lundi 20 mars 2017

A la recherche de l'appartement parfait - les explications

Le 28 Octobre

Pleins de motivation, et pressés de trouver notre chez nous définitif, nous avons donné rendez-vous dès le vendredi après-midi à Kakei Lin, un ami d'ami de Mika (encore!) qui se trouve être agent immobilier.
Nous nous retrouvons donc du côté de Shibuya, tout à fait trempés par le démarrage brutal de la pluie durant notre balade depuis Harajuku, malgré les parapluies transparents (on ressemble à des méduses) qu'on a finit par acheter tellement les K'way et petit parapluie ne suffisaient plus.

Nous avons rendez-vous devant la statue d'Hachiko, ce chien devenu célèbre pour avoir continué pendant près de 10 ans, jusqu'à sa mort, à venir attendre son maître à la station Shibuya, après que celui-ci ait été atteint d'une hémorragie cérébrale et ne soit jamais revenu. Entré dans la culture japonaise comme symbole de loyauté et fidélité de son vivant, il a été statufié après sa mort et est maintenant un point de rendez-vous connu de tous, notamment des amoureux.

Kakei nous repère et nous dirige vers le café de Loft, magasin de design japonais à l'entrée duquel on est prié de glisser son parapluie mouillé dans une chaussette en plastique jetable, histoire de pas mouiller le sol quand même. Ce pays est une catastrophe d'un point de vue écologique, et notamment plastique... mais j'y reviendrai.

Comme Daniel avait déjà communiqué avec lui par mail sur nos desideratas et budget, Kakei est venu avec une première sélection de 4 appartements, et nous explique le fonctionnement de la location au Japon. Accrochez-vous, ça va devenir technique.
Le propriétaire est ici en droit de demander, en plus du premier loyer et de la caution (qui n'est souvent que partiellement rendue car utilisée pour remettre l'appartement au propre pour le locataire suivant), un, voire deux mois de loyer supplémentaire, appelé "Key money" et qui est dans les faits un cadeau pour le remercier de bien vouloir louer. Sur une location d'1 an, ça augmente donc le loyer d'1 ou 2/12e, sans qu'il soit possible d'y faire quelque chose. En plus de ça, le propriétaire peut demander à ce qu'on ait recours, plutôt qu'à un garant individuel, à une compagnie privée de garantie. Pour le service qui consiste à payer à notre place si on est en défaut de paiement puis à nous poursuivre pour qu'on les rembourse, celle-ci prend entre 1/2 et 2 mois de garantie. On est donc à loyer + entre 1,5/12 et 1/3. Ce qui peut donc modifier grandement le prix à l'arrivée, comme on le constate en faisant rapidement les calculs sur les exemples qu'il nous a apportés.

Après avoir repris rapidement notre budget maximum et nos envies (un quartier sans grande tour, à proximité de l'université de Daniel, deux chambres si possible...), notre agent nous propose donc une première série de visite pour lundi matin. Dans 2 jours et demi donc. Efficacité! Il nous laisse pour aller passer les premiers coups de fil de sa chasse.

On fait ensuite un rapide tour chez Loft et un semblant de balade dans le quartier, durant laquelle on achète deux livres de Kanjis, dont un de vocabulaire qu'on trouve super pratique puisque les traductions sont écrites en rouge et une feuille de plastique de même couleur permet de les cacher lorsqu'on s'auto-évalue.

Rapidement, nous nous posons au chaud parce que j'ai les pieds trempés (je vais devoir faire recoudre mes chaussures, une nouvelle aventure à raconter...) avant de rentrer chez les Tomomura pour la seconde soirée.

Celle-ci est très chouette de nouveau, jeu avec les enfants et dégustation d'un nabe (un plat unique dans une cocotte en céramique) savoureux, qui mélange légumes, champignons, poisson et boulettes de viande. Yuri, à qui nous montrons nos achats de la journée, s'amuse de notre enthousiasme pour le filtre rouge du livre de vocabulaire, car le procédé est apparemment parfaitement courant ici!

mercredi 15 mars 2017

A la découverte de Tokyo - premier jour

Vendredi 28 Octobre

Petit déjeuner européano-japonais après le départ des enfants pour l'école, puis Yuri nous dépose à la gare, direction Yoyogi. Et plus précisément le parc de Yoyogi.

Cette partie de la ville est en fait constituée de deux parties qui ne communiquent pas :
- le Yoyogi Koen, le parc proprement dit, un espace de 54 hectares en plein cœur de tokyo, que nous ne verrons pas ce jour là, où citadins et touristes viennent profiter d'un coin de nature à deux pas de la folie de Shibuya, Shinjuku et Harajuku,
- le Meiji Jingu shrine, 70 hectares plantés de plus de 120 000 arbres et sanctuarisés pour honorer l'esprit déifié de l'empereur Meiji et de son épouse.

