mardi 24 janvier 2017

kyoto, fin du séjour


Dimanche 23 Octobre

Bon, le rembourrage de matelas aux vêtements, ça ne marche que moyennement. Rebelote petit déjeuner à tour de rôle dans le pot de snacks salés et on file à pieds vers le Nijo-jo, la résidence officielle à Kyoto du premier shogun Tokugawa, Ieyasu Tokugawa, construire en 1603. A l'abri de son massif rempart et de sa douve, le château est une merveille absolue.


Conçu pour afficher le prestige (et la richesse) du premier shogun, ce château est aussi une proclamation de la fin du pouvoir de l'empereur, celui-ci étant relégué au rôle de chef des traditions (religieuses) et le pouvoir réel étant aux mains du shogun. Les 3300m² du château, presque entièrement construits en cyprès, forment une enfilade de pièces longée par un long couloir. L'intérieur regroupe quantité de salle d'attentes toutes plus magnifiques les unes que les autres, entièrement décorées de peintures murales dorées ornées de tigres et de pins. Ici, l'architecture est tout entière utilisée pour renforcer les rapports sociaux : suivant le rang des visiteurs, ceux-ci étaient reçus plus ou moins loin de la sortie et dans des pièces plus ou moins somptueuses. Les tigres omniprésents rappellent la puissance des Tokugawa et ont comme objectif d'impressionner les visiteurs que la débauche de richesse n'avaient pas déjà tétanisés. Les plafonds, à caissons, sont eux aussi merveilleusement peints et colorés. Évidemment, les photos sont interdites. En voici cependant deux piquées sur le net :

copyright wikimedia commons


Paranoïaque, ou prudent, le shogun avait également laissé apparentes les portes coulissantes par lesquelles les gardes pouvaient entrer à tout moment dans les pièces (alors qu'elles sont plutôt dérobées dans la plupart des autres châteaux) et fait installer un plancher dit "rossignol", qui chante lorsque quelqu'un marche dessus. Ainsi, personne ne pouvait pénétrer discrètement dans le palais et s'immiscer jusque dans les appartements du shogun, beaucoup plus simples, situés à l'arrière du bâtiment. Ici, ni dorures ni tigres, mais des peintures de paysages, à l'encre noire. Des statues de cire représentent le shogun et ses courtisanes, seules autorisées à pénétrer dans les petites pièces de cyprès sombre et de panneaux de papier.

Photo empruntée également, puisqu'on avait pas le droit d'en prendre.
Dans un couloir, une exposition de pâtisseries contemporaines japonaises nous attire l’œil. Sous des vitrines posées sur des socles, sont présentées une dizaine de sucreries, inventées par des confiseurs inspirés par le lieu. Parmi les petites formes gélifiées, on reconnaît surtout beaucoup de pâte d'azuki et châtaignes entières mais on sourit beaucoup à la gentille préposée, enthousiasmée par nos trois mots de japonais.

Séparé par une deuxième ligne de fortification, l'ensemble de bâtiments intérieur ne se visite pas, mais le jardin autour, oui, et il propose de très jolis points de vue sur le complexe et sur la ville en arrière-plan.


Un déjeuner de katsudon vite avalé, et on continue la balade dans les rues de Kyoto. Quelques maisons anciennes, un sanctuaire impromptu et un autre, tout décoré d'étoiles, dédié à un fameux astrologue du milieu de l’époque Heian (794-1185). On fatigue un peu, et le nombre de photos faites s'en ressent.

On est priés de s'arrêter
Et soudain, au bout d'une rue, un Torii annonce un sanctuaire.
Une parenthèse incroyable, au coeur de la ville.
On prend enfin la direction du Daitoku-ji, encore un gigantesque ensemble de temples dont nous ne verrons qu'une infime partie.


Ça commence à Momijiter! (à ce que les feuilles rouges rougissent)
Daniel est fatigué et ça le rend joueur,
et un peu pénible, mais joueur.
Le pavillon du Koto-in, transformé en jardin zen, est une petite merveille apaisante, à l'entrée duquel nous échangeons quelques mots avec un groupe de japonaises un peu âgées, qui s'émerveillent de nos deux mots de vocabulaire et nous apprennent comment dire "bonnes vacances". Tout de mousse et d'arbustes savamment sculptés aux feuilles et aiguilles minuscules, le jardin se contemple d'une veranda ouverte sur l'extérieure.
Une autre groupe de dames, à qui nous proposons de les prendre en photos pour qu'elles puissent toutes être devant l'appareil, nous rendent la politesse, mais avec un succès tout relatif, nous ne gardons pas la photo.
















