mercredi 14 décembre 2016

Osaka

Lundi 17 Octobre – soir

Le contraste entre la matinée au Mont Koya et l’immense ville dans laquelle on arrive est époustouflant. Partout des lumières, des tours de bureaux et d’habitation. Daniel n’ayant pas gardé un souvenir impérissable de la ville, nous avons décidé de n’y consacrer qu’une soirée. On a réservé un petit Airbnb absolument, super, calme, très propre et chaleureux, et dont l’hôte est hyper réactive et agréable (https://www.airbnb.fr/rooms/9104740). Nous y avons une vue magnifique sur le mur de l’immeuble juste à côté. Au moins ça coupera le son et la lumière. On croise un couple de français en y arrivant, qui dorment dans une des autres chambres, mais le contact ne se fait pas.


Les affaires déposées, on sort ! Dans la rue, on commence par croiser des barrières de construction Hello Kitty… Heu… Ah ?
Direction le Swiss Hotel et son restaurant/bar au 36e étage, vue panoramique sur la ville. Comme nous n’avons pas de chambre à l’hôtel, on nous indique que prendre place à table est payant. Bon… tant pis. Il s’avérera plus tard que cette taxe n’est valable que si on ne consomme pas. On se choisit des cocktails aux noms accrocheurs (Cherry blossom et Japanese Fusion) et on s’amuse de l’ambiance, en décalage complet avec le reste de notre journée et notre look de voyageurs (grosses chaussures de marche, imperméable, pulls à capuche…). Derrière un rideau de perles, un guitariste-chanteur reprend des classiques avec un accent à couper au couteau.

La vue depuis les baies vitrées est vertigineuse : des tours partout, illuminées comme un décor de Noël, des autoroutes et voies ferrées aériennes… On se croirait dans un décor de cinéma, mais c’est bien réel. Quelques photos et on plonge dans la folie citadine.






Le cœur de ville, Minami, est une débauche d’affichages lumineux géants, de bruits, de jeunes gens tous plus lookés les uns que les autres. L’autre visage du Japon, la société d’hyper consommation. En plein milieu d’un des ponts qui traversent la rivière, je m’arrête, renifle… « Il y a un Lush pas loin ». Ça sent Lush, cette odeur inimitable des savons et shampoings de la marque aux designs fluos. Et bingo, une centaine de mètres plus loin, j’aperçois l’enseigne carrée blanche sur fond noir ! Alors ça ! Renifler un Lush en plein Osaka, il faut le faire.



On tourne un peu pour trouver un restaurant, on hésite, on se tâte… Dans un sous-sol qui vend des spectacles, je profite de toilettes gratuites, ce qui nous donne un délai pour choisir notre repas. On se dirige finalement vers un restaurant de bord de rivière, qui annonce Okonomiyaki en gros. Oui, mais, Osaka style, c’est-à-dire sans les nouilles qui sont la spécialité que nous mangerons plus tard, à Hiroshima. On prend aussi des Takoyaki, ces beignets de poulpe dont décidément le cœur n’est pas cuit, et que je trouve un peu écœurants. Mais c’est la spécialité de la ville alors… Retour un peu galère en bus, et gros dodo.

Koya - suite et fin

Lundi 17 Octobre

Réveil à 6h pour assister au service du matin. Il pleut des cordes. On s’habille chaudement et on se dirige vers le lieu de prière. Un chemin de moquette nous guide et le suit jusqu'à s'asseoir à côté des autres touristes, sur un banc le long du mur qui fait face au cœur du temple. Sur un tapis, entre nous et le « cœur », des pèlerins ont pris place. Et une touriste arrivée trop tard pour trouver une place sur le banc. 

La cérémonie dure environ une demi-heure mais ça me semble long car aucune explication, aucune proposition de participation ne nous est faite. On est là, assis contre un mur froid, à regarder les trois moines officier, psalmodier et frapper sur un gong à des moments qu’eux seuls comprennent. La seule occasion que nous avons d’être plus que spectateurs est au moment où l’un des moines nous propose de venir prier devant le feu. Un à un, les pèlerins se lèvent, se baignent dans la fumée de l’encens, prient, et retournent s’asseoir. Puis c’est au tour de ceux du bout du banc, et la ligne de prière s’avance vers nous. Je grommelle vers Daniel un « Moi j’y vais pas hein ! », mais un précédent touriste me sauve de l’embarras d’être la première à ne pas aller prier.