C'est dans cette deuxième partie que nous nous enfonçons, dans ce qui est une véritable forêt d'où le bruit de la ville est complètement absent, vers le temple blotti au creux de ce sanctuaire. La foule est dense autour de la place et nous nous ébahissons des offrandes disposées sur les côtés du bâtiment où l'esprit de l'empereur et de l'impératrice sont censés être conservés.

Une des nombreuses estrades d'offrandes
Devant le temple proprement dit, deux arbres gigantesques, unis par une corde de paille de riz, symbolisent le bonheur conjugal.

A J+ 1 mois et 1 jour, nous trouvons l'occasion trop jolie pour ne pas demander à des touristes qui passent par là de nous photographier devant.


Ils sont justement français, vivent ici depuis 5 ans sans aucune envie de retour au pays et, alors que nous leur expliquons que nous arrivons tout juste et allons commencer à chercher un logement, nous proposent très gentiment de nous envoyer les coordonnées de leur agent immobilier, insistant sur l'importance d'être bien accompagnés dans la recherche d'appartement.

Un peu sonnés par le retour sur Tokyo, on ne prend finalement que peu de photos mais, alors qu'on se dirige vers la sortie du côté d'Harajuku, on ne peut s'empêcher de documenter l'impressionnante collection de Saké et de vins de Bourgogne dédiée à l'empereur!



Le portail de l'entrée principale, imposant, vient clôre cette promenade comme suspendue à l'extérieur de la folie de la ville.


Autant dire que la plongée dans Harajuku, juste à côté, est décoiffante.
Temple d'une mode criarde et acidulée, la rue piétonne Takeshita dori, dans laquelle nous nous engouffrons, fourmille de passants. Des deux côtés et souvent sur plusieurs étages, y compris en sous-sols, des dizaines de micro-magasins vendent des collants à imprimés et des bas résilles de toutes les couleurs, des fringues gothiques ou de cosplay, des combinaisons-pyjamas lapins, des t-shirts bariolés à message humoristique... Sur le coup, je ne pense pas à prendre de photo et je vous en partage donc une empruntée à un autre blog.

copyright http://blog.japantwo.com

C'est aussi censé être l'endroit de la ville où on rencontre le plus de jeunes tokyoïtes en rupture avec le carcan sociétal, arborant des looks décalés, fluos voir franchement provocateurs mais, jour de semaine oblige ou hasard du timing, ce ne sera pas pour cette fois.

Daniel en profite pour me faire entrer dans mon premier hyaku yen shop, les magasins à 100yens (moins d'un euro), où on trouve de tout, des bols en céramique à la nourriture, en passant par tout un tas de produits cosmétiques ou de fournitures scolaires, de bureau ou de fête. Là aussi, il faut se faufiler entre les gens pour naviguer entre les rayons, et cela s'étend sur 3 ou 4 étages.

Nous avons rendez-vous à Shibuya dans l'après-midi et décidons donc d'y aller à pied, en passant par les petites rues d'Harajuku et autour d'Omote-sando. On découvre au passage le côté super bourgeois de cette partie de la ville, avec ses magasins de fringues hyper branchés, et touchons du doigt le prix de la vie au Japon en jetant un œil à des chaussures d'une marque éthique qu'on aime bien, Think!, mais qui coûte ici près de deux fois le prix français, déjà très élevé! Bien bien bien, ce n'est pas ici qu'on s’achètera des chaussures. De toute façon, comme je le constaterais bien plus tard, ils n'ont pas ma pointure.

Déjeuner rapide et bon dans un restaurant de gyozas où on tente la commande en japonais, assez peu aidés par un personnel antipathique, puis on continue notre route vers Shibuya.

La suite de cette journée, dans le post suivant!

dimanche 12 mars 2017

Arrivée sur Tokyo

 Jeudi 27 Octobre

Réveil, on règle le ryokan.
Le propriétaire propose de nous déposer à la gare et on lui offre un petit pot de crème de caramel au beurre salé (oui, j'ai fait breton pour les petits cadeaux). On essaye pendant le trajet de lui raconter nos aventures de la veille, avec un succès mitigé.

Arrivés à la gare, il n'y a plus de places côte à côte dans le prochain train, à part dans le wagon fumeur (oui, ça existe ici). On les prend donc mais on arrivera à se trouver deux places dans les wagons de sièges non-réservés, ce qui nous évite de faire le trajet soit debout, soit assis dans la fumée.

Comme on ne sait pas exactement par où passe le train, on espère apercevoir le Mont Fuji, sans être sûrs. Et effectivement, on passe près de son pied, qui est la seule partie que nous verrons, le haut étant noyé sous les nuages. Une prochaine fois peut-être Fuji-san!