Encore une fois, les temples ferment tôt et nous n'en aurons vu qu'une toute petite portion. En face du complexe, une boulangerie nous tend les bras. Nous y croiserons une compatriote, tellement prise par les temples qu'elle en a oublié de manger. Pour nous en tout cas, c'est la fin de séjour à Kyoto, et ça se sent. Nous passons dans un supermarché acheter quelques bricoles pour le dîner, froid, du soir, et on rentre dans notre location faire un peu d'administratif.

jeudi 5 janvier 2017

Bain chaud et festival, une soirée qui avait tout pour être réussie

22 Octobre - suite et fin - soirée

Alors qu'on traverse la ville en direction du onsen, on voit les immenses torches, faites d'un tronc sur lequel sont fixés des fagots de petit bois, stockées devant les maisons du village. Les plus riches ont ouvert des panneaux coulissants vers l'extérieur afin d'exposer les trésors familiaux : armures de samouraïs, paravents magnifiquement ornés en papier japonais, arrangements floraux... C'est incroyable de voir tout ça!





En remontant vers le onsen on jette un œil à un petit chemin, parallèle à la seule et unique rue du village, qui longe la rivière et donne une jolie vue sur l'arrière des maisons. Ce chemin longe la rivière vers l'aval du village, en direction de la gare. Ça à l'air d'un détail comme ça mais il prendra tout son sens dans quelques heures. L'autre rive est bordée de micro-potagers, coincés comme ils sont entre la rivière et la colline.


C'est donc parti pour ma première réelle expérience de onsen, de bain chaud en plein air. Après avoir acheté nos tickets, Daniel et moi entrons chacun dans notre côté des bains non mixtes (facile à reconnaître, le Noren pendu au dessus de l'entrée est bleu pour les hommes, roses pour les filles, moi je n'avais pas fait attention et j'ai bien faillit me tromper). J'arrive, au bout d'un court couloir, à une pièce comportant, de gauche à droite : des casiers à pièces, des lavabos et des miroirs, une étagère à panières, l'entrée des bains proprement dits (ou plutôt la sortie, puisque l'encadrement donne directement au grand air), un banc, une entrée vers des toilettes. Et une demi-douzaine de femmes, à divers degrés de nudité selon qu'elles se déshabillent ou se rhabillent.

Bon. Quand faut y aller...
Au moment où j'ouvre mon sac et en sors le savon que j'ai amené, je me rends également compte que j'ai oublié ma serviette dans le sac de Daniel. Argh! Bon, ben je m'essuierais avec mon t-shirt sale, tant pis. Mais, en compagnon prévenant, Daniel, qui s'est également rendu compte de l'oubli, a confié ma serviette à une brave japonaise qui débarque dans la pièce en demandant une "eireen", ma serviette à la main. Je la remercie copieusement, me déshabille, m'enroule comme je peux dans ma précieuse, enfourne mes affaires dans le casier choisi et fixe le bracelet de la clé à mon poignet. Voilààààà on y vaaaaa!

D'abord, il s'agit de bien se laver aux douches communes disposées en rang d'oignon sur la droite du bassin et pudiquement protégées par un écran de bambou. Une fois bien récurée, je vais rapidement me plonger jusqu'au cou dans la vasque dans laquelle trempent déjà une dizaine de femmes de tous âges et origines, évitant soigneusement d'accrocher le regard les unes des autres, à part deux copines japonaises qui papotent et rigolent. L'eau est chaude, juste assez profonde pour être à son aise, le ciel frais au dessus des têtes est un peu gris mais un délicat érable japonais plus précoce que ceux que nous avons vu jusqu'ici éclaire la scène de sa flamboyance. Hmmmm.

Je rejoins Daniel après une demi-heure de trempette, non sans avoir fanfaronné pour rassurer une touriste française et sa fille pré-adolescente, manifestement peu à l'aise avec cette première expérience et ayant du mal à comprendre le mode opératoire. Quelques explications plus tard, et notamment qu'il vaux mieux qu'elles mettent leurs vêtements de rechange dans une panière plutôt que de se galérer à se rhabiller devant leurs casiers, dans les pattes des autres, comme je viens de le faire, je les laisse à leur découverte.

La nuit n'est pas encore tombée mais on commence à chercher un spot où on va pouvoir s'asseoir pour regarder le festival. On demande donc à des touristes perchés sur un bout de trottoir de nous faire une petite place mais à peine 5 minutes plus tard des policiers viennent nous demander de ne pas rester ici. On leur demande où aller et ils nous indiquent une place en face. Où nous nous rendons. Devant les maisons qui ont fabriqué des torches, on voit apparaître des hommes de tous âges et de toutes corpulences portant le costume du festival : des sandales de paille tressée typiques des guerriers, une sorte de demi-jupe de cordes tressées laissant les fesses à l'air et une brassière de tissu à motif coloré qui couvre les deux bras et la nuque mais laisse le torse libre. Sexy sexy!