Retour dans notre chambre, pas très convaincus, mais accueillis par un petit déjeuner qui ressemble au dîner de la veille, en moins élaboré. Il pleut toujours, et on décide d’attendre voir si ça passe. Les futons ont été repliés et la table remise au centre mais, alors que Daniel feuillette les guides et écrit notre carnet de voyage, je fais le rouleau de printemps dans l’une des couettes de futon, et fini par m’endormir. J’émerge vers 10h. La pluie s’est calmée et, équipés au cas où ça reprenne, on décide de se mettre en mouvements.


On commence par aller se perdre un peu du côté de la Daimon, la grande porte, qui marque l’entrée du site depuis l’autre bout du plateau. Le soleil perce et nous offre une jolie vue sur les collines environnantes. Saturé d’humidité, l’air est lourd, et on se retrouve rapidement à se débarrasser de nos diverses couches de vêtements. On débute une balade dans la colline mais, rapidement, on se rend compte qu’à part passer sous des Torii à l’infini, on ne sait pas où celle-ci nous mène, le chemin est trempé et mes chaussures décousues, et en plus il y a des ours, en tout cas c’est ce que dit la pancarte. 

 

 
Bref, je suis grognon et on fait demi-tour vers le Danjo Garan. Le site est exceptionnel, d’autant que la pluie a imbibé les toits de chaume des temples, qui sèchent en fumant. La grande pagode, trop souvent détruite par le feu, a finalement été reconstruite en … béton. A c’est sûr, là, le feu, il va moins faire le malin ! Mais c’est moche ! Orange vif et neuve comme un temple chinois, massive, elle est cependant rattrapée par son intérieur exceptionnel qui figure un mandala en 3D, une forêt de piliers portants les peintures de différentes divinités. 



Le musée, où on va aussi puisqu’on a pris un pass à 1500 yen qui nous fait faire le grand tour du site, manque cruellement d’explications pour être vraiment intéressant, même s’il contient quelques belles pièces. Notamment un parchemin somptueux, au papier bleu indigo et aux écritures à l’encre d’or. Un troupeau de touristes horribles, qui traitent leur guide japonais et la culture du pays avec un mépris affolant, termine de nous gâcher la visite du musée.

Une rapide pause déjeuner, un passage à l’office du tourisme pour bénéficier du wifi et gérer notre arrivée à Osaka le soir-même, et on repart à la découverte du grand temple. Le complexe dégage une impression de grande sérénité et le bâtiment central est une merveille de pièces à tatami aux portes coulissantes peintes. Les photos y sont interdites, mais pour une visite virtuelle du temple, vous pouvez suivre ce lien : Guide du temple Kongobuji. On y a le droit à une tasse de thé et un petit gâteau dans une immense salle ultra moderne de 169 tatamis, construite en 1984, qui sert de lieu de repos pour les pèlerins et les visiteurs et de lieu de prêche pour la communauté monastique. Spécificité du temple, on y a également accès aux anciennes cuisines, utilisées jusqu'en 1975, et dont murs et plafonds sont noirs de suie. Au centre, trône un immense fourneau traditionnel avec trois chaudrons, permettant de nourrir jusqu'à 2000 personnes.

Le jardin de pierre Banryutei, créé lui aussi en 1984 à l’occasion de la commémoration des 1150 ans écoulés depuis la mort de Kobo Daishi, est, le plus grand du japon. Particulièrement magnifique, il justifierait à lui tout seul une visite au Mont Koya. Il figure deux dragons, un mâle et une femelle, se faisant face dans une mer de nuages.
 

Depuis notre arrivée à Koya, on commence vraiment à voir nos premières feuilles rouges, qu'on attend avec impatience et qui nous avaient été promises pour fin octobre début novembre. On s’essaye donc à tout un tas d’angles et de réglages pour rendre un minimum la couleur incroyable de ces érables en automne. Autant de photos que vous allez voir défiler. Vous n'êtes pas prêts de ne plus voir de feuilles rouges :)
 

Il est presque l’heure de prendre le bus de retour, pour ne pas louper le téléphérique qui nous emmènera au train pour Osaka (manque plus qu’une bicyclette là-dedans et on aura fait le tour des moyens de transports terrestres). On récupère donc nos sacs et on décide de marcher un peu vers les prochains arrêts de bus, afin d’aller voir le mausolée Tokugawa dont un gros chat garde la porte. Construit par Iemisu Tokugawa en l'honneur de son grand-père et de son père, premiers de la lignée d'une des familles majeures de shogun ayant participé à l'unification du pays, le double mausolée présente un style typique de l'époque Edo et se distingue par son architecture d'une grande finesse.
 
