Jeudi 20 Octobre
Sur les conseils de Sam toujours, on a choisi de ne pas s’éterniser à Hiroshima et d’aller aujourd’hui visiter Onomichi, une ancienne ville industrielle des alentours qui, sinistrée par le changement d’activité, trouve une seconde vie avec l’arrivée de jeunes citadins. Soucieux de recréer du lien et de gagner en autonomie après le choc du tremblement de terre de 2011, ceux-ci récupèrent pour trois fois rien des maisons et magasins non occupés, et essayent de recréer des commerces locaux. Sur le papier (le blog, plus exactement), la visite est alléchante, mais, barrière de la langue ou hasard du calendrier, elle nous laissera un peu sur notre faim.
Après 1h de train, à la gare où nous prenons quelques informations, une passante décide que nous avons besoin d’aide pour savoir où aller et commence à nous expliquer plein de choses sur notre carte, bientôt rejointe par un autre promeneur, qui nous enchaîne lui aussi en japonais. On sourit beaucoup, on salue souvent, on utilise nos trois mots de japonais pour acquiescer et remercier et on décide de ne pas du tout faire ce qu’ils ont conseillé (en tout cas ce qu’on en a compris), mais en attendant qu’ils aient tourné les talons pour partir dans le sens inverse !
On commence par se diriger vers la galerie marchande que Sam nous a indiqué, où se trouve une guesthouse qui est un peu le cœur du projet de réhabilitation de la ville. Mais dans la galerie, les magasins sont majoritairement fermés au rideau de fer, ou vieillots. Et la guesthouse aussi ! Un petit arrêt à la banque, où là aussi ils ne changent que des dollars et on repart, quand on entend trottiner derrière nous. (C'est une constante qu'on retrouvera souvent ici : les femmes ne courent pas, elles trottinent...) La préposée de banque que nous avions interrogée nous fait de grands signes d’excuses en répétant « euro ok ! ». Le taux est un peu dégueulasse (à peine meilleur que celui de la poste ou on a changé un peu de sous ce matin) mais on ne connaît pas bien le taux actuel et on s’inquiète un peu de ne pas avoir assez pour payer le billet retour vers Kyoto alors on change tout ce qui nous reste.
On part du coup en quête d’un endroit où déjeuner mais le Lonely Planet, qui ne consacre qu’un entrefilet à la ville, ne regorge pas d’options. On finit tout de même, en longeant le front de mer industriel, par localiser le restaurant de sushis qu’ils recommandent. La patronne n’a pas l’air ravi de voir deux gaijins débarquer dans son restaurant mais on tient bon et on commande des sets de sashimis. Le poisson est ultra frais, le calamar, égal à lui-même et refilé en douce à Daniel, mais le riz, mélangé à des œufs de poisson et des algues, est vraiment bon. On prend ensuite un café et un tchaï dans un bar minuscule, tenu justement par deux représentants de cette nouvelle génération venue s’installer en ville. Entre notre guide de conversation, nos applis smartphone et quelques mots d’anglais, on arrive à avoir une mini discussion en simili japonais où on comprend qu’ils organisent des projections de films (dont le Dune de Jodorowski dont on a reconnu la jaquette).
La guesthouse est toujours fermée et on se rabat sur la visite du sentier des chats et du chemin des temples, dont certains valent effectivement le coup d’œil. Une visiteuse qui sort d’un des temples nous indique qu’il ne faut pas hésiter à ouvrir les doubles portes coulissantes fermées, mais ce sera la seule fois qu’on osera le faire.
On continue vers le haut de la colline en prenant de nouveau un petit téléphérique, ce qui nous donne une chouette vue sur le port de commerce encore actif, avec ses immenses grues qui ressemblent à des girafes, et les plans de collines successifs jusqu’à l’horizon.

En redescendant, on se perd dans les ruelles en pente, en passant sous les toiles d’énormes araignées aux habitantes tout à fait impressionnantes. Les courbatures de la descente d'hier se font un peu sentir, ça tire dans les jambes! De nombreuses maisons sont effectivement vides, il y a de plus en plus de matous et on commence à se dire en rigolant que si on n’arrive jamais à ressortir d’ici on finira mangés par les chats. En tout cas le bilan de notre visite est mitigé, même si on est contents d’avoir vu une ville très peu touristique. On décide de rentrer un peu plus tôt, ce qui nous permettra aussi d’aller dans le bar à bières déjà cité, qu’on avait loupé mardi ! C'est surtout pour Daniel qu'on y va car la description de Sam l'avait emballé. Moi je n'aime pas la bière et j'ai envie de faire pipi, une combinaison idéale pour aller boire un demi!
On cherche un peu et on finit par reconnaître l'endroit à la file de personnes qui attendent devant ce qui ressemble bel et bien à un garage.