L'arrivée sur Tokyo même n'est pas toute simple : durant près d'une heure, le train passe entre les grands immeubles d'une banlieue qui n'en finit pas d'être moche. Je me vois déjà coincée au 60ème étage d'une tour donnant sur d'autres clapiers et, si j'essaye bravement de sourire, Daniel n'est pas dupe des larmes qui sont toutes proches de me monter aux yeux.

Nous n'avons rendez-vous qu'en fin d'après-midi avec nos hôtes de ce soir, des amis de Tatsu et Mika qui ont deux enfants, parlent un peu anglais et sont très enthousiastes à l'idée de nous héberger. Nous avons donc décidé de nous balader un peu dans la ville, après avoir laissé nos sacs à une des grandes gares au bout de la ligne de métro qui nous conduira chez les Tomomura.

C'est déjà une petite aventure de trouver, dans la grande gare d'Ikebukuro, un casier suffisamment grand pour y faire rentrer nos sacs de rando, boursouflés par 3 semaines de voyage, des vêtements mal pliés et quelques bricoles ajoutés au fil des visites.


Le choix du lieu de premier contact avec Tokyo n'est peut-être pas idéal... Ikebukuro est l'un des trois grands centres de la métropoles. Grandes tours bardées de publicités plus criardes les unes que les autres (au sens propre, ici, les écrans publicitaires sont parlants), foultitude de personnes, le décalage avec les jours précédents est total.

Dans les entrailles de "Sunshine City", autrefois le grand magasin le plus vaste du monde, on assiste à une scène surréaliste : un groupe de K-pop coréenne (sorte de boys band) est venu ici sortir son premier single en japonais.


 Des centaines de personnes, des femmes principalement, sont agglutinées sur les 3 étages qui donnent sur l'esplanade où ils se produisent et hurlent (moyennement) en rythme les paroles des chansons. Je n'ai encore jamais entendu une telle stridence chez des adultes. Dont certaines ont plutôt la quarantaine que moitié moins! En bas, sur l'estrade, des minets insipides et bien coiffés s'agitent au rythme d'une bouillie prémixée et vaguement pop qui parle, évidemment, d'amour.
Le titre de l'album? "You=heaven".
Je ne résiste pas à vous mettre une vidéo prise durant ce grand moment.



Elle n'est pas de nous. Nous, nous fuyons.

Et nous réfugions dans un jardin botanique et le petit temple attenant, preuve, qui se répètera par la suite, que même au milieu de la folie, il existe dans cette ville des îlots de calme. Certes, dans le cas des photos ci-dessous, l'îlot est un cimetière. Mais pour être calme, c'est calme!

Des îlots de calme desquels on voit la ville quand même
Dont on la voit très bien même...

Un petit coup de métro, et on est accueillis comme des princes à Hôya par Yuri, Kosuke et Mairo, qui nous ont même fait une pancarte de bienvenue!
 


On passe une excellente soirée à jouer avec les petits, qui sont déchainés, et à manger des sushis.

Plus tard, au moment de leur coucher, Shinya, leur père, rentre enfin du travail. Il doit être 21h30. Il tombe rapidement le costard, uniforme obligatoire du salaryman, et, une fois les enfants couchés, nous avons une chouette discussion sur les voyages dans nos trois mots de japonais et leur mauvais anglais.

mercredi 8 mars 2017

Dernier jour à Hikone

Mercredi 26 Octobre

Ajourd'hui, on flâne dans Hikone. C'est le programme.
Petites rues mignonnes, temples (évidemment), boutiques charmantes, la ville est un enchantement.

Bientôt Halloween, est-ce pour ça que cette citrouille décore le trottoir d'un magasin de pâtisseries?
La plante est raccord, orange, boursouflée et un peu flippante.


On choisit pour déjeuner le restaurant qui était notre deuxième choix hier soir et, par un hasard qui est largement du à notre absence quasi totale de compréhension de la langue, Daniel se retrouve à commander le même plat que la veille. Sauf que cette fois, nous sommes assis au comptoir! Et que son œuf est cette fois servi non cassé, dans un petit bol. Pour se faire un œuf dur?
La serveuse, patiente, prend le temps de nous faire comprendre que non, l’œuf ne se met pas dans le caquelon (malheureux!) mais qu'il se brouille et est utilisé pour y tremper les aliments au sortir de la fondue.

 Les petits cafés de la place sont bien tentants mais j'ai envie de partir à la découverte de la grande rue commerçante et de sa boutique où on peut faire sa propre bougie artisanale. Daniel commande donc un café dans une minuscule échoppe qui vend aussi des takoyakis, ces boulettes de pâte fourrées au poulpe. La propriétaire est adorable et nous fait un brin de causette. Tandis que le café passé, je fais un tour à un magasin de seconde main qui vend des ustensiles de cuisine, de la très jolie vaisselle (mais ce n'est vraiment pas pratique d'en acheter maintenant), mais aussi... des furoshikis! Ces rectangles de tissus sont utilisés pour emballer les objets, que ce soit pour offrir, ou pour le transport. J'ai toujours voulu en posséder un et je craque donc pour un joli violet et mauve à imprimé discret de motifs japonais.