 


En attendant le bus

mardi 13 décembre 2016

Un jour et une nuit sur le Mont Koya - partie 1

Dimanche 16 Octobre - (Attention post long à multiples photos)

Aujourd'hui on va au Mont Koya! Sur ce plateau situé à 800m d'altitude, une centaine de monastères bouddhistes, dont la moitié fait chambre d'hôte, sont répartis de part et d'autre d'une rue qui relie le plus grand cimetière bouddhiste du Japon à un complexe de temples réputé magnifique. Autant dire que je suis sur des charbons ardents!

Levés aux aurores (ou presque) pour une bonne session de transport, le chauffeur du bus précédent celui que nous avions prévu de prendre nous ferme les portes au nez après nous avoir regardé courir, et démarre. Bon... sympa... heureusement qu'on avait pris un peu de marge. Au final, on attrape in extremis notre train, puis on enchaîne sans heurt ni attente le téléphérique qui monte au plateau du Koya et le bus qui nous emmène de la gare téléphérique au centre ville. Petit repérage pour s'orienter et identifier lequel des temples qui jalonnent la rue est celui dans lequel nous avons réservé une nuit, avec le sponsorship d'Anne et, après une fausse entrée par une porte de service, nous voici bientôt installés devant une table basse à couverture chauffante, avec une tasse de thé.





Comme il est largement l'heure de déjeuner, et que nous sommes là jusque demain après-midi, on commence par chercher quelque chose à manger. Après un petit tour exploratoire de l'unique rue, on jette notre dévolu sur un restaurant vegan/galerie d'art, tenu par une française et son compagnon japonais francophone et dans lequel on partage une table avec un couple israélien en voyage de noces, une guide japonaise de Kyoto en repérage pour de futures visites, puis deux jeunes étudiants, l'un indo-japonais dont la sœur est enterrée ici, et l'autre australien, venu au Japon étudier la langue.

Le couple israélien, mieux renseigné que nous, nous indique qu'il y a apparemment aujourd'hui une cérémonie unique dans l'année, où de petits gâteaux de riz sont lancés depuis la plate-forme du temple principal. Seulement, ils ne connaissent pas l'heure exacte et les propriétaires sont incapables de nous la donner. En revanche, ils nous mettent en garde contre le fait que les gâteaux sont durs et parfois lancés avec force. Une fois le déjeuner terminé on se précipite donc vers l'office du tourisme pour en savoir plus mais l'employée de l'accueil nous explique tristement que l’événement est déjà en court, et que comme il ne dure que très peu de temps, on est en train de le louper. On se dirige tout de même vers le temple, au cas où, mais nous sommes à presque 10 minutes de marche et nous croisons de nombreuses personnes qui reviennent avec des sacs gonflés de gâteaux de riz de toutes les couleurs...
Vite! vite! on va louper les gâteaux!
Tant pis. Demi-tour  car, s'il fait beau aujourd'hui, il est censé pleuvoir demain, et mieux vaudra alors être en train de visiter les temples pour pouvoir s'abriter. En chemin, on entend puis aperçoit une procession de moines promenant un temple portatif au son des gongs. Si je remâche un peu ma déception d'avoir loupé le lancer de gâteaux annuel, celle-ci s'envole assez rapidement quand on pénètre dans Oku-no-in, le cimetière-temple de Koya.



Ici, une forêt de cèdres du Japon centenaires abrite les plus de 200 000 pierres tombales de ceux qui ont choisi de passer l'éternité auprès de Kobo Daishi, l'un des moines qui a introduit le bouddhisme au Japon. Personnalités, samouraïs et shogun y côtoient des gens ordinaires ou les tombes collectives achetées par de grandes sociétés (oui oui, on y a vu Panasonic), le tout dans un étrange mélange de tombes neuves ou pluri-centenaires, sans qu'un réel plan d'occupation ne soit apparent. La balade fait une boucle de près de 4 kilomètres, qui part du pont d'accès, l'Ichi-no-hashi, mène au mausolée de Kobo Daishi et au pavillon des Lanternes et ramène à l'entrée principale.






