elle n'arrive pas à s'en débarrasser, il faudra qu'elle paye pour qu'une compagnie de déménagement vienne les prendre. Poêle, mixer, pinces à linges et planche à découper, je remplis mon sac à dos.

En fin de cette première période de chasse, nous avons donc réservé : un four, un lit et son matelas, un canapé-lit pour les amis, une table, mais pas de chaises, un frigo.

L'étape suivante, qui est en fait concomitante, c'est le déménagement effectif de ces meubles. Chacun des vendeurs ayant ses contraintes de temps, réussir à récupérer nos futurs meubles dans un rayon d'action acceptable et en fonction de nos propres contraintes tient un peu de la résolution de la quadrature du cercle.

Notre lit et notre table par exemple, doivent être récupérés au plus tard le 20. Sauf que nous n’emménageons que le 26 dans notre nouvel appart! puisque nous avons négocié un début le plus tard possible pour que le double loyer avec notre logement actuel soit le moins long possible. En bonne française sans gêne, j'ai demandé à notre agent immobilier si il était imaginable de déposer certains meubles avant le début de notre contrat. Et à Daniel s'il pouvait trouver un moyen de les stocker pour une semaine à son laboratoire. L'une et l'autre demandes sont affreusement gênantes, surtout pour eux, mais je me sens comme une maman ourse préparant une tanière pour l'hiver, alors gare à ceux qui se mettent sur mon chemin!

C'est une période un peu difficile pour moi. Ayant du mal à réaliser que je peux aussi me balader avec mon wifi portable et aller me poser dans d'autres coins de la ville pour faire mes recherches, je reste coincée à l'appart. Or, celui-ci réussit le miracle d'être à la fois trop sombre en journée, et trop clair le matin, puisqu'il n'y a pour tout rideau que des voilages et que le drap noir qu'on a pendu pour essayer de bloquer le jour n'est que moyennement convaincant dans son rôle. La déprime guette un peu.

Le déplacement des meubles eux-mêmes tient également du challenge. Si réussir à obtenir un devis d'une agence de déménagement n'est pas trop difficile (la plupart ont un service en anglais, voir en français, habitués qu'ils sont des expatriés), trouver les prix de location de van, pour comparaison, est beaucoup plus difficile. Ici on se fait tout livrer, de la maison entière à sa valise en revenant d'un long voyage. Du camion au caddie à roulettes, les services de livraison sont partout, sillonnant la ville pour livrer tout et n'importe quoi aux habitants.

Bref, c'est la galouze, malgré l'aide de Zacharie, le collègue de Daniel. D'autant que si sa copine est d'accord pour conduire, vu qu'elle est la seule à même de le faire ici (nous n'avons pas encore fait traduire nos permis), elle n'est pas là le weekend du 20...

Mais c'était sans compter sur l'intervention de Super Kakei, notre super agent immobilier qui, après avoir proposé son aide pour bouger les meubles, nous indique que si on préfère la solution location de camion, il est disponible pour conduire, ayant l'experience de la livraison de poissons aux Etats-Unis (??!) et peut même faire le booking pour nous! Alleluiaaaa! Cet homme est un miracle et notre installation au Japon n'aurait jamais été la même sans lui.

jeudi 11 mai 2017

Une journée bien remplie, ou A la découverte d'Akasuka

Samedi 5 Novembre toujours.

Après une matinée où on a trouvé l'appart de nos rêves, nous avons décidé d'aller explorer l'un des quartiers anciens majeurs de Tokyo, cœur de la ville basse : Asakusa, organisé autour du temple le plus célèbre de la ville, le Senso-ji.

Les alentours de la gare sont englobés dans une galerie commerçante géante, de plein pied, où l'on trouve des milliers de souvenirs kitsch, de paquets de pâtisseries à ramener comme petit cadeau souvenir d'un voyage (Omiyagé), et de toutes sortes d'objets, du parapluie dont le dessin n'apparait que quand il est mouillé au kimono moderne en passant par de la nourriture fermentée. J'en profite pour lancer la première phase de l'opération "cadeaux de fin d'année", en me disant que mieux vaux commencer tôt que de devoir courir partout au dernier moment. Paquets de thé ou de café, porte-monnaie en forme d'animaux en tissu japonais, bricoles et petits cadeaux, la première fournée est prometteuse. Nous rejoignons ensuite Nakamise-dori, la rue piétonne bordée de chaque côté par des centaines de petites échoppes qui mène directement au temple. De part et d'autre, celle-ci est bornée par deux portes monumentales, la première, la Kaminarimon, gardée par le dieu du Vent, Fujin, et celui du Tonnerre, Raijin, et la seconde, la Hozomon, arborant côté face d'immenses sandales qui sont censées correspondre à la taille que les fidèles attribuent à Boudha.