On se déplace de nouveau pour se mettre pile en face d'un des étendards qui servent de point de ralliement où les différents porteurs de torches s'affrontent au tambour mais, alors que le jour tombe, le nombreux staff policier installe une rubalise et commence à cornaquer les visiteurs pour les faire circuler vers l'amont du village. A un point du parcours, le flot étant en sens unique et la rue étant, elle aussi, unique, les visiteurs sont éjectés sur la droite, par un point d'entrée qu'il nous semble bien reconnaître... Mais oui! C'est par là qu'on a jeté un œil à l'arrière des maisons et constaté que le chemin n'allait que vers l'aval... Vers la gare donc. Donc on est censés se faire éjecter vers la gare, mais, même si la foule à l'air de continuer à circuler, est-ce qu'on pourra même revenir dans la rue principale? On décide de faire nos sales étrangers et on se plante résolument de l'autre côté du ruban, en décidant de ne faire aucun effort pour comprendre les admonestations des policiers. Et puis, pour avoir un meilleur point de vue et éviter de se faire prendre dans un deuxième flot qui partirait de l'amont, on s'éloigne un peu et on se poste devant une autre maison.



La nuit tombe et un porteur de torche passe, annonçant en criant le début des festivités. Les braseros devant chaque maison sont allumés au fur et à mesure de son passage, et bientôt tout le village est illuminé. Des petites torches, allumés par les hommes des familles, sont portées par les enfants, filles et garçons, habillés de leurs plus beaux kimonos, qui se mettent à arpenter la rue en scandant "sa-ye-a-say-YO". Les villageois défilent, se croisent, on voit des pères porter une toute petite torche pour leurs nourrissons porté par la maman, des fratries se relayer pour porter et tout un tas de dynamiques familiales s'illustrent à ce moment sous nos yeux.


Cette partie là dure bien une heure. Et puis viennent les choses sérieuses. Les grandes torches, sont allumées, et le même manège reprend, cette fond avec les cris des hommes, qui portent en famille ou seul, les énormes torches enflammées. Plus d'une fois on voit tomber des braises à quelques centimètres seulement des kimonos des enfants et de la peau nue des hommes. Parmi les porteurs, de nombreux jeunes hommes, certains manifestement moyennement à l'aise dans leur demi-jupette, perpétuent la tradition ancestrale de leur village.

Ici on allume et on porte en famille

 

On se déplace de nouveau, pour se rapprocher d'un lieu d'affrontement au tambour. Tour à tour, les anciens de différentes familles se déchaînent sur le gros tambour traditionnel, accompagné par une jeune femme qui joue d'une sorte de triangle. Chacun choisit et poursuit un rythme intense, jusqu'à ce qu'il trébuche ou n'arrive plus à tenir la cadence qu'il s'est fixé. Après que de nombreux hommes s'y soient essayés, les femmes, simplement habillées de kimonos, prennent également leur tour.


Il commence à se faire tard, on a mal aux pieds, alors on envisage de rentrer, tant pis pour la fin du festival, le regroupement des torches devant le temple et la parade des temples portatifs dans la ville. Mais pour rentrer, il faut s'intégrer au flot de visiteurs, toujours canalisé par la police, qui continue de circuler inlassablement, de l'aval vers l'amont, par le petit pont, et de l'autre côté de la rivière. Sauf que le flot à grossit. Sans mentir, il doit y avoir là des dizaines de milliers de personnes. Qui avancent en piétinant, agglutinées les unes aux autres, sur un petit chemin de terre, le long d'une rivière, de nuit, avec un éclairage au mieux insuffisant, voir carrément absent par moment.

Heureusement, nous sommes au Japon, le pays où "shikata ga nai" ("On ne peut rien y changer"), et la foule, qui serait survoltée d'énervement dans d'autres pays, prend tranquillement son mal en patience, avance quand elle peut avancer et attend quand elle doit attendre (pas moins de 45minutes sans bouger, et sans une explication). Familles avec des petits, personnes âgées, touristes divers et variés, policiers hurlant des choses incompréhensibles dans des mégaphones, nous côtoyons tout ce petit monde pendant plus de deux heures, le temps d'arriver à rejoindre le bout de la grande rue où, avant d'être houspillés vers la gare, nous entrapercevons la foule de porteurs de torches, massés devant les marches du temple. Il doit être minuit...




Trop sonnés de notre marche dans le noir au pas de l'escargot pour protester, on se laisse diriger vers la gare, où on fait de nouveau la queue entre des barrières, pour accéder au train de deux wagons qui essaye d'évacuer tout ce monde vers Tokyo. A une pauvre assistante anglophone, qui aborde les touristes pour leur demander leur opinion sur le festival, nous disons tout le mal que nous pensons de l'organisation, et surtout de l'absence totale d'information en anglais, du début à la fin du parcours. Heureusement, on trouve relativement vite une place dans un train et, parce que nous avons laissé passer quelques personnes pressées de prendre le précédent, nous sommes dans les premiers pour celui qui arrive et nous jetons sur des places assises. Désolée pour les personnes plus âgées que nous qui viennent ensuite s'entasser contre nous, mais j'ai mal aux pattes et je ne bougerais pas!