La boutique de bougies est finalement très décevante et l'atelier de fabrication, plutôt tristoune et très moderne, me décourage un peu. Le prix finit de me démotiver, mais on trouve tout de même une bougie à acheter pour mettre dans notre future maison. Un peu plus loin, petite discussion en anglais et japonais avec la vendeuse d'un magasin de confiseries typiques d'Hikone, dont on achète une boîte pour nous et une pour l'agent immobilier qu'on doit rencontrer quelques jours plus tard, à notre arrivée à Tokyo, pour lancer notre recherche d'appartement. Évidemment, ce sont de petites boulettes de pâte de riz au macha. Pas d'azuki cette fois, mais de la farine de soja grillée. C'est bon...

On décide de faire après ça une dernière incursion vers le lac, un peu déçus de la différence entre ce que nous en avions imaginé et l'état d'aménagement réel du lieu. Longue balade dans les petites rues de la ville, en forme d'immersion dans le quotidien des citadins. Un petit espoir en arrivant sur le lac, malgré des abords très industriels (et une petite ferme solaire), mais rapidement, on tombe sur un cul de sac avec des vieux vélos rouillés, des déchets... retour vers la ville donc.


Encore un petit temple, au hasard des détours. Ici sont stockés les panneaux des différents signes astrologiques lorsque ce n'est pas leur tour d'être mis à l'honneur.



Au retour vers les petits cafés sympas de la place, censés être ouverts jusqu'à 18h, tout est déjà fermé alors qu'il est 16h30. Déçus, on s’assoit sur un banc et on déchiffre nos premiers Kanjis.
On repart rapidement pour trouver tout de même un café et on s'arrête au Sancho, repéré sur internet. Ambiance cozy un peu kitch, des livres partout, notamment pour enfants, comme celui qui trône sur notre table et dans lequel est collé le menu. On se prend un goûter et la patronne, adorable, nous offre du thé froid d'été. Malgré son absence totale d'anglais et notre très faible japonais, elle cherche vraiment à engager la conversation et nous échangeons quelques banalités (l'emplacement de notre hôtel, que c'est la fin de nos vacances...), jusqu'à ce qu'elle disparaisse en cuisine et revienne avec deux ombrelles en papier japonais (washi), qu'elle nous offre.



Alors qu'on s'apprête à repartir vers notre ryokan car la nuit est tombée et le café ferme bientôt, la pluie commence à tomber et se métamorphose, le temps qu'on règle, en vrai déluge. Malgré nos anoraks et nos chaussures de rando, nous ne sommes absolument pas équipés pour 20 minutes de marche sous la pluie battante. Alors qu'on se rhabille courageusement, la propriétaire nous arrête et, catégorique, nous déverse un flot de mots sur les épaules. Dans lequel on comprend que non mais on ne peut pas partir comme ça, que de toute façon il n'y a plus de clients et qu'elle allait fermer, alors qu'il faut qu'on attende, qu'elle va aller chercher sa voiture.

On proteste évidemment largement, mais tout de même pas trop fort, et nous voici à l'attendre dans le café quasi éteint, puis à courir les quelques mètres qui nous séparent de la voiture et qui suffisent à nous tremper. Evidemment, erreur qu'on répètera un certain nombre de fois, nous n'avons pas pensé à prendre sur nous l'un des petits cadeaux que nous avons prévus pour offrir typiquement dans ce genre de rencontres. Arrivés devant l'hotel, je laisse donc Daniel tenir la jambe de notre charmant hôtesse et sprinte sous la pluie pour aller chercher dans notre valise l'un des mini kouign-aman que nous avons choisis comme présents. Après tout, elle tient un café et fait des gâteaux! Je me ré-engouffre, trempée, dans la voiture et je me fais d'abord rabrouée parce que je suis sortie du côté de la route, et que c'était dangereux! Quelques explications sur ce qu'est un kouign aman et comment ça se mange, puis nous remercions mille fois et sprintons de nouveau vers le ryokan (en passant par la porte côté trottoir cette fois). Nous sommes bien humides, mais pas autant que l'homme qui arrive en même temps que nous et qui, lui, n'a pas bénéficié d'un trajet en voiture. Le pauvre est trempé comme une soupe et nous sommes, malheureusement pour lui et heureusement pour moi, au tout début de l'heure des femmes pour le bain.

