6 au 19 Novembre
Maintenant que notre demande de location a été acceptée, et alors que Daniel continue sa conquête des fondamentaux du photovoltaïque, je me dédie entièrement à la chasse aux meubles. Car ici, comme vous avez pu le constater sur les photos des appartements, on loue non meublé.
C'est donc l'occasion de fastidieuses heures passées sur facebook, craigslist et autres SayonaraSale.com (les ventes de déménagements d'expats), à la recherche de meubles de seconde main qui puissent nous plaire, soient en bon état général, mais pas trop cher vu que nous ne restons qu'un an. Je regarde des centaines d'annonces, envoie des dizaines de mails, certains sans réponse, d'autres avec des réponses négatives, quelqu'un aura été plus rapide que moi. Quelques uns atteignent leur cible.
Un jeu d'équilibre un peu stressant entre être la première à sauter sur une annonce intéressante et angoisser d'avoir peut-être promis à quelqu'un d'acheter son frigo alors qu'un autre bien moins cher et tout aussi bien peut apparaître à n'importe quel moment dans les annonces! Les différences de prix pouvant se compter en dizaines de milliers de Yen (100aines d'euros), l'enjeu est réel.
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| Un petit échantillon de mes recherches... |
C'est aussi l'occasion de récupérer à bas prix tout les petites choses essentielles à un quotidien, même quand on tient à se contenter de peu, qu'il faudra bien acheter de toute façon : poêles, planches à découper, couverts et vaisselle, saladiers, plats, ciseaux, balayette, poubelle, éponges, torchons, pinces à linge, lampes de chevet, radiateur soufflant, oreillers, coussins, dérouleur à sopalin, tupperware, tire-bouchon... la liste n'en finit plus de s'allonger et laisse songeur quant à la sobriété du dit quotidien.
Mais avec l'envie de nous faire un nid confortable, je me laisse aussi parfois embarquer à acheter des choses dont nous n'aurions pas forcément besoin. Ou d'autres que j'ai toujours voulu essayer et que je trouve pour la première fois à des prix abordables car vendus par des expatriés pressés de s'en débarrasser.

Par exemple, ces deux objets :
Un moulin à grain manuel
pour faire ses farines soi même, qui coûte 145€ à l'achat en France et que j'ai récupéré ici pour moins de 35€.
La molette se tourne pour ajuster l'écart entre les deux mâchoires de la meule de pierre et donc la finesse de mouture!
J'ai hâte de l'essayer, d'autant que s'y reconnaître en farine, ici, est un peu un challenge...
Une friteuse sans huile
Depuis le temps que j'en rêve!

En fait il s'agit plutôt d'une friteuse sans TROP d'huile, puisqu'il faut tout de même ajouter une cuillère ou deux d'huiles pour couvrir ce qu'on cherche à faire frire, et ensuite un flux d'air chaud se charge de cuire tout ça de façon homogène. Au final, des fritures moins grasses, et donc plus saines.
Ça aussi, j'ai hâte de l'utiliser, et, si jamais je n'en suis pas satisfaite, vu que 8 autres personnes étaient prêtes à l'acheter, je ne devrais pas avoir de mal à la revendre :D
Le précédent propriétaire la vend moitié prix d'une neuve (donc environ 70€), après l'avoir utilisée 2 ou 3 fois.
Une partie des meubles nécessitants d'être vus en avance, voir payés pour être réservés, et les petits objets étant à venir chercher chez leurs propriétaires asap, c'est aussi l'occasion pour moi d'arpenter la ville dans tous les sens, en transports à l'aller, afin d'arriver à l'heure à mes rendez-vous, mais souvent à pied au retour. Cet arpentage me permet de connecter les points entre eux, et aussi de découvrir des lieux insoupçonnés, ou de me retrouver complètement par hasard en pleine flamboyance des arbres d'automne sous la pluie, au milieu de Yoyogi parc, qui se trouvait être sur mon chemin.