De Kibune à Kurama

Samedi 22 Octobre

Bon. On a mal dormi hein... sans surprise. Pour ce soir, on décide de rembourrer les matelas de futons avec tous les vêtements qu'on peut, histoire de donner un peu de moelleux. Quelle idée aussi d'avoir des matelas si fins à même le sol!

Et puis à la guerre comme à la guerre, ce matin c'est petit dèj'-bol de céréales à tour de rôle dans le contenant des snacks salés qu'on a gardé après l'apéritif d'hier avec la cuillère du couteau militaire de Daniel. Le tout mal assis par terre devant la table basse. Confort maximal. Youhou.



Pour aujourd'hui, le plan est d'aller se balader dans le vallée de Kibune, voisine de celle de Kurama, de faire la grimpette entre les deux villages, d'aller se baigner dans la source chaude de Kurama puis d'assister au festival. Exciting!!!

Un papillon de nuit
leurré par le distributeur de boissons
Le trajet d'une demi-heure en train, dans la montagnette au nord de Kyoto, est plutôt joli, même si le temps est gris. A l'arrivée à Kibune, on snobe le bus et, faisant fi de nos courbatures de la descente de Miyajima, on remonte la seule et unique rue vers le centre-village.

Affamés, on s'arrête dans le premier restaurant qu'on voit, en amont du village, quasi vide mais manifestement conçu pour des hordes de touristes puisqu'il a de quoi asseoir une grosse centaine de personnes. On dépose nos chaussures dans des casiers en bois fermés par un loquet actionné par une grosse planchette et on va se poser près de la baie vitrée qui donne sur la rivière. Le cadre est chouette, le restaurant joli, le personnel sympathique, mais la nourriture sans grand intérêt. Ma fondue végétarienne notamment n'a aucun goût, si ce n'est celui des légumes cuits à l'eau.


Le petit village de Kibune, coincé entre la colline et la rivière, qui s'allonge le long de son unique route, est vraiment mignon et doit être adorable et rafraîchissant en été, lorsque les restaurants disposent des plates-formes directement au dessus de la rivière pour faire profiter leurs clients de sa fraîcheur.

Le joli temple shinto placé à mi-hauteur du village est dédié à la divinité de l'eau.
On y retrouve, comme souvent, des statues de chevaux du meilleur goût, qui rappellent ce temps pas si lointain où les offrandes majeures prenaient la forme de canassons, tradition qu'il a fallut arrêter faute de place dans l'enceinte des temples pour stocker les animaux. Ces statues font souvent l'objet d'offrandes et de confessions des péchés, leurs grandes oreilles les rendant aptes à écouter.

En ce passage des saisons, les tablettes votives qui sont vendues ici, en forme de feuilles d'érables, changent elles aussi de couleur. De vertes, disponibles jusqu'ici, elles sont maintenant vendues dans un ton rouge violacé qui précède et accompagne l'arrivée des Koyo (les feuilles d'automne). Des jeunes filles en kimono coloré se font tirer la bonne fortune en tirant au sort des petits papiers qui paraissent entièrement vierges mais dont le texte se révèle lorsqu'ils sont plongés dans l'eau sacrée qui glougloute le long du temple.





Comme la journée est déjà bien entamée et qu'il n'est pas recommandé de faire la petite randonnée qui sépare Kibune de Kurama à la nuit tombante (vu la densité de feuillage, il fait déjà assez sombre), on entame le chemin en mode commando. Au final, on va faire la route en 1h30 au lieu des 3h prévues par le guide. Ça grimpe sec d'abord et, après à peine un plateau, ça redescend tout aussi sec. En chemin, on croise une théorie de minuscules sanctuaires et éléments sacrés, mais rien qui nous touche particulièrement, à part vers la fin du trajet, en arrivant à Kurama.





On arrive enfin à Kurama en traversant son temple majeur, le Kurama dera, devant lequel sont exposés les sanctuaires portatifs qui seront portés en défilé durant le festival de ce soir. Celui-ci est  une fête du feu, où les habitants mâles de Kurama, vêtus d'un costume traditionnel minimaliste, trimballent dans toute la rue principale de la ville d'immenses torches qu'ils ont passé plus d'un mois à construire, en scandant ce qui ressemble à des cris guerriers et en s'affrontant dans des battles de tambours traditionnels quand plusieurs groupes se croisent à certains points précis. On a hyper hâte!

lundi 2 janvier 2017

Kyoto en amoureux - le retour

Vendredi 21 Octobre

En préparant notre itinéraire, nous avions vu que, pile au moment où nous serions en train de rentrer de Hiroshima vers Tokyo, aurait lieu le Kurama-no-hi-matsuri, une des plus anciennes fêtes japonaises, dans le petit village de Kurama, au nord de Kyoto. Du coup, pas d'hésitations, on repasse par Kyoto sur le chemin du retour!