Un peu plus tard, alors que la pluie s'est arrêtée, on trouve à manger après avoir pas mal tourné faute d'être tenté par quoi que ce soit, dans un restaurant sans grand intérêt près de la gare.
Et ainsi s'achève nos vacances.
Ou presque.






mercredi 8 février 2017

Hikone suite

Mardi 25 Octobre

Au réveil, quelques nouvelles de la France nous mettent le nez dans la totale déconnexion du réel de certains de nos hommes politiques (les suites de l'affaire Coppé contre petit pain au chocolat, sous la forme d'un témoignage de médecin outré de cette évaluation fantaisiste du prix de la vie en regard des difficultés de ses patients âgés à se soigner correctement). Avec la mesure qui me caractérise, je fulmine que tout député ou ministre ne devrait pouvoir être élu que s'il a une expérience du vrai coût de la vie et donc du travail, et un casier judiciaire vierge, pour faire bonne mesure. Nous nous jetons donc dans une grande discussion politique qui nous tient jusqu'au repas du midi, que nous prenons dans une sorte de chaîne de resto à la qualité tout à fait acceptable.
 
Aujourd'hui, je voulais aller à Nagahama, une petite ville un peu plus loin sur le lac. Dans ce que j'avais imaginé de notre séjour, on y aurait été à pied en faisant une grande rando sympa sur les bords du lac, ou peut-être en vélo. En vrai, il pleut et ce n'est pas le lac Léman ici, les berges sont loin d'être agréablement arrangées pour la promenade. On prend donc le train. Et nos parapluies/Kways.

L'arrivée à la station nous met directement dans le bain, Nagahama est une ville réputée pour son travail du verre.

C'est aussi, et presque surtout, une petite ville très mignonne, avec de nombreuses boutiques d'artisanat, principalement autour du matériau transparent mais pas que. Petits cafés sympas et boutiques de design tendance écolo-hipster, voisinent avec de belles vieilles maisons en bois abritant des restaurants que nous n'avons pas encore la capacité de découvrir. On s'y balade à l'abri de nos parapluies et de nos impers, de petites rues en galeries couvertes, à la découverte des produits locaux et à la recherche d'un café à moins de 500 yens.



Vous la voyez, la pluie?
On finit par échouer dans un des quelques salons de thé qui n'est pas blindé et qui propose des desserts un peu attirants, mais qui sont surtout bien photographiés. Le café est cher, mais en set avec un dessert, il paraît d'un prix acceptable à notre caféphile.

En face de nous, un groupe d'une vingtaine de personnes, dont la moitié guide l'autre, aveugle. Au bout d'une petite dizaine de minutes, nous les voyons s'arrêter de nouveau devant le magasin, échanger lunettes, cannes et rôles, et repartir dans l'exploration du trottoir. Simples curieux, parents de personnes atteintes de déficiences visuelles ou personnel spécialisé, nous n'en saurons pas plus, mais trouvons l'initiative drôlement intéressante.

Un magasin de douceurs attire mon attention et j'insiste pour qu'on y achète quelques confiseries, qui se révéleront, comme immanquablement, être à base de pâte de haricot rouge, de pâte de riz gluant et de châtaigne...

Puisque nous sommes au bord du lac, on décide d'aller voir s'il est plus sympa vu d'ici, et croisons un joli temple sur le chemin.




Et en effet, d'ici, c'est un peu joli. Après avoir traversé un petit parc de pins tout entretissés d'immenses toiles d'araignées habitées, nous arrivons sur une sorte de plage.


Il y avait une araignée dans cette lanterne ><


On continue la promenade en faisant un petit tour vers le ponton qu'on aperçoit au loin, longeant un bord de lac tout à fait aménagé mais vérolé d'immeubles moches et de grands hôtels. En revanche, le lac est magnifique.


Le ciel bas, les couleurs grises, les reliefs et la luminosité, cet endroit a de faux airs d'Islande.
Aux abords de la petite marina, un vieux monsieur, caché derrière une haie, donne à manger à des chats. J'attrape son image au vol alors que, son invisible mission accomplie, il ajuste son sac à son épaule et reprend sa route.

Retour à Hikone en fin d'après-midi, la plupart des restaurants sont toujours fermés. On finit, encouragés par notre expérience de la veille, par choisir un restaurant un peu chic, et donc un peu cher. Nous y sommes accueillis très chaleureusement et installés dans un compartiment privé à parois coulissantes, que nous avons vite fait d'encombrer du monceau de nos vêtements, grâce à l'action combiné du gradient de température entre l'intérieur et l'extérieur et de la stratégie de l'oignon.

La cuisine est bonne, sans être aussi incroyable que la veille, mais on y découvre un nouveau condiment, le yukari! Mélange de sel et d'une herbe sèche et pourpre à la puissante saveur Umami. Encouragée par nos demandes d'explication, la serveuse arrive à nous faire comprendre que c'est du "aka shiso", du basilic pourpre, et nous ramène une généreuse coupelle de ce que nous apprenons être un furikake, quelque chose qui se saupoudre sur le riz.