Je découvre ainsi les différents quartiers de la ville, du plus modeste au plus cossu, apercevant au passage des morceaux de l'intimité de ces gens qui vivent là, dans un petit deux pièces sombre et humide, ou dans un loft immense avec 3m sous plafond et un salon plus grand que notre futur appartement.
Lors d'une de mes missions de récupération, je sympathise avec une de ces futures déménagées, Susan, Taïwanaise qui a une semaine pour replier l'appart qu'elle et son mari louaient à Tokyo depuis 1 an, car celui-ci est tombé gravement malade. Empêtrée dans son délai très court et ses meubles quasi neufs qu'elle ne veut pas brader, elle est prête à me laisser plein de petits objets pour trois fois rien, puisque si elle n'arrive pas à s'en débarrasser, il faudra qu'elle paye pour qu'une compagnie de déménagement vienne les prendre. Poêle, mixer, pinces à linges et planche à découper, je remplis mon sac à dos.
En fin de cette première période de chasse, nous avons donc réservé : un four, un lit et son matelas, un canapé-lit pour les amis, une table, mais pas de chaises, un frigo.
L'étape suivante, qui est en fait concomitante, c'est le déménagement effectif de ces meubles. Chacun des vendeurs ayant ses contraintes de temps, réussir à récupérer nos futurs meubles dans un rayon d'action acceptable et en fonction de nos propres contraintes tient un peu de la résolution de la quadrature du cercle.
Notre lit et notre table par exemple, doivent être récupérés au plus tard le 20. Sauf que nous n’emménageons que le 26 dans notre nouvel appart! puisque nous avons négocié un début le plus tard possible pour que le double loyer avec notre logement actuel soit le moins long possible. En bonne française sans gêne, j'ai demandé à notre agent immobilier si il était imaginable de déposer certains meubles avant le début de notre contrat. Et à Daniel s'il pouvait trouver un moyen de les stocker pour une semaine à son laboratoire. L'une et l'autre demandes sont affreusement gênantes, surtout pour eux, mais je me sens comme une maman ourse préparant une tanière pour l'hiver, alors gare à ceux qui se mettent sur mon chemin!
C'est une période un peu difficile pour moi. Ayant du mal à réaliser que je peux aussi me balader avec mon wifi portable et aller me poser dans d'autres coins de la ville pour faire mes recherches, je reste coincée à l'appart. Or, celui-ci réussit le miracle d'être à la fois trop sombre en journée, et trop clair le matin, puisqu'il n'y a pour tout rideau que des voilages et que le drap noir qu'on a pendu pour essayer de bloquer le jour n'est que moyennement convaincant dans son rôle. La déprime guette un peu.
Le déplacement des meubles eux-mêmes tient également du challenge. Si réussir à obtenir un devis d'une agence de déménagement n'est pas trop difficile (la plupart ont un service en anglais, voir en français, habitués qu'ils sont des expatriés), trouver les prix de location de van, pour comparaison, est beaucoup plus difficile. Ici on se fait tout livrer, de la maison entière à sa valise en revenant d'un long voyage. Du camion au caddie à roulettes, les services de livraison sont partout, sillonnant la ville pour livrer tout et n'importe quoi aux habitants.
Bref, c'est la galouze, malgré l'aide de Zacharie, le collègue de Daniel. D'autant que si sa copine est d'accord pour conduire, vu qu'elle est la seule à même de le faire ici (nous n'avons pas encore fait traduire nos permis), elle n'est pas là le weekend du 20...
Mais c'était sans compter sur l'intervention de Super Kakei, notre super agent immobilier qui, après avoir proposé son aide pour bouger les meubles, nous indique que si on préfère la solution location de camion, il est disponible pour conduire, ayant l'experience de la livraison de poissons aux Etats-Unis (??!) et peut même faire le booking pour nous! Alleluiaaaa! Cet homme est un miracle et notre installation au Japon n'aurait jamais été la même sans lui.