Par l'opération combinée du saint esprit et de la fonction sèche linge de la machine à laver, que le propriétaire de l'appart nous a indiquée, notre lessive est sèche juste à temps pour réintégrer nos sacs avant le départ.

Après avoir hésité entre le tram et le bus pour aller à la gare, on s'est décidé pour le premier. Grave erreur car celui-ci est un vrai escargot à cette heure de la journée et, pour la première fois depuis notre départ raté pour Hida, on dirait bien qu'on va louper le train qu'on espérait prendre. Mais c'était sans compter sur l'efficacité surnaturelle des employés de gare ici. Dans un laps de temps qui n'aurait jamais suffit en France, on parvient à comprendre que le train qu'on voulait prendre est complet en places réservées, à acheter des billets non réservés et à trouver notre quai avant l'arrivée du shinkansen. Évidemment, du coup, on est un peu loin dans la file et, si on arrive à entrer, on va passer un debout un bon tiers des presque 3 heures de trajet de Hiroshima à Kyoto.

Puisqu'on ne peut pas faire notre check-in avant 16h, on commence par déposer nos bagages à la gare centrale. On y mange aussi un bout dans un des nombreux espaces de restauration qui émaillent les 15 étages du bâtiment ultramoderne tout en métal et en verre. Le restaurant de tempuras qu'on visait étant pris d'assaut, on se rabat sur un voisin qui propose des sets de plein de petites choses étonnantes et délicieuses, comme je les aime (soba, légumes marinés, assortiment de tempuras, petits morceaux de poisson, bol de riz, soupe miso, légumes racines cuits à la sauce soja...).

Depuis le haut de la gare

Aujourd'hui, c'est le jour du marché aux puces mensuel Kobo-san, au temple Toji, à 15 minutes à pieds de la gare. Fatigués, on flâne distraitement entre les nombreux stands qui proposent des tas de choses, des vieux outils aux étals de potiers en passant par tout un tas de spécialités culinaires séchées, fermentées ou sucrées, à consommer sur place ou à emporter, des bonsaïs, des vêtements... Il y a aussi un certain nombre de revendeurs de kimonos à 1000 yens, abandonnés par leurs propriétaires parce que tâchés, déchirés, pas finis, plus utilisés... On fouille un peu, mais la plupart sont vraiment immenses (et surtout très larges) et on n'arrive pas vraiment à se décider, ni même à décider si on en a vraiment envie. En tout cas, le marché est suffisamment immersif pour qu'on oublie quasi entièrement qu'on est dans l'enceinte d'un temple, aux bâtiments duquel on ne jette qu'un œil distrait. On sent la redescente de pression après notre été mouvementé se combiner à un début de lassitude du voyage qui fait qu'on est moins motivés à aller voir de plus près chaque temple dont on aperçoit un bout de toit.

Récupération des bagages, puis transfert vers notre Airbnb de ces trois prochains jours, qu'on découvre minuscule, sous équipé (pas de plaques électriques, ni bols, couverts ou assiettes), avec des matelas de futon qui rappellent plutôt ceux de chaises longues et pas la place de les disposer côte à côte. Au final, on fait se recouvrir les deux minces matelas et on sacrifie une couverture pour apporter du moelleux et essayer de dormir sans avoir les hanches qui touchent le sol à chaque fois qu'on se met sur le côté. D'autant que moi, je dors sur le côté!

Notre pala(pla)ce de ces prochains jours...
Petit restaurant de yakitori (brochettes) sans intérêt majeur, à part sa salade composée, un peu frustrant du fait de la carte minimale en anglais et de notre japonais insuffisant pour lire le menu calligraphié.

dimanche 1 janvier 2017

Onomichi et dernière nuit à Hiroshima

Jeudi 20 Octobre

Sur les conseils de Sam toujours, on a choisi de ne pas s’éterniser à Hiroshima et d’aller aujourd’hui visiter Onomichi, une ancienne ville industrielle des alentours qui, sinistrée par le changement d’activité, trouve une seconde vie avec l’arrivée de jeunes citadins. Soucieux de recréer du lien et de gagner en autonomie après le choc du tremblement de terre de 2011, ceux-ci récupèrent pour trois fois rien des maisons et magasins non occupés, et essayent de recréer des commerces locaux. Sur le papier (le blog, plus exactement), la visite est alléchante, mais, barrière de la langue ou hasard du calendrier, elle nous laissera un peu sur notre faim.