La kaminarimon, à droite Fujin, à gauche Raijin


 


 La foule est dense, les pélerins nombreux à prier, tirer des petits papiers de bonne fortune, acheter toutes sortes de colifichets... on ne s'attarde pas trop, préférant jeter un œil aux galeries marchandes qui entourent l'enceinte du temple.
 
Alors qu'on s'extrait de la nasse pour tomber sur des rues à peine moins commerçantes, mais un peu plus larges, on tombe sur une parade de chars colorés, en papier illuminé de l'intérieur, trainés dans la ville au son des tambours et de chansons lancinantes. Vu la taille des engins, certains processionnaires portent de longues perches avec lesquelles ils soulèvent les fils électriques pour permettre le passage des plus gros chars. Incroyable...

 

 On fait ensuite un rapide tour dans le grand magasin discount Don Quijote (affectueusement surnommé Donki par les japonais et arborant comme mascotte un pingouin bleu un peu flippant), impressionnant d'accumulation de produits tous plus divers et variés. Dans un pays où la plupart des magasins sont spécialisés (vêtements, nourriture, matériel de cuisine, montres...), celui-ci ressemble plus à nos grands  hypermarchés, en plus vertical (4 étages), plus surchargé, plus bordélique, et beaucoup beaucoup plus musical. Une petite rengaine nous tournera en boucle dans la tête tout le reste de l'après-midi.

Alors que la nuit commence à tomber on sprinte vers Kappabashi dori, la rue réputée spécialisée dans le matériel de cuisine, mais les magasins commencent déjà à tirer les rideaux de fer. On visite tout de même quelques jolis magasins de poteries et, dans une boutique spécialisée dans le matériel professionnel à destination des particuliers, on achète une passoire et une cuillère en bois, qui ne sont pas fournies dans le maigre équipement de notre appart de location, ainsi qu'une paire de baguettes de cuisine, pour s'initier.


De retour dans notre coin, on descend à la station précédent la notre, Naka-meguro, pour explorer un peu. Dans ce coin branchouille, un peu bobo, on découvre l'une des nombreuses pépites capillaires de la capitale : un Cut club tout de bois et de cuir...

On tente aussi la négociation, en japonais et anglais, de la réparation de ma paire de chaussures El Naturalista, dont le fini cousu semble poser bien des soucis. On finit par comprendre, aidés de la femme de l'artisan, que le cordonnier ne peut pas faire la réparation ici, mais qu'il peut peut-être envoyer les chaussures à un autre magasin qui aura peut-être la machine qu'il faut. Décidément, il y a 3 jours, j'ai demandé la même chose à 3 autres cordonniers, sans plus de succès. Je commence à me dire que, peut-être, Jean-François a raison quand il dit "mais au fond, as-tu vraiment besoin de chaussures imperméables?" En tout cas, pour l'instant je prend l'eau dès qu'il pleut ><

Un autre resto qui nous faisait de l’œil
Après moultes hésitations et élans interrompus, on finit par se poser dans un petit restaurant de cuisine fusion, le Tulip.
Tenu par un japonais ayant travaillé dans le monde de la mode à New York, très content de pouvoir étaler son anglais, il est orchestré par un chef, japonais également, formé en France et qui cultive lui-même une partie des légumes utilisés en cuisine.
La cuisine a indéniablement un petit quelque chose de français et on nous fait gouter une très bonne huile d'olive accompagnée de pain maison. Daniel demande du sel pour gouter l'huile, manquant provoquer la mort par harakiri du malheureux cuisinier à qui il faut vite expliquer que c'est comme ça qu'on goûte l'huile d'olive dans le sud, et que ça n'a rien à voir avec le fait que son pain ne soit pas assez salé (ce qui, en l’occurrence, est malheureusement le cas).

On en profite pour célébrer la nouvelle, apprise dans l'après-midi, que le propriétaire de l'appartement visité ce matin a déjà validé notre dossier! Reste à discuter avec la compagnie de garantie.

Retour tranquille à pied vers notre maison de Gakugei-daigaku pour terminer cette journée riche en émotions et en découvertes. On est épuisés.