Le "bar" proprement dit ne contient que 4 tables, et a une capacité d'accueil d'une douzaine de personnes tout au plus, debout autour d'un tonneau. Et comme les clients en profitent pour tester plusieurs bières (on peut en commander deux par personne, pas plus), la queue n'avance pas vite. Mais on finit tout de même par pouvoir rentrer, en partageant la table de deux salarymen. Le patron, en costard blanc derrière ses deux tireuses de 1933 et 2008, est tout à son art. Les verres, mis à refroidir dans de l'eau glacée, sont remplit cérémonieusement, avec des techniques différentes selon la spécialité commandée : en une fois, deux, trois ou quatre fois, depuis l'une ou l'autre tireuse. Daniel et moi en commandons deux différentes, histoire de comparer si la façon de verser la bière modifie effectivement son goût.
Pour moi qui n'aime ni l'amertume ni les bulles de la bière blonde, on choisit un tirage en trois fois, censé justement diminuer ces deux caractéristiques, tandis que Daniel opte pour un tirage qui lui promet une belle mousse crémeuse. Et la surprise est au rendez-vous. Si la différence est subtile, d'autant plus pour moi qui suis néophyte, on constate indéniablement que le goût et la texture de la mousse ont leurs particularités! Incroyable petite expérience que voilà.
Parce que Hiroshima est connue pour sa spécialité d'okonomiyaki, on se dégote une sorte de food mall spécialisé dans la galette de chou aux nouilles (Hiroshima style!). Chacun des 3 étages abrite une dizaine de mini-restaurants pouvant accueillir chacun une dizaine de personnes. Ils sont tous organisés de la même façon : un espace de cuisine central entouré d'une plaque chauffante en U autour de laquelle prennent places les clients. Les textes introductifs écrits par les propriétaires rivalisent de pittoresque, entre ceux qui promettent qu'ils reproduisent la même recette depuis 40 ans et celui qui met l'accent sur la sélection de ses produits. Évidemment, dans tout ça, on se perd, et on finit par ne plus savoir lequel correspond à quel endroit dans le bâtiment.
Celui qu'on choisit est tenu par deux adorables cuisinières avec qui nous papotons à grand renfort d'applications de traduction diverses et de petites cartes en différentes langues qu'elles ont imprimé pour faire comprendre les bases de leur commerce aux touristes. Les Okonomiyaki sont délicieuses, copieuses, fortes en goût (on a rajouté de l'ail : niniku!) et brûlantes! Les touristes hollandais qui partagent le comptoir avec nous,en voyage organisé depuis Utrecht, s'amusent de nous voir les engloutir.
On rentre ensuite à pied par le quartier commerçant d'Hiroshima, qui a de faux airs de ceux d'Osaka et de Nara et dont la modernité contraste bizarrement avec le passé martyr de la ville. On sent ici à l’œuvre une puissante volonté de se relever et de ne pas se contenter de n'être que le témoin de cette histoire là.
Sur les conseils de Sam toujours, on a choisi de ne pas s’éterniser à Hiroshima et d’aller aujourd’hui visiter Onomichi, une ancienne ville industrielle des alentours qui, sinistrée par le changement d’activité, trouve une seconde vie avec l’arrivée de jeunes citadins. Soucieux de recréer du lien et de gagner en autonomie après le choc du tremblement de terre de 2011, ceux-ci récupèrent pour trois fois rien des maisons et magasins non occupés, et essayent de recréer des commerces locaux. Sur le papier (le blog, plus exactement), la visite est alléchante, mais, barrière de la langue ou hasard du calendrier, elle nous laissera un peu sur notre faim.
Après 1h de train, à la gare où nous prenons quelques informations, une passante décide que nous avons besoin d’aide pour savoir où aller et commence à nous expliquer plein de choses sur notre carte, bientôt rejointe par un autre promeneur, qui nous enchaîne lui aussi en japonais. On sourit beaucoup, on salue souvent, on utilise nos trois mots de japonais pour acquiescer et remercier et on décide de ne pas du tout faire ce qu’ils ont conseillé (en tout cas ce qu’on en a compris), mais en attendant qu’ils aient tourné les talons pour partir dans le sens inverse !
On commence par se diriger vers la galerie marchande que Sam nous a indiqué, où se trouve une guesthouse qui est un peu le cœur du projet de réhabilitation de la ville. Mais dans la galerie, les magasins sont majoritairement fermés au rideau de fer, ou vieillots. Et la guesthouse aussi ! Un petit arrêt à la banque, où là aussi ils ne changent que des dollars et on repart, quand on entend trottiner derrière nous. (C'est une constante qu'on retrouvera souvent ici : les femmes ne courent pas, elles trottinent...) La préposée de banque que nous avions interrogée nous fait de grands signes d’excuses en répétant « euro ok ! ». Le taux est un peu dégueulasse (à peine meilleur que celui de la poste ou on a changé un peu de sous ce matin) mais on ne connaît pas bien le taux actuel et on s’inquiète un peu de ne pas avoir assez pour payer le billet retour vers Kyoto alors on change tout ce qui nous reste.