Après 1h de train, à la gare où nous prenons quelques informations, une passante décide que nous avons besoin d’aide pour savoir où aller et commence à nous expliquer plein de choses sur notre carte, bientôt rejointe par un autre promeneur, qui nous enchaîne lui aussi en japonais. On sourit beaucoup, on salue souvent, on utilise nos trois mots de japonais pour acquiescer et remercier et on décide de ne pas du tout faire ce qu’ils ont conseillé (en tout cas ce qu’on en a compris), mais en attendant qu’ils aient tourné les talons pour partir dans le sens inverse !

On commence par se diriger vers la galerie marchande que Sam nous a indiqué, où se trouve une guesthouse qui est un peu le cœur du projet de réhabilitation de la ville. Mais dans la galerie, les magasins sont majoritairement fermés au rideau de fer, ou vieillots. Et la guesthouse aussi ! Un petit arrêt à la banque, où là aussi ils ne changent que des dollars et on repart, quand on entend trottiner derrière nous. (C'est une constante qu'on retrouvera souvent ici : les femmes ne courent pas, elles trottinent...) La préposée de banque que nous avions interrogée nous fait de grands signes d’excuses en répétant « euro ok ! ». Le taux est un peu dégueulasse (à peine meilleur que celui de la poste ou on a changé un peu de sous ce matin) mais on ne connaît pas bien le taux actuel et on s’inquiète un peu de ne pas avoir assez pour payer le billet retour vers Kyoto alors on change tout ce qui nous reste.

On part du coup en quête d’un endroit où déjeuner mais le Lonely Planet, qui ne consacre qu’un entrefilet à la ville, ne regorge pas d’options. On finit tout de même, en longeant le front de mer industriel, par localiser le restaurant de sushis qu’ils recommandent. La patronne n’a pas l’air ravi de voir deux gaijins débarquer dans son restaurant mais on tient bon et on commande des sets de sashimis. Le poisson est ultra frais, le calamar, égal à lui-même et refilé en douce à Daniel, mais le riz, mélangé à des œufs de poisson et des algues, est vraiment bon. On prend ensuite un café et un tchaï dans un bar minuscule, tenu justement par deux représentants de cette nouvelle génération venue s’installer en ville. Entre notre guide de conversation, nos applis smartphone et quelques mots d’anglais, on arrive à avoir une mini discussion en simili japonais où on comprend qu’ils organisent des projections de films (dont le Dune de Jodorowski dont on a reconnu la jaquette).

La guesthouse est toujours fermée et on se rabat sur la visite du sentier des chats et du chemin des temples, dont certains valent effectivement le coup d’œil. Une visiteuse qui sort d’un des temples nous indique qu’il ne faut pas hésiter à ouvrir les doubles portes coulissantes fermées, mais ce sera la seule fois qu’on osera le faire.

Il est dit que celui qui visite ce temple y reconnaît forcément le visage de quelqu'un


On continue vers le haut de la colline en prenant de nouveau un petit téléphérique, ce qui nous donne une chouette vue sur le port de commerce encore actif, avec ses immenses grues qui ressemblent à des girafes, et les plans de collines successifs jusqu’à l’horizon.



En redescendant, on se perd dans les ruelles en pente, en passant sous les toiles d’énormes araignées aux habitantes tout à fait impressionnantes. Les courbatures de la descente d'hier se font un peu sentir, ça tire dans les jambes! De nombreuses maisons sont effectivement vides, il y a de plus en plus de matous et on commence à se dire en rigolant que si on n’arrive jamais à ressortir d’ici on finira mangés par les chats. En tout cas le bilan de notre visite est mitigé, même si on est contents d’avoir vu une ville très peu touristique. On décide de rentrer un peu plus tôt, ce qui nous permettra aussi d’aller dans le bar à bières déjà cité, qu’on avait loupé mardi ! C'est surtout pour Daniel qu'on y va car la description de Sam l'avait emballé. Moi je n'aime pas la bière et j'ai envie de faire pipi, une combinaison idéale pour aller boire un demi!

On cherche un peu et on finit par reconnaître l'endroit à la file de personnes qui attendent devant ce qui ressemble bel et bien à un garage.
Le "bar" proprement dit ne contient que 4 tables, et a une capacité d'accueil d'une douzaine de personnes tout au plus, debout autour d'un tonneau. Et comme les clients en profitent pour tester plusieurs bières (on peut en commander deux par personne, pas plus), la queue n'avance pas vite. Mais on finit tout de même par pouvoir rentrer, en partageant la table de deux salarymen. Le patron, en costard blanc derrière ses deux tireuses de 1933 et 2008, est tout à son art. Les verres, mis à refroidir dans de l'eau glacée, sont remplit cérémonieusement, avec des techniques différentes selon la spécialité commandée : en une fois, deux, trois ou quatre fois, depuis l'une ou l'autre tireuse. Daniel et moi en commandons deux différentes, histoire de comparer si la façon de verser la bière modifie effectivement son goût.
Pour moi qui n'aime ni l'amertume ni les bulles de la bière blonde, on choisit un tirage en trois fois, censé justement diminuer ces deux caractéristiques, tandis que Daniel opte pour un tirage qui lui promet une belle mousse crémeuse. Et la surprise est au rendez-vous. Si la différence est subtile, d'autant plus pour moi qui suis néophyte, on constate indéniablement que le goût et la texture de la mousse ont leurs particularités! Incroyable petite expérience que voilà.