Mais le temps fort principal de notre repas reste la fondue qu'a commandée Daniel. 
Notre serveur, après s'être excusé d'entrer dans la pièce, a déposé sur la table un réchaud, un caquelon généreusement rempli de légumes, tofu et champignons, une assiette de tranches de viandes et une petite coupelle contenant de l’œuf battu. S'ensuivent force explications et gestes montrant la viande, le caquelon, le caquelon, l’œuf, le riz, le caquelon... et la fermeture de la porte. Et nous voici donc avec cet œuf battu, dont on ne sait pas quoi faire. Pour se dédouaner, Daniel me demande "tu as bien compris comme moi hein? on met l’œuf dans le caquelon?". Mais, comme je n'ai à proprement parler rien compris, difficile de l'aiguiller. Mais après tout, qu'est ce qu'on peut bien faire de l’œuf, sinon? On attend donc que le contenu du caquelon bouillonne et paf, voilà l’œuf fichu à la flotte. Ça n'a pas un gout impérissable, et surtout on en perd plein sur les parois, mais bon, si c'est traditionnel...
Sauf que le regard que le serveur jette au caquelon quand il rentre débarrasser nous indique clairement qu'on vient de faire une boulette. C'est à peine si on ne l'entend pas penser "abrutis de gaijins" alors qu'il sort avec sa marmite nappée d’œuf bouilli. Oups?

Au retour vers le ryokan, pour rentrer dormir, on immortalise quelques vues typiques du quartier.

Ceci est une poissonnerie. Les CDs doivent être là pour éloigner les oiseaux chipeurs.


Avec notre japonais balbutiant,
on ne peut s'empêcher de se marrer en lisant le nom de ce club...
KI PU

mardi 24 janvier 2017

Premier jour à Hikone

Lundi 24 Octobre

Ce matin, on prend le train vers Hikone, une petite ville au bord du lac Biwa, plus grand lac japonais, à une grosse heure et demie de Kyoto. En fait il s'agit d'une ville de 110 000 habitants quand même, mais comme c'est tout bas, ça a vraiment des airs de village.
Il y a plusieurs stations qui desservent la ville, et on a choisi de prendre un train local, espérant arriver plus près du Ryokan (auberge traditionnelle) qu'on a loué pour les trois nuits qu'on passe ici. C'est très sûrement plus que ce que mérite l'endroit, mais j'en ai assez de courir partout et je nous imagine déjà tranquillement posés au bord du lac, à glandouiller, se balader et buller.

 ...
AHAHAHAH. 
Hem, pardon. 
C'est juste que moi, je sais DÉJÀ que ça ne se passe pas comme ça.

Bon, en tout cas, pour ce qui est du rapprochement géographique d'avec notre futur lit, c'est rapé : le train nous a déposé à une bonne vingtaine de minutes de marche, et les sacs nous paraissent lourds en cette fin de voyage. Heureusement, l'employée de l'office de tourisme situé dans la gare est adorable et, après nous avoir rempli les bras de brochures sur les différentes activités qu'on peut faire dans et autour de sa ville, elle appelle le propriétaire de l'auberge, qui vient nous chercher en voiture cinq minutes plus tard. On a juste eu le temps de faire la connaissance d'Hikonyan, la mascotte de la ville. Un chat, comme son nom l'indique (nyan = miaou). Usant de son plus beau japonais, Daniel discute un peu avec notre chauffeur improvisé, le court temps du trajet. On s'installe rapidement dans notre chambre : grande, pas de vis à vis, sinon avec un mur, tatamis, petite table basse et un excellent thé au riz offert par la maison.

Une petite tasse, et on repart vers le cœur de ville, et son attraction principale : le château! Mais avant toute chose, on déjeune de "runcho seto" (lunch set, menu du midi quoi) dans une sobaya pas mal du tout. C'est varié, coloré et goûtu, joliment servi dans une multitude de petits plats sur un plateau laqué.

Les abords du château et de ses douves jumelles sont organisés comme pour une foule immense, qu'il doit effectivement attirer en saison, mais à cette époque, le lieu est quasi désert. On nous y délivre nos billets, un de ces tampons de monuments dont les japonais sont friands (il y a même des carnets dédiés à leur collection!) et une plaquette très bien illustrée et extraordinairement bien traduite en français, la meilleure que nous avons eu et de loin.  On y apprend que ce château médiéval d'époque est classé comme trésor national en plus d'être patrimoine mondial, on nous indique les différents styles de maçonnerie liées aux réparation, la formidable complexité de la construction du toit...