On part du coup en quête d’un endroit où déjeuner mais le Lonely Planet, qui ne consacre qu’un entrefilet à la ville, ne regorge pas d’options. On finit tout de même, en longeant le front de mer industriel, par localiser le restaurant de sushis qu’ils recommandent. La patronne n’a pas l’air ravi de voir deux gaijins débarquer dans son restaurant mais on tient bon et on commande des sets de sashimis. Le poisson est ultra frais, le calamar, égal à lui-même et refilé en douce à Daniel, mais le riz, mélangé à des œufs de poisson et des algues, est vraiment bon. On prend ensuite un café et un tchaï dans un bar minuscule, tenu justement par deux représentants de cette nouvelle génération venue s’installer en ville. Entre notre guide de conversation, nos applis smartphone et quelques mots d’anglais, on arrive à avoir une mini discussion en simili japonais où on comprend qu’ils organisent des projections de films (dont le Dune de Jodorowski dont on a reconnu la jaquette).
La guesthouse est toujours fermée et on se rabat sur la visite du sentier des chats et du chemin des temples, dont certains valent effectivement le coup d’œil. Une visiteuse qui sort d’un des temples nous indique qu’il ne faut pas hésiter à ouvrir les doubles portes coulissantes fermées, mais ce sera la seule fois qu’on osera le faire.
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| Il est dit que celui qui visite ce temple y reconnaît forcément le visage de quelqu'un |

En redescendant, on se perd dans les ruelles en pente, en passant sous les toiles d’énormes araignées aux habitantes tout à fait impressionnantes. Les courbatures de la descente d'hier se font un peu sentir, ça tire dans les jambes! De nombreuses maisons sont effectivement vides, il y a de plus en plus de matous et on commence à se dire en rigolant que si on n’arrive jamais à ressortir d’ici on finira mangés par les chats. En tout cas le bilan de notre visite est mitigé, même si on est contents d’avoir vu une ville très peu touristique. On décide de rentrer un peu plus tôt, ce qui nous permettra aussi d’aller dans le bar à bières déjà cité, qu’on avait loupé mardi ! C'est surtout pour Daniel qu'on y va car la description de Sam l'avait emballé. Moi je n'aime pas la bière et j'ai envie de faire pipi, une combinaison idéale pour aller boire un demi!
On cherche un peu et on finit par reconnaître l'endroit à la file de personnes qui attendent devant ce qui ressemble bel et bien à un garage.Le "bar" proprement dit ne contient que 4 tables, et a une capacité d'accueil d'une douzaine de personnes tout au plus, debout autour d'un tonneau. Et comme les clients en profitent pour tester plusieurs bières (on peut en commander deux par personne, pas plus), la queue n'avance pas vite. Mais on finit tout de même par pouvoir rentrer, en partageant la table de deux salarymen. Le patron, en costard blanc derrière ses deux tireuses de 1933 et 2008, est tout à son art. Les verres, mis à refroidir dans de l'eau glacée, sont remplit cérémonieusement, avec des techniques différentes selon la spécialité commandée : en une fois, deux, trois ou quatre fois, depuis l'une ou l'autre tireuse. Daniel et moi en commandons deux différentes, histoire de comparer si la façon de verser la bière modifie effectivement son goût.
Pour moi qui n'aime ni l'amertume ni les bulles de la bière blonde, on choisit un tirage en trois fois, censé justement diminuer ces deux caractéristiques, tandis que Daniel opte pour un tirage qui lui promet une belle mousse crémeuse. Et la surprise est au rendez-vous. Si la différence est subtile, d'autant plus pour moi qui suis néophyte, on constate indéniablement que le goût et la texture de la mousse ont leurs particularités! Incroyable petite expérience que voilà.
Parce que Hiroshima est connue pour sa spécialité d'okonomiyaki, on se dégote une sorte de food mall spécialisé dans la galette de chou aux nouilles (Hiroshima style!). Chacun des 3 étages abrite une dizaine de mini-restaurants pouvant accueillir chacun une dizaine de personnes. Ils sont tous organisés de la même façon : un espace de cuisine central entouré d'une plaque chauffante en U autour de laquelle prennent places les clients. Les textes introductifs écrits par les propriétaires rivalisent de pittoresque, entre ceux qui promettent qu'ils reproduisent la même recette depuis 40 ans et celui qui met l'accent sur la sélection de ses produits. Évidemment, dans tout ça, on se perd, et on finit par ne plus savoir lequel correspond à quel endroit dans le bâtiment.
Celui qu'on choisit est tenu par deux adorables cuisinières avec qui nous papotons à grand renfort d'applications de traduction diverses et de petites cartes en différentes langues qu'elles ont imprimé pour faire comprendre les bases de leur commerce aux touristes. Les Okonomiyaki sont délicieuses, copieuses, fortes en goût (on a rajouté de l'ail : niniku!) et brûlantes! Les touristes hollandais qui partagent le comptoir avec nous,en voyage organisé depuis Utrecht, s'amusent de nous voir les engloutir.
On rentre ensuite à pied par le quartier commerçant d'Hiroshima, qui a de faux airs de ceux d'Osaka et de Nara et dont la modernité contraste bizarrement avec le passé martyr de la ville. On sent ici à l’œuvre une puissante volonté de se relever et de ne pas se contenter de n'être que le témoin de cette histoire là.












