Parce que Hiroshima est connue pour sa spécialité d'okonomiyaki, on se dégote une sorte de food mall spécialisé dans la galette de chou aux nouilles (Hiroshima style!). Chacun des 3 étages abrite une dizaine de mini-restaurants pouvant accueillir chacun une dizaine de personnes. Ils sont tous organisés de la même façon : un espace de cuisine central entouré d'une plaque chauffante en U autour de laquelle prennent places les clients. Les textes introductifs écrits par les propriétaires rivalisent de pittoresque, entre ceux qui promettent qu'ils reproduisent la même recette depuis 40 ans et  celui qui met l'accent sur la sélection de ses produits. Évidemment, dans tout ça, on se perd, et on finit par ne plus savoir lequel correspond à quel endroit dans le bâtiment.
Celui qu'on choisit est tenu par deux adorables cuisinières avec qui nous papotons à grand renfort d'applications de traduction diverses et de petites cartes en différentes langues qu'elles ont imprimé pour faire comprendre les bases de leur commerce aux touristes. Les Okonomiyaki sont délicieuses, copieuses, fortes en goût (on a rajouté de l'ail : niniku!) et brûlantes! Les touristes hollandais qui partagent le comptoir avec nous,en voyage organisé depuis Utrecht, s'amusent de nous voir les engloutir.


On rentre ensuite à pied par le quartier commerçant d'Hiroshima, qui a de faux airs de ceux d'Osaka et de Nara et dont la modernité contraste bizarrement avec le passé martyr de la ville. On sent ici à l’œuvre une puissante volonté de se relever et de ne pas se contenter de n'être que le témoin de cette histoire là.

vendredi 30 décembre 2016

Miyajima – l’île magnifique ou la revanche des petits daims



Mercredi 19 Octobre

Gros changement d’ambiance aujourd’hui, après un petit déjeuner à l’appart, nous partons en direction de Miyajima. Vous connaissez forcément si vous avez déjà feuilleté un catalogue de voyages sur le Japon, son grand Torii vermillon dans la mer est une des images qui revient le plus quand on se renseigne sur le Japon.

Mais avant toute chose, on cherche sans succès une banque où on puisse changer un peu d’euros car on commence à être limite en cash et on ne tiendra clairement pas comme ça jusqu’au retour à Kyoto, où on sait où changer de l’argent. Mais on nous répond qu’ils ne changent que des dollars. C’est Daniel qui gère la disparition progressive des sous, mais du coup c’est aussi lui que ça stresse et notre échec du jour n’arrange pas les choses.

Pour profiter du fait que j’ai acheté un pass qui me permet de prendre tous les trains de la compagnie JR, on se décide donc pour un trajet tram puis train puis bateau, pas forcément le plus rapide. A la gare une japonaise nous aborde en anglais et nous fait un bout de conversation. Professeur d’anglais pour adulte, elle habite à Hiroshima et est ravie que nous soyons venus tout exprès visiter la ville lors de notre périple. Elle se rend également aujourd’hui à Miyajima avec certains de ses élèves, certaines comme nous le remarquerons plus tard, car seules des femmes suivent ses cours en pleine semaine. L’objectif est d’aborder les touristes et de leur proposer des explications en anglais, un bon moyen pour son groupe de travailler leurs compétences en conversation. Une de ses élèves nous rejoint d’ailleurs à quai et tente laborieusement d’échanger quelques mots. Comme c’est la tradition lorsqu’on rencontre quelqu’un, elle fouille son sac et y pêche des petites enveloppes destinées à offrir des étrennes, qu’elle nous offre comme cadeau de rencontre. Nous, nous sommes bêtement partis les mains vides, pas encore au courant que cette habitude des cadeaux peut se matérialiser à n’importe quelle occasion, et pas seulement lorsqu’on rencontre quelqu’un de manière formelle.