Le château en lui même, avec ses murs blancs de craie, est effectivement une merveille. Ancien centre militaire, ses étages sont constitués de salles dépouillées en bois sombre, qui présentent des meurtrières rectangulaires ou triangulaires, suivant qu'elles devaient laisser passer fusil ou flêche. On y accède par des escaliers échelles très raides, en métal froid sous les pieds, vu qu'on a, ici aussi, laissé nos chaussures à l'entrée.

Du haut des étages, la vue sur les alentours et le lac Bika qui nous sert d'horizon, est époustouflante.

C'est qui la mascotte? Hein?
Ça monte dru dans les étages, et c'est frooiiidd sous les papattes


Dans l'enceinte délimitée par la deuxième douve, des cours arborées donnent des points de vues alternatifs et magnifiques sur la ville autour et le château en lui-même. Il fait beau, il fait chaud, le soleil se reflète sur les murs blancs, c'est les vacances...







On flâne tranquillement, dans ces cours, puis vers le jardin Genkyu-en, conçu au pied des murailles pour se promener autour d'un grand étang avec vue sur le château et une ancienne résidence secondaire transformée en maison de thé.




Évidemment, la maison de thé ferme (tôt) lorsqu'on y pointe le bout du nez, mais nous avons de toute façon décidé d'aller vers le lac, voir un peu à quoi il ressemble. C'est probablement parce que nous ne cherchons pas au bon endroit, le long de ce lac de 670km2, mais nous trouvons la berge assez peu aménagée. Nulle part de petit restaurant de front de mer avec vue, de cafés avec des tables sur le plage. Quelques buildings moches, au loin. Mais la nature, sauvage, est belle.

Sur le lac, on aperçoit trois îles, dont l'employée de l'office du tourisme nous a vanté les mérites respectifs (nous avons une plaquette sur ça aussi) et des planches à voiles qui profitent largement du temps venteux. Daniel, pourtant connu pour aimer se baigner en toutes circonstances, fait la grimace après avoir touché l'eau. Elle est sacrément froide apparemment!
Toute cette eau!!

Alors que le soleil se couche, la température chute d'un seul coup et il se met à faire très froid. Moi qui cranait avec mon sarouel acheté sous le chaud soleil de Minorque, je suis quasi instantanément frigorifiée par le vent qui, lui, n'a pas faiblit. On se rapproche avec espoir de l'embarcadère pour les îles du lac, où on espère trouver un bus, mais le dernier est déjà parti. On s'abrite néanmoins dans le hall d'attente partiellement couvert et on prend une boisson chaude au distributeur que, pour une fois, on est bien contents de trouver omniprésent. Dès qu'on est un peu réchauffés, on s'engloutit au pas de gymnastique les 45minutes de marche jusqu'à notre ryokan où on sait qu'un bain chaud nous attend.

Dans cette auberge, une seule salle de bain commune est à disposition alternativement des hommes et des femmes, suivant les créneaux horaires. On arrive heureusement pour moi juste avant que ce soit le tour des femmes et je me prélasse un moment dans l'eau chaude, seule car tous les autres clients sont des hommes.

Une fois Daniel lavé et réchauffé également, on part le nez au vent dans les petites rues, à la recherche d'un restaurant. Il y a plein d'endroits qui ont l'air chouette, mais beaucoup sont fermés..? On décide finalement, un peu au pif et après avoir pas mal tourné, d'entrer chez Ueki, une izakaya au menu de laquelle on ne comprend rien, mais qui propose un set qui a l'air appétissant en photo.
C'est donc ce que je commande au patron, adorable, qui nous installe au comptoir réfrigéré où il prépare les poissons.

Daniel, plus aventureux, lance un "o-makase" qui veut dire "je vous fait confiance, comme vous voulez". Glorieuse idée! Si mon set est délicieux et relativement copieux, le chef aligne les plats devant Daniel, les uns après les autres, tous plus délicieux les uns que les autres. Des sashimis extra frais, des sushis, de la viande de bœuf cuite sur plaque chaude (un délice), des pickles, des tempuras, une fondue, du tofu à l'amande...

Ça n'en finit pas d'arriver, tout est délicieux, le chef se délecte de nous voir nous régaler et nous rigolons beaucoup. Et, incroyablement, la facture finale n'est même pas très salée! Peut-être aussi parce que nous nous contentons d'une bière et d'un thé glacé. Le thé chaud, lui, nous est offert au moment du départ. Nous remercions avec effusion, et on va se coucher en rentrant tranquillement par les petites rues, qui ont l'air d'abriter un certain nombre de clubs un peu glauques.

kyoto, fin du séjour


Dimanche 23 Octobre

Bon, le rembourrage de matelas aux vêtements, ça ne marche que moyennement. Rebelote petit déjeuner à tour de rôle dans le pot de snacks salés et on file à pieds vers le Nijo-jo, la résidence officielle à Kyoto du premier shogun Tokugawa, Ieyasu Tokugawa, construire en 1603. A l'abri de son massif rempart et de sa douve, le château est une merveille absolue.