Un ensemble de statues me met très mal à l'aise. Ces bouddhas de pierre noire, élancés, ont de petits enfants accrochés au bas des jupes et, présentent, dans leur main gauche, un fœtus doré dans sa matrice. De temps en temps, des groupes de gens manifestement importants (des pèlerins probablement), portant chacun une écharpe de couleur qui les identifient comme gens importants, passent d'un air important avec leurs guides sur le chemin principal. Nous, on explore, on furette, on se perd dans les embranchements qui rognent peu à peu sur le sous-bois. L'ambiance est extraordinaire. Mystique. Les quelques feuillus commencent à prendre leur livrée d'automne, jetant des touches de rouge dans ce décor de pierre, de bois et d'épines vertes.

 Au bout du chemin, nous passons le pont Mimyo-no-bashi, à la droite duquel s'alignent des statues de bouddha Jizo sur lesquelles les croyants versent de l'eau puisée avec une grande louche à la rivière, en offrande aux morts. De l'autre côté du pont commence le saint des saint, le Toro doro (pavillon des lanternes) et derrière, le mausolée de Kobo Daishi. Les photos y sont interdites, mais j'oublie, médusée par la beauté de l'endroit, et j'en prend quelques unes. Le pavillon des lanternes est très exactement ça, un pavillon contenant des centaines de lampes, plusieurs massives, dons de différentes personnalités de l'histoire politique du Japon et dont deux brûleraient depuis plus de 900 ans. Au sous-sol, une pièce garnies d'étagères métalliques sur lesquelles sont fixés, numérotés, des milliers de petites statuettes de bouddha, toutes identiques. En vérifiant les numéros, on en a dénombré 40 000. A côté, un autre pavillon japonais est empli de centaines et de centaines de lanternes portant chacune, une inscription différente. Sûrement, le nom d'un généreux donateur? Une petite explication serait la bienvenue pour ces deux endroits et je me mords les doigts de ne pas avoir téléchargé l'audioguide proposé à l'office du tourisme. On découvre en sortant du hall un espace de repos et de thé gratuit, dont on décide de profiter. Tenu au chaud dans d'immenses marmites communes où on se sert avec une louche, le thé est sombre, un peu fort et amer.





La deuxième partie de la boucle est plus moderne (on voit même une tombe pour l'une des fusées Apollo ayant explosé au décollage!). Plus lumineuse aussi, car le dense couvert de pins laisse ici place à des espaces dégagés et à des feuillus, dont les fameux érables du Japon dont les feuilles commencent à rougir.






Bouge pas, tu as un moustique!
Le dîner qui nous est servi au temple étant à 6h tapante, nous avons été priés d'être là dès 5h30, juste le temps d'un dernier tour dans la rue pour voir les boutiques. La cuisine du temple est une cuisine de dévotion, le Shojin-ryori (oui, la cuisine en japonais, ça se prononce "riz-au-riz", héhé), qui doit respecter les préceptes bouddhistes et est basée sur le concept dharmique de non-violence. Elle est donc végétarienne, et présente tout un ensemble de petits plats alléchants et goûteux, des légumes marinés, du tofu au sésame, des tempura, de la soupe miso. Le tout généreusement accompagné de riz et de thé.


On enfile ensuite les pyjamas mis à notre disposition pour aller au bain commun (et non mixte) du temple avant qu'il ne ferme pour la nuit.
Seyant, non?
Après m'être déshabillée dans une première pièce, j'entre dans une seconde pièce qui contient des douches en rang d'oignon contre un mur agrémenté de miroirs et un grand bain où peuvent s'immerger facilement une quinzaine de personnes et dans lequel coule en continu un flux d'eau chaude depuis une bouche dans le mur. Elle contient également deux autres femmes, japonaises, en train de se laver. Je fais donc comme elles et commence par me laver, assise sur un petit tabouret, puis vais m'immerger jusqu'au cou dans le bain. Chaud... J'en ressort tellement toute relaxée et molle que, d'un commun accord avec Daniel que je retrouve dans notre chambre tout aussi ramolli que moi, nous abandonnons l'idée de ressortir pour voir la ville de nuit. Pas question de ressortir dans le froid, après tout ce chaud. Et puis ce n'est pas tout ça, il est tout de même déjà 8h, il est grand temps de se coucher! Cette torpeur nous arrange bien, vu qu'on a prévu de se lever demain pour assister au service du matin, à 6h.