Parce qu’il fait gris, la demi-heure de traversée en ferry et l’arrivée sur Miyajima ne sont pas très impressionnantes. Mais à peine arrivés, nous découvrons que cette île est également peuplée de daims ! Comme Nara ! Ceux d’ici sont même presque plus familiers, grignotant les emballages et sacs des pique-niques de touristes lorsque ceux-ci ont les yeux ailleurs, ou se laissant prendre en selfie avec les visiteurs…



Le temple que nous voulions visiter d’abord, l’Itsukishima, est malheureusement inondé par la marée. Derrière ses portes barrées, un personnel nombreux passe le jet d’eau et la raclette pour nettoyer la vase et le sel déposés par les vagues. Flûte…



Du coup on monte un peu dans les hauteurs de la ville, pour la visite du Senjokaku, un immense hall flanqué d’une pagode. Le bâtiment est complètement insolite : ouvert aux quatre vents, tout en bois, décoré de coques de bateaux, de magnifiques tableaux de bois peint et de …. spatules à riz géantes. Sisi. Moi non plus je n’y crois pas et j’accuse Daniel de se moquer de moi mais, à la lecture du guide, il me faut bien me rendre à l’évidence. Mais pourquoi.. ? Ça, l’histoire ne le dit pas.


On redescend en ville pour un déjeuner sans grand intérêt d’anguille laquée sur bol de riz et fruits de mer frits (dont des huîtres frites, très bizarre). Alors qu’on se dirige vers le téléphérique qui mène en haut de l’île, on entend une annonce en japonais venant de l’Itsukishima et Daniel en déduit que le temple rouvre. Et en effet ! On comprend en fait que, construit vraiment à fleur d’eau, à chaque marée haute un peu agitée, le temple se fait rincer, et qu’il est donc fermé pour nettoyage avant réouverture au public. On s’engage donc dans la foule qui envahit bientôt les coursives qui surplombent la marée descendante. Ici, on ne pénètre jamais vraiment à l’intérieur de l’ensemble. Le trajet balisé par les petits couloirs ajourés nous fait serpenter le long de certains bâtiments, entre les stands d’achat de charmes et autres papiers de bonne fortune et donne sur des terrasses et points de vue sur le O-Torii. Au milieu de classes entières d’étudiants en uniforme et de groupes de jeunes femmes, de parents et leurs petits en kimono, des mariés en costumes traditionnels se font photographier avec le Torii en arrière-plan.




Petite grimpette à travers la forêt du parc Momijidani pour amorcer la montée de la montagne Misen, qu’on décide d’aborder en téléphérique. On croise d’ailleurs notre couple de Tokyoïtes de la veille, qui en redescendent, et on s’échange de grandes salutations enjouées. La vue depuis la cabine est magnifique, malgré le temps couvert, et un peu vertigineuse. Une fois à la gare téléphérique du haut, une plate-forme permet d’avoir une bonne vue des îles du petit bras de mer qui nous sépare de la côte. Sur la rambarde, des tubes métalliques soudés, creux et légendés, permettent de regarder à coup sûr dans la direction de ce qu’ils pointent. Pas bête comme système !

Une première phase de marche nous laisse tout suants et nous mène au Reikado Hall, dont la flamme, censée brûler depuis des siècles, est celle dont est issue la flamme du mémorial de la paix à Hiroshima.

Épongés et ayant repris notre souffle, on grimpe plus haut, jusqu’à l’observatoire qui offre un panorama circulaire sur l’île et ses environs.

Sur le toit terrasse du bâtiment, on retrouve un petit vieux monsieur qu’on avait dépassé en bas du téléphérique, puis de nouveau croisé à la première plate-forme où on lui avait annoncé un peu fiérots qu’on montait jusqu’à l’observatoire. Et bien lui aussi, et il n’est pas aussi rouge que nous. Et vlan.



Redescente à pieds, jolie mais un peu longue et usante pour les genoux (beaucoup de marches ! beaucoup !) par le Daisho-in course, un sentier qui dessert quelques temples et autels en pleine forêt et offre quelques jolis points de vue sur le Torii.

Tout en bas de cette descente, l’ensemble de temples du même nom est une vraie splendeur, peut-être encore plus du fait du ras le bol des marches.



C’est un des premiers groupes de temples qui me touche vraiment plus profondément, avec tous ses bâtiments blottis dans la colline, ses poutres sculptées et ses centaines de Jizos coiffés de petits bonnets, disposés le long d’un sentier en contrebas. Mais comme d’habitude, tout ferme très tôt et nous enrageons de nous faire fermer un temple au nez par un jeune moine, puis fermement diriger vers la sortie.




Étrange accoutrement pour ce Jizo...

Au retour vers le ferry la marée basse a découvert le Torii, prétexte à de nouvelles photos. Plus loin, un faon suit comme son ombre un touriste qui a fait l’erreur d’acheter un épi de maïs grillé. Obstiné, l’animal se tient à la hauteur de l’homme, et avance résolument le museau chaque fois que celui-ci essaye de mordre dans son goûter. On recroisera le touriste à bord du ferry de retour, débarrassé de son maïs comme de son faon, sans savoir si le second a finalement réussi à croquer le premier.