Conçu pour afficher le prestige (et la richesse) du premier shogun, ce château est aussi une proclamation de la fin du pouvoir de l'empereur, celui-ci étant relégué au rôle de chef des traditions (religieuses) et le pouvoir réel étant aux mains du shogun. Les 3300m² du château, presque entièrement construits en cyprès, forment une enfilade de pièces longée par un long couloir. L'intérieur regroupe quantité de salle d'attentes toutes plus magnifiques les unes que les autres, entièrement décorées de peintures murales dorées ornées de tigres et de pins. Ici, l'architecture est tout entière utilisée pour renforcer les rapports sociaux : suivant le rang des visiteurs, ceux-ci étaient reçus plus ou moins loin de la sortie et dans des pièces plus ou moins somptueuses. Les tigres omniprésents rappellent la puissance des Tokugawa et ont comme objectif d'impressionner les visiteurs que la débauche de richesse n'avaient pas déjà tétanisés. Les plafonds, à caissons, sont eux aussi merveilleusement peints et colorés. Évidemment, les photos sont interdites. En voici cependant deux piquées sur le net :

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Paranoïaque, ou prudent, le shogun avait également laissé apparentes les portes coulissantes par lesquelles les gardes pouvaient entrer à tout moment dans les pièces (alors qu'elles sont plutôt dérobées dans la plupart des autres châteaux) et fait installer un plancher dit "rossignol", qui chante lorsque quelqu'un marche dessus. Ainsi, personne ne pouvait pénétrer discrètement dans le palais et s'immiscer jusque dans les appartements du shogun, beaucoup plus simples, situés à l'arrière du bâtiment. Ici, ni dorures ni tigres, mais des peintures de paysages, à l'encre noire. Des statues de cire représentent le shogun et ses courtisanes, seules autorisées à pénétrer dans les petites pièces de cyprès sombre et de panneaux de papier.

Photo empruntée également, puisqu'on avait pas le droit d'en prendre.
Dans un couloir, une exposition de pâtisseries contemporaines japonaises nous attire l’œil. Sous des vitrines posées sur des socles, sont présentées une dizaine de sucreries, inventées par des confiseurs inspirés par le lieu. Parmi les petites formes gélifiées, on reconnaît surtout beaucoup de pâte d'azuki et châtaignes entières mais on sourit beaucoup à la gentille préposée, enthousiasmée par nos trois mots de japonais.

Séparé par une deuxième ligne de fortification, l'ensemble de bâtiments intérieur ne se visite pas, mais le jardin autour, oui, et il propose de très jolis points de vue sur le complexe et sur la ville en arrière-plan.


Un déjeuner de katsudon vite avalé, et on continue la balade dans les rues de Kyoto. Quelques maisons anciennes, un sanctuaire impromptu et un autre, tout décoré d'étoiles, dédié à un fameux astrologue du milieu de l’époque Heian (794-1185). On fatigue un peu, et le nombre de photos faites s'en ressent.

On est priés de s'arrêter
Et soudain, au bout d'une rue, un Torii annonce un sanctuaire.
Une parenthèse incroyable, au coeur de la ville.
On prend enfin la direction du Daitoku-ji, encore un gigantesque ensemble de temples dont nous ne verrons qu'une infime partie.


Ça commence à Momijiter! (à ce que les feuilles rouges rougissent)
Daniel est fatigué et ça le rend joueur,
et un peu pénible, mais joueur.
Le pavillon du Koto-in, transformé en jardin zen, est une petite merveille apaisante, à l'entrée duquel nous échangeons quelques mots avec un groupe de japonaises un peu âgées, qui s'émerveillent de nos deux mots de vocabulaire et nous apprennent comment dire "bonnes vacances". Tout de mousse et d'arbustes savamment sculptés aux feuilles et aiguilles minuscules, le jardin se contemple d'une veranda ouverte sur l'extérieure.
Une autre groupe de dames, à qui nous proposons de les prendre en photos pour qu'elles puissent toutes être devant l'appareil, nous rendent la politesse, mais avec un succès tout relatif, nous ne gardons pas la photo.
















Encore une fois, les temples ferment tôt et nous n'en aurons vu qu'une toute petite portion. En face du complexe, une boulangerie nous tend les bras. Nous y croiserons une compatriote, tellement prise par les temples qu'elle en a oublié de manger. Pour nous en tout cas, c'est la fin de séjour à Kyoto, et ça se sent. Nous passons dans un supermarché acheter quelques bricoles pour le dîner, froid, du soir, et on rentre dans notre location faire un peu d'